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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 16:11

L’analyse de plus de 700 000 mesures marégraphiques réalisées dans le monde entier l’atteste : le changement climatique est depuis longtemps une réalité pour les littoraux de la planète. Avec des conséquences dramatiques pour des centaines de millions de personnes.

Il inonde des plaines. Emporte des plages de sable. Raye des îles de la carte. Le changement climatique chamboule inexorablement la physionomie des littoraux. La montée du niveau des mers en est le premier signe, et le plus dramatique quand on sait qu'un citoyen de la planète bleue sur deux vit à proximité des zones côtières.

Pendant six mois, de janvier à juillet, l'école de journalisme de l'université Columbia, à New York, et le site d'investigation allemand Correctiv, en partenariat avec Mediapart, ont analysé plus de 700 000 exemples d'amplitudes de marées. Cette « mine de données », dévoilée ici pour la première fois dans son intégralité, provient d'un organisme britannique basé à Liverpool, le Permanent Service for Mean Sea Level, qui enregistre tous les mois depuis 1933 l'amplitude des marées à l'aide de marégraphes installés dans plus de 2 000 ports du globe. C’est la méthode de mesure la plus révélatrice des effets du changement climatique mondial. Les mesures satellitaires, elles, n’ont débuté qu'en 1993.

La rédaction de Correctiv a sélectionné 500 lieux particulièrement bien documentés et les a cartographiés, en répertoriant la hausse du niveau des mers depuis trente ans, de 1985 à 2015. Les points correspondent aux stations marégraphiques : celles où la mer monte sont en rouge ; celles où elle recule sont en bleu. Les zones côtières teintées de vert sont les plus menacées, car situées à moins de dix mètres au-dessus du niveau de la mer. La visualisation, consultable ci-après, ne se borne néanmoins pas à donner un aperçu du passé : « Là où le niveau de la mer a fortement progressé, il continuera de fortement progresser », assure Anders Levermann, chercheur sur l’impact climatique à Potsdam en Allemagne et co-auteur du dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, un organisme onusien).

La carte recense aussi, pays par pays, les émissions de dioxyde de carbone, qui ont largement contribué au réchauffement de la terre de près d'un degré au cours du siècle dernier, et donc à l'élévation du niveau des mers : la majeure partie de cette chaleur supplémentaire étant absorbée par les océans, l'eau réchauffée se dilate et occupe plus d’espace – les scientifiques qualifient ce phénomène d'« expansion thermique ». De plus, conséquence d’un climat plus chaud, les glaciers fondent et la masse d’eau des océans du monde augmente d’autant.

Une chose est certaine : aucun continent n'échappe à la montée des eaux. Ainsi, le niveau de la mer à Marseille est de 10 centimètres supérieur à celui d’il y a trente ans, un record en France. En Amérique du Nord, l’enfoncement des terres provoqué par l'épuisement des eaux souterraines, combiné à l’incessante érosion liée à la mer montante, constitue un risque majeur pour des métropoles comme Miami ou New York – le passage de l'ouragan Sandy, en 2012, l'a tragiquement rappelé. En Amérique du Sud, continent qui abrite les plus vastes zones humides de la planète, le changement climatique va contraindre des millions d'habitants à quitter leurs foyers. 

Les dix villes les plus concernées se trouvent en Asie. Manille, capitale des Philippines, affiche des niveaux supérieurs de 40 centimètres à ceux d’il y a trente ans. Selon les prévisions, plusieurs des 7 107 îles de l’archipel philippin vont tout bonnement être englouties. Même tableau sombre au Bangladesh, l’une des contrées aux terres les plus basses de la planète. Les données soulignent également, malgré elles, l’isolement de l’Afrique : l’amplitude des marées n’a été enregistrée qu’en Afrique du Sud et à Zanzibar. Les ports des autres pays ne revêtaient à l'évidence pas assez d’importance économique et stratégique pour l'organisme de mesure britannique…

Du reste, les pays les moins prospères sont les moins bien préparés. « Si un État s’emploie principalement à bâtir des routes, des hôpitaux et des écoles, il ne reste ni temps ni argent pour se prémunir contre les éventuels dommages occasionnés par le réchauffement climatique », justifie Sally Brown, chercheuse en océanographie à l'université de Southampton (Royaume-Uni), en évoquant le cas des pays africains. À l'inverse, la série de tempêtes qui ont dévasté les côtes du nord-est de l’Europe en 1953 ont conduit les autorités locales à prendre des mesures de protection plus efficaces, qui portent encore leurs fruits aujourd’hui.

La carte révèle par ailleurs des retombées surprenantes : dans les pays scandinaves, la terre s’élève plus vite que la mer. Certains ports sont littéralement à sec. Raahe, à l’ouest de la Finlande, a vu son sol s’élever de près de 20 centimètres en trente ans et Ratan, à l'est de la Suède, de quasiment 25 centimètres. « Ce phénomène est dû à la dilatation de la croûte terrestre, autrefois compressée par des nappes glaciaires de plusieurs kilomètres d’épaisseur et qui ont aujourd’hui fondu », explique Hans-Martin Füssel, directeur des projets de protection du climat à l’Agence européenne pour l’environnement.

Plus globalement, les données indiquent que les répercussions du changement climatique ne sont pas les mêmes pour tous : en moyenne, les mers montent de 3,4 millimètres par an, mais les vents, les courants et les vagues exercent des influences variées d’une région à l’autre. Par endroits, le niveau de la mer progresse de 10 millimètres par an, un rythme trois fois plus soutenu que la moyenne mondiale.

À l’heure actuelle, les chercheurs du GIEC escomptent une élévation des mers du globe comprise entre 20 et 80 centimètres d’ici à 2100. En 2200 ou 2300, elle pourrait atteindre plusieurs mètres. Un écart énorme qui décidera du sort de centaines de millions de personnes.

 

 

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