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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 05:52

L’installation controversée de détecteurs de métaux aux abords de l’esplanade des Mosquées a dégénéré vendredi, avec la mort de trois Palestiniens à Jérusalem, et de trois Israéliens en Cisjordanie.

 

D’Israël, de notre correspondante.-  Les connaisseurs du conflit israélo-palestinien ont coutume de dire qu’on ne peut jamais prévoir d’où la prochaine escalade de violences surgira. Depuis des mois, les regards se tournaient vers la bande de Gaza, où une crise humanitaire et énergétique sans précédent fait craindre le déclenchement par le Hamas d’une nouvelle guerre. Mais c’est au cœur de Jérusalem, autour de l’esplanade des Mosquées, que les tensions ont explosé.

Le 14 juillet, trois Arabes israéliens ont tué à l’arme à feu deux policiers israéliens à la porte des Lions dans l’est de la vieille ville. Les assaillants se sont enfuis et ont finalement été abattus par les forces de sécurité israéliennes sur l’esplanade des Mosquées. En réaction à cette attaque, le premier ministre Benjamin Netanyahou a ordonné l’installation de détecteurs de métaux aux abords du lieu saint. Mais la décision a suscité un large mouvement de protestation de la part des Palestiniens, qui accusent Israël de vouloir remettre en cause le statu quo instauré sur l’esplanade des Mosquées.

Après plusieurs jours d’échauffourées, la journée de vendredi s’est terminée dans le sang. Outre des centaines de blessés, trois Palestiniens ont perdu la vie en marge d’affrontements à Jérusalem-Est. Deux d’entre eux ont été abattus par les forces de sécurité israéliennes. Le troisième pourrait, selon les médias palestiniens, avoir été tué par un tir provenant d’un quartier juif. Dans la soirée, trois Israéliens sont également morts après avoir été attaqués à l’arme blanche dans leur maison dans la colonie israélienne d’Halamish en Cisjordanie. Neutralisé par un voisin, l’assaillant, un Palestinien de 19 ans originaire d’un village proche de Ramallah, avait publié un message sur Facebook un peu plus tôt indiquant que son passage à l’acte était motivé par la controverse autour de l’esplanade des Mosquées. Samedi, deux Palestiniens ont de nouveau été tués dans des heurts en Cisjordanie.

 

La tournure prise par les événements est d’autant plus surprenante que les services de sécurité israéliens, en coopération avec l’Autorité palestinienne, n’ont cessé de concentrer leurs efforts depuis la vague de violences de 2015 pour empêcher ce type d’embrasement. « Ce qui a été construit avec difficulté sur un an […] peut facilement être détruit en une semaine – spécialement quand des éléments religieux entrent dans le tableau », soulignait samedi matin le spécialiste des questions de sécurité du journal Haaretz, Amos Harel. L’esplanade des Mosquées (ou mont du Temple pour les juifs) reste plus que jamais la poudrière du conflit israélo-palestinien.

Depuis 1967, le troisième lieu saint de l’islam, sous contrôle jordanien, est régi par des règles tacites : les musulmans peuvent s’y rendre quand ils le souhaitent ; les juifs uniquement à certaines heures, et sans avoir le droit d’y prier. Mais depuis plusieurs années, les Palestiniens redoutent une remise en cause de ce statu quo. De fait, à la suite des attaques comme celle du 14 juillet ou en prévision de tensions comme vendredi, le gouvernement israélien a pris l’habitude de limiter ponctuellement l’accès de l’esplanade aux femmes et aux hommes musulmans de plus de 50 ans. « Je suis humilié. Je ne peux décrire à quel point je me sens mal. Aucun de ces jeunes n’a le droit d’entrer sur l’esplanade. C’est pire que tout pour moi », confiait un jeune Palestinien de Jérusalem-Est à la porte des Lions vendredi. « Je refuse de passer par ces portiques. Al-Aqsa [la mosquée – ndlr] n’est pas aux juifs, Al-Aqsa est à nous », protestait également une femme palestinienne.

À ces mesures sécuritaires, jugées arbitraires par les Palestiniens, s’ajoutent les prétentions grandissantes d’une partie de l’extrême droite israélienne en faveur d’un accès élargi des juifs au mont du Temple. Alors que la Halakha, la loi juive, interdisait aux pratiquants de fouler le lieu où se dressait autrefois le Temple tant que le messie ne serait pas arrivé, plusieurs rabbins et nouvelles figures du sionisme religieux, dont le ministre de l’éducation pro-colonisation Naftali Bennet, revendiquent désormais de pouvoir s’y rendre librement. Certains, comme le rabbin et député du Likoud Yehuda Glick, rêvent même de pouvoir y reconstruire le Temple, alimentant les peurs des Palestiniens.

Depuis la vague de violences de 2015, le gouvernement Netanyahou a interdit aux responsables politiques israéliens de se rendre sur l’esplanade des Mosquées. Le chef du gouvernement sait parfaitement combien ce type de visites officielles est un casus belli aux yeux des Palestiniens. Le déplacement d’Ariel Sharon sur les lieux en septembre 2000 reste dans les mémoires comme un des événements déclencheurs de la seconde Intifada. Pourtant, le premier ministre avait fait part ces dernières semaines de son intention de lever cette interdiction pour un test de sept jours. Une perspective qui semble désormais peu probable.

 

Le rôle joué par Benjamin Netanyahou dans les événements des derniers jours a de quoi déconcerter. Alors qu’une réunion sécuritaire du cabinet du premier ministre a lieu jeudi soir, les observateurs s’accordent à penser que les détecteurs de métaux controversés seront retirés par Israël avant la grande prière de vendredi. Depuis mercredi, l’ensemble des responsables de l’état-major israélien conseille en effet au chef du gouvernement de revenir sur sa décision. « Le bénéfice des portiques ne vaut pas le bain de sang qu’ils pourraient entraîner », mettent-ils en garde, selon des propos rapportés par Haaretz. Hormis le commissaire de police de Jérusalem, l’armée, le Shin Bet (le service de sécurité intérieure israélien) et le Cogat (l’organe gouvernemental chargé de la gestion des Territoires palestiniens) partagent cet avis, persuadés que les Palestiniens exploiteront la controverse pour enflammer la Cisjordanie. À la surprise générale, Benjamin Netanyahou annonce pourtant le maintien des détecteurs et déploie les forces de police en masse dans Jérusalem vendredi matin. Tous les ingrédients sont réunis pour l’explosion.

Pourquoi une telle obstination de la part du premier ministre israélien ? Ce dernier, poussé par le gouvernement américain, vient de donner un gage de paix aux Palestiniens, en annonçant le 13 juillet la signature d’un accord qualifié d’« historique » sur l’approvisionnement en eau en Cisjordanie et à Gaza. Mais dans les coulisses, des préoccupations beaucoup plus politiques entrent en ligne de compte. Concurrencé au sein de sa propre coalition par le parti nationaliste religieux de Naftali Bennet, HaBayit HaYehudi (Le foyer juif), Benjamin Netanyahou ne veut pas être accusé d’être « faible face à la terreur », suggère Amos Harel. L’hypothèse pourrait même être poussée plus loin : le premier ministre, rattrapé par une des nombreuses affaires dans lesquelles il est soupçonné de corruption, celle des sous-marins allemands, pourrait vouloir faire diversion. Benjamin Netanyahou ne se sent en effet jamais aussi fort aux yeux de l’opinion israélienne que lorsqu’il endosse son costume de chef de guerre face à l’ennemi extérieur.

Côté palestinien, la gestion de la crise interpelle également. Habituellement silencieux, plutôt modéré, le Waqf, qui gère l’esplanade des Mosquées, s’est fendu d’une conférence de presse mercredi pour inciter les pèlerins musulmans à protester contre les détecteurs de métaux. « Les Israéliens ont planifié le changement du statu quo en installant ces portiques de sécurité et en limitant toute liberté de mouvement des pèlerins qui vont prier sur l’esplanade des Mosquées. Ce n’est pas acceptable », a tonné le sheikh Azzam Khatib, directeur de l’institution islamique. « Nous sommes contre les violences qui dénaturent la sainteté des religions », a-t-il toutefois souligné.

 

Les experts s’accordent à penser que là encore des considérations politiques sont à l’œuvre. Alors qu’Israël ne cesse de grignoter du terrain en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, faisant s’éloigner chaque jour un peu plus la perspective d’un État Palestinien, l’esplanade des Mosquées est considérée comme un refuge par les Palestiniens. En soutenant les protestations, le Waqf tente ainsi de ne pas perdre son influence sur les lieux aux dépens de mouvances plus radicales, comme le djihad islamique ou le Hamas. Même analyse concernant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui a annoncé vendredi le gel de sa coopération avec les autorités israéliennes. Une manière de ne pas apparaître en situation de faiblesse au cas où le Hamas voudrait tirer avantage de la situation.

Les événements meurtriers de vendredi ont été dénoncés par la Maison Blanche et les membres du quartet pour le Moyen-Orient, composé de la Russie, des États-Unis, de l’Union européenne et de l’ONU. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies doit en outre avoir lieu ce lundi à l’appel de la Suède, de la France et de l’Égypte pour discuter de la manière d’enrayer l’escalade de violences. Pour ne pas perdre le soutien de ses alliés internationaux, Benjamin Netanyahou pourrait finalement revoir sa décision.

Samedi soir, la mise en place d’une solution alternative aux détecteurs de métaux était évoquée. Et dans la nuit, des caméras ont été installées aux abords de l’esplanade des Mosquées sans que l’on ne sache si elles constituent l’alternative envisagée. Si tel est le cas, la solution devra néanmoins être approuvée par les Palestiniens. En attendant, Israël a renforcé sa présence militaire en Cisjordanie dans l’espoir d’éviter qu’une attaque de type “loup solitaire”, comme celle d’Halamish, ne se reproduise. Vingt-cinq membres du Hamas ont déjà été interpellés ce dimanche.

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix
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