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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 05:57
La page d'accueil du site Al-Qst, "Justice"

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Arabie saoudite: «Ici, promouvoir la démocratie est un crime»

 PAR 

 

Alors que le royaume wahhabite entend durcir le blocus imposé au Qatar et affirmer ainsi sa domination sur la région, des militants saoudiens des droits humains dévoilent à Mediapart la vraie nature d’une tyrannie qui décapite au sabre et interdit aux femmes de sortir en public sans tuteur masculin.

 

« Vivre en Arabie saoudite, c’est d’abord savoir se taire. Affirmer en public ou sur les réseaux sociaux que vous êtes hostile à la guerre menée par le royaume au Yémen, ou manifester un doute au sujet de l’embargo infligé par l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar peut vous conduire en prison pour cinq à dix ans, en vertu de la loi antiterroriste, de la loi sur la cybercriminalité ou d’un décret de 2011 interdisant les rassemblements publics. » Il y a cinq ans, Yahya Assiri, était un jeune officier de l’armée de l’air saoudienne, riche et prometteur. Le jour, il travaillait aux contrats d’achats d’armes et d’équipements militaires du royaume. La nuit il débattait sous pseudonyme, sur Internet, de l’absence totale de démocratie dans son pays et de la situation désastreuse des droits de l’homme – et de la femme.

Désormais exilé au Royaume Uni, où il vient d’obtenir il y a deux mois l’asile politique, il dirige, depuis un modeste logement social, l’organisation Al-Qst – « Justice », en arabe coranique –, dont le site a déjà 42 000 usagers assidus. Il projette de mettre sur pied, à partir de cette initiative à laquelle ne travaillent que des compatriotes, une puissante organisation de la société civile saoudienne, en mesure de défendre les droits de l’homme et la démocratie, dont il est devenu un partisan ardent.

« Pendant des années, raconte-t-il, j’ai passé mes soirées et mes nuits, sous le pseudo d’Abou Fares et derrière l’avatar d’une photo de lion, sur des sites ou des forums à discuter de la politique du royaume, surtout en matière de lutte contre la pauvreté et le chômage. En 2009, je suis parti pour Londres, où je devais suivre une préparation en matière de logistique, avant la livraison à l’armée de l’air de nouveaux avions de combat britanniques Typhoon. J’avais le projet d’y rencontrer les dissidents saoudiens installés au Royaume-Uni.

 

Je les ai trouvés en proie à des querelles de personnes et à des débats qui ne me concernaient pas. J’étais et je reste attaché à deux principes fondamentaux : j’ai foi en la démocratie et les droits de l’homme, mais je pense qu’il n’y a pas de conflit entre ces valeurs et l’islam. Lorsque je suis rentré en Arabie saoudite, j’ai décidé que ce serait mon combat. En 2012, j’ai démissionné de l’armée de l’air et abandonné mon pseudo. Je pensais être arrêté, emprisonné. Cela ne s’est pas produit. J’ai simplement eu du mal à trouver un autre travail.

En 2013, je me suis inscrit à un cycle de cours sur les droits de l’homme à la Kingston University, à Londres, et je suis parti avec ma famille. Pour ne plus revenir. Car pendant que je préparais mon diplôme, des amis m’ont prévenu que le pseudonyme que j’utilisais lorsque j’étais militaire avait été découvert et que je risquais une très lourde peine de prison pour mon activité de militant. Pour des civils, la peine atteignait 10 à 15 ans de prison. Pour un militaire, elle risquait d’être beaucoup plus sévère. Je n’avais plus d’autre choix que de rester à Londres et de demander l’asile politique pour poursuivre mes études et mon travail militant. »

De passage à Paris, à l’invitation d’Amnesty International, Yahya Assiri reste discret sur ses filières d’information, mais il suit de très près ce qui se passe dans le royaume, où les partis politiques, les syndicats, les rassemblements publics sont depuis toujours interdits et où les défenseurs des droits de l’homme sont traités comme des terroristes. En mai 2016, le Tribunal spécial a condamné Abdoulaziz al-Shubaily, l’un des fondateurs de l’Association saoudienne des droits civils et politiques (ACPRA), créée en 2009, mais officiellement dissoute par le gouvernement en 2013, à huit ans d’emprisonnement, suivis de huit ans d’interdiction de voyager et de communiquer sur les réseaux sociaux. Aux termes de la loi sur la cybercriminalité, il avait été déclaré coupable de diffamation et d’insultes à l’encontre de juges de haut rang. Il était aussi accusé d’avoir« communiqué avec des organisations étrangères » et fourni des informations sur les violations des droits humains à Amnesty International.

« Comme les organisations internationales de défense des droits humains ne sont pas autorisées à visiter les prisons, nous ne savons même pas exactement combien de nos camarades sont détenus, constate Waleed Sulais, hier directeur des ventes d’une compagnie de téléphone mobile à Riyad et blogueur sur des sites dissidents, aujourd’hui exilé en Allemagne, où il a demandé à bénéficier de l’asile politique. Nos seules sources sont les victimes elles-mêmes ou leurs familles, ou du moins les familles qui ne sont pas trop terrorisées pour fournir des informations. Nos estimations sont qu’il y a aujourd’hui entre 20 et 50 défenseurs des droits humains en prison. Mais il y en a sans doute davantage. »

En septembre 2010, alors qu’il faisait escale à l’aéroport de Bahreïn, Waleed Sulais a été interrogé par la police du petit royaume, allié et obligé de l’Arabie saoudite, sur ses activité et ses déplacements, et tous ses bagages ont été saisis. Il a été photographié et contraint de livrer les codes d’accès à ses deux téléphones mobiles et à son ordinateur portable. Autorisé à poursuivre son voyage vers Riyad trois heures plus tard, il a constaté que nombre de documents et de photos de son ordinateur avaient été ouverts et recopiés, ainsi que le contenu de ses deux téléphones.

« Il est vite devenu évident que si je voulais continuer à écrire des articles sur des forums et sur mon blog, et me concentrer sur la situation des droits humains en Arabie saoudite, la seule solution était de partir, sinon je serais rapidement arrêté emprisonné et réduit au silence. Je serais condamné en vertu des lois ou décrets qui assimilent notre militantisme à du terrorisme, de l’espionnage ou de la collaboration avec des puissances étrangères. Pour les gens qui nous jugent, il n’y a pas de différence entre ceux qui militent pour le salafisme et ceux qui réclament la démocratie. Tous sont des ennemis du royaume. »  

Avec Internet, les jeunes savent qu’on peut vivre différemment

« Les peines, pour les défenseurs des droits de l’homme, vont de 10 à 15 ans de détention, confirme Yahya Assiri. Il y a deux sortes de prisons dans le royaume. Les prisons pour les détenus politiques et les prisons pour les prisonniers de droit commun. Dans les prisons politiques, les conditions sont acceptables et la nourriture décente. Mais la torture y est fréquente. Dans les prisons de droit commun, où sont détenus la plupart des défenseurs des droits humains, car le régime ne veut pas qu’ils soient en contact avec les opposants politiques, il y a beaucoup de violence, de drogue, les bâtiments sont vieux et sales, et la nourriture immangeable.

Ce qui, dans cette situation épouvantable, nous donne un peu d’espoir et de courage, c’est l’attitude de la jeunesse. Par le passé, tout ce que disait et ordonnait le pouvoir était accepté, car tout était justifié par la religion. Et nous étions un pays isolé, fermé au reste du monde, qui ignorait tout ce qui se passait autour de lui. Avec Internet, la nouvelle génération sait qu’on peut vivre différemment, bénéficier de libertés dont nous n’avions même pas l’idée. Et beaucoup de jeunes Saoudiens, aujourd’hui, sont capables de mesurer le cynisme du pouvoir, de constater que l’État utilise la religion comme un outil pour imposer ses choix.

Depuis quatre ou cinq ans, le nombre de ceux qui ont ouvert les yeux est assez grand pour que le pouvoir commence à en tenir compte. Voire exceptionnellement à lâcher du lest. L’année dernière, en avril, le conseil des ministres a promulgué de nouvelles directives qui ont réduit les pouvoirs du Comité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice – la “police religieuse”. Elles interdisent notamment à ces policiers d’arrêter des gens, de prendre des suspects en filature et de contrôler leur identité. Ce n’est pas énorme, mais c’est un début. 

Comme la police religieuse a été privée d’une partie spectaculaire de ses pouvoirs, ses excès sont de moins en moins évoqués dans les médias occidentaux. Ce qui est excellent pour le régime. Mais la violence reste au cœur de notre société. Au cœur même des familles. Il n’y a toujours aucune protection pour les femmes dans notre système judiciaire. Vous pouvez être certain que si une femme dépose plainte pour violence demain contre son père ou son mari, la justice, donc le gouvernement, tranchera en faveur du père ou du mari. La loi, chez nous soutient toujours l’homme contre la femme. »

Aux termes de la loi, rappelle le dernier rapport annuel d’Amnesty International, les femmes sont subordonnées aux hommes en matière de mariage, de divorce, de garde des enfants et d’héritage. Elles ne peuvent accéder à l’enseignement supérieur ni exercer un emploi rémunéré ou se rendre dans un pays étranger sans l’autorisation de leur tuteur.

 

En avril 2016, le prince Mohamed Bin Salman, désigné le mois dernier, par le roi, son père, prince héritier du trône, avait présenté un plan de réforme économique, « Vision 2030 », qui avait pour objectif de faire passer de 20 à 30 % la part des femmes dans la main d’œuvre saoudienne et « d’investir dans leurs capacités productives pour améliorer leur avenir et contribuer au développement de la société et de l’économie ».

Mais pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été prise pour mettre en œuvre ce plan. En revanche, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont soutenu la campagne « Les saoudiennes exigent la fin du tutorat » lancée sur Twitter. En septembre dernier, près de 14 000 saoudiennes ont signé la pétition en ligne qui appelait le roi Salman à abolir le tutorat. Ce statut, maintenu par une monarchie obscurantiste et bigote, oblige chaque femme à être accompagnée d’un homme de sa famille – mari, frère ou père – pour sortir en public et exige d’elle d’obtenir l’autorisation écrite de son tuteur si elle veut voyager à l’étranger.

« Il faut bien mesurer que nous affrontons un double défi, dit Loujain Al-Hathloul, militante saoudienne des droits des femmes qui vit entre Riyad et Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, où elle étudie les sciences sociales à l’antenne locale de la Sorbonne. Les saoudiennes sont soumises aux mêmes violations des droits humains que les hommes – absence de liberté d’expression, d’association, de manifestation –, mais elles doivent, en plus, subir la discrimination et la violence inacceptables imposées par les hommes. Car aux violences physiques qu’elles doivent subir, dans une impunité totale, s’ajoutent les abus émotionnels, l’absence d’indépendance financière, la privation délibérée d’éducation. »

À 28 ans, Loujain Al-Halhoul, a déjà connu, elle aussi, les prisons du royaume. En 2014, elle a été arrêtée et détenue pendant 73 jours parce qu’elle avait bravé l’interdiction de conduire imposée aux femmes en tentant d’entrer en Arabie saoudite depuis les Émirats, au volant d’une voiture. Cette arrestation et son activité inlassable de militante lui ont valu de figurer, en 2015, en 3e place dans la liste des 100 femmes arabes les plus influentes. « En plus de la peine de prison, j’ai été punie de dix mois d’interdiction de voyager, raconte-t-elle aujourd’hui. Nous devons profiter de chaque terrain favorable pour tenter d’avancer. Le gouvernement ne peut pas emprisonner toutes les femmes qui protestent ou qui exigent le respect de leurs droits. C’est matériellement impossible et, en outre, cela compliquerait ses relations avec certains partenaires étrangers. De ce point de vue, la lutte contre l’interdiction de conduire est un combat exemplaire, parce qu’elle montre clairement qui est du côté de la modernité.

Un autre combat majeur est la campagne pour l’abolition du tutorat. Le mois dernier, nous avons constaté un signe positif du pouvoir : un décret royal a été publié, demandant aux entités gouvernementales de ne plus exiger une permission masculine pour les emplois dans le service public. C’est un réel pas en avant. D’autant que le décret indique que les organisations de défense des droits humains agréées par les autorités doivent rappeler aux femmes qu’elles peuvent bénéficier de ces dispositions. C’est la première fois que le roi reconnaît le rôle des ONG de défense des droits humains. C’est un début. »

En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains. Et ces exécutions ont été précédées par des procès iniques et des « aveux », le plus souvent arrachés sous la torture. « La torture est pratiquée par les services de sécurité d’une manière routinière, dit Yahya Assiri.L’impunité et la violence du pouvoir saoudien l’ont transformée en une méthode d’interrogatoire comme une autre. Face à une telle situation, la tâche des défenseurs des droits humains et des partisans de la démocratie est démesurée.

 

Mesurez bien ceci : promouvoir la démocratie en Arabie saoudite est un crime. Si nous la revendiquons ouvertement, nous allons perdre une partie de ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux, car ils auront peur. Nous défendons donc en priorité la liberté de parole, la possibilité pour tous les citoyens de choisir, y compris en politique, ce qu’ils jugent le mieux pour eux. Les utilisateurs des réseaux sociaux soutiennent ces valeurs. Ils ne croient plus la propagande officielle, le discours du pouvoir sur la défense de notre religion, de notre culture. Ils sont de plus en plus nombreux à mesurer que ce discours est mensonger, hypocrite. L’avenir est à nous. »

 

scène de décapitation en Arabie Saoudite: En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains

scène de décapitation en Arabie Saoudite: En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans INTERNATIONAL
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