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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:19

8 mai 1945 : Massacre de Sétif
 

Au milieu des drapeaux alliés, un drapeau vert, symbole du mouvement national, des banderoles exigeant la libération de Messali Hadj. La police tire. Le porteur de drapeau, un jeune homme, est tué. Une flambée de violence secoue le Constantinois. La répression va être terrible. Cela se passe aussi le 8 mai…Claude Lecomte dans un article publié dans l’Humanité du 9 mai 1995 revient sur cette terrible répression qui ouvrira l’époque de la disparition des empires coloniaux.
« Massacre à Sétif »
« Il n'existe qu'une image de la manifestation du 8 mai 1945 à Sétif, floue, trouble, réalisée par un amateur. Mais elle est terrible quand on sait ce qui va suivre. Elle est un des moments chocs (il y en bien d'autres) du film réalisé pour Arte qui sera présenté sur les écrans le 10 mai . Cet événement dramatique est pourtant absent des histoires officielles et bien des Français l'ignorent encore aujourd'hui. Que s'est il donc passé ce 8 mai?
A Paris, dans toute la France, c'est la fête. La guerre est finie, l'Allemagne vient de s'effondrer et de capituler sans condition. Les criminels de guerre vont être jugés. En Algérie, défilés militaires et réceptions officielles vont de pair. Mais le climat est différent. Le 1er Mai a été marqué par des incidents sanglants. La police a tiré sur les cortèges de travailleurs là où apparaissait le drapeau vert, drapeau de l'indépendance: à Oran, Bougie, Guelma, Alger où l'on compte 10 morts!
Le 8, le PPA (Parti du peuple algérien), de Messali Hadj, interdit et dont le dirigeant vient d'être déporté en Afrique, appelle ses partisans à manifester en réclamant la libération de Messali et en mêlant le drapeau vert à ceux des nations alliées. A Sétif, 7.000 à 8.000 Algériens se regroupent dans la ville «arabe» et se dirigent vers la ville «française». A la hauteur du Café de France, à 8 h 45, la police s'interpose. Coups de feu. Bouzid Saal, peintre en bâtiment de vingt ans, tombe. Les manifestants ripostent à coups de pierre - l'ordre du PPA était formel, pas d'armes - un car de gendarmerie survient. Nouveau tir, nouvelles victimes. Les manifestants refluent, se répandent dans la ville. Là, des victimes européennes cette fois, une vingtaine. A noter que le maire de la ville, le socialiste Deluca, a été sans doute tué par la police lors du premier affrontement.
La nouvelle se propage dans tout le Constantinois. Elle engendre une flambée de violence, une révolte paysanne sans merci, que le film rend vivante. Un témoin raconte qu'à Kerrata «on a pris des bidons d'essence pour les faire flamber» en parlant des Français réfugiés dans la poste. Soigneusement recensés par les autorités, cette jacquerie fera 102 victimes. Le rapport des autorités militaires précise (2) qu'il y avait parmi elles «14 militaires dont 3 indigènes»!
Une répression. féroce
La répression va être féroce. Nul ne peut encore aujourd'hui dénombrer les victimes: 1.500 selon le ministre de l'Intérieur de l'époque, le socialiste Tixier, 10.000 selon la BBC, 15.000 d'après les travaux - vite interrompus - de la commission d'enquête présidée par le général Tubert, 45.000 pour Bachir Boumaza, président de la Fondation du 8 Mai 1945.
A Guelma, le sous-préfet Achiary, futur comploteur du 13 mai 1958, arme les civils, forme une milice qui va multiplier meurtres et exactions. On parlait encore dans cette ville des cadavres jetés dans les fours à chaux d'Héliopolis, sept ans plus tard. Le ministre de l'Intérieur devait dénoncer les «exécutions illégales dues à la milice» et «certaines représailles collectives». Mais il n'y eut pas que la milice. Le commandant de la marine de Bône (Annaba aujourd'hui) écrit dans un rapport officiel «tous les douars avoisinant un endroit où s'était commis un meurtre furent brûlés».
Marine, aviation, troupes coloniales furent mises en mouvement et, le 22 mai, une mascarade de reddition fut organisé sur la plage des Falaises. Mais, ce jour-là, 400 hommes furent emmenés vers une destination inconnue, que l'on ne revit jamais!
La presse française d'alors applaudit à la répression à peu d'exceptions près: «Combat», qui publia du 13 au 23 mai des articles d'Albert Camus demandant que l'on exporte en Algérie «le régime démocratique dont jouissent les Français», et «l'Humanité», qui devait très vite condamner des «opérations de représailles parfaitement injustifiées» malgré la censure qui frappe le journal, pratiquement tous les jours, du 15 mai au 1er juin, date à laquelle elle est abolie.
Des censeurs bien indulgents pour les crimes colonialistes, mais qui recherchent la moindre occasion de contester l'attitude du PCF sur ces questions, ont tenté de faire porter une responsabilité aux communistes pour un article du 11 mai et le fait que Charles Tillon ait alors été ministre de l'Air. Un témoignage de Raymonde Tillon dans le film atteste qu'il n'a pas été informé de l'engagement de l'aviation dans la répression et qu'il a protesté dès qu'il l'a su. De plus, le général Weiss, commandant de l'aviation en Algérie, a déclaré le 30 mai 1946 au journal «Liberté» que «M. Tillon n'a jamais donné cet ordre», car, d'ailleurs, ce n'était pas au ministre mais au commandant en chef qu'il appartenait de commander une mission.
Quant à «l'Humanité», elle n'a publié le 11 mai que le communiqué officiel du gouvernement et, nous l'avons vu, a pris position contre la répression dès que celle-ci fut connue en France. On peut discuter des condamnations de «fascisme» portés alors par les communistes, algériens et français, contre le PPA. François Billoux, dans le livre d'Alleg, en parle comme de «déclarations condamnables». Complètement engagés dans la lutte contre l'hitlérisme, les communistes n'ont sans doute pas perçu alors la portée du sentiment national qui allait prendre tant d'importance dans les années cinquante. Domine également le sentiment que la victoire des peuples sur le nazisme va se traduire par des changements démocratiques valables pour tous. Il n'en sera malheureusement rien et les communistes français ne vont pas tarder à prendre toute leur place dans la lutte anticolonialiste.
Mais il est certain que le 8 mai 1945, s'il marque une date historique par l'effondrement de la barbarie nazie, ouvre également une autre époque, celle de la disparition des empires coloniaux et l'accession à l'indépendance de millions d'hommes ».
CLAUDE LECOMTE

(page Facebook de Robert Clément)

Une page sombre de l'histoire du colonialisme français: 8 mai 1945, début des massacres de Sétif

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
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