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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 19:55

Présidentielle 2017: un nouvel ordre électoral se cherche encore

 PAR FABIEN ESCALONA ET DONATIEN HUET

Le premier tour de l’élection présidentielle de 2017 est marqué par le niveau historiquement faible de la gauche et l’émergence d’un centre indépendant capable de contester le pouvoir aux blocs de droite et de gauche qui y alternaient jusqu’à présent.

Le seul résultat « ordinaire » de l’élection présidentielle du 23 avril aura été celui de la participation. Celle-ci n’est certes pas très élevée au regard du caractère particulièrement incertain du scrutin, qui recelait pour cette raison un fort potentiel mobilisateur. Avec un taux comparable à ceux atteints en 1969, 1981, 1988, 1995 ou 2012, elle se situe néanmoins à un niveau tout à fait honorable. La centralité de l’élection présidentielle dans la vie politique française, en tout cas du point de vue de l’expérience des électeurs et de l’importance qu’ils lui accordent, n’est donc pas démentie. 

Tout le reste du paysage, en revanche, est en mouvement par rapport à ce que nous connaissions. Selon une grille de lecture défendue par les chercheurs Pierre Martin et Simon Labouret, dont on s’est déjà fait l’écho lors des départementales de 2015, la France n’en finit pas d’assister à la décomposition/recomposition de l’ordre électoral qui prévalait depuis le milieu des années 1980. Les principaux piliers en étaient une alternance régulière entre deux blocs de gauche et de droite, dominés chacun par une force principale (RPR/UMP/LR d’un côté, PS de l’autre) et concurrencés par une force impuissante car isolée, le FN, dont l’électorat singularisé par son ethnocentrisme pesait près de 15 % des suffrages à la présidentielle. 

Au-delà d’évolutions plus mineures, telles que l’insertion à gauche des Verts dans ce dispositif, ces permanences ont conféré une certaine stabilité à la vie politique nationale, du moins jusqu’en 2007. Cette année-là, grâce à l’élection de Nicolas Sarkozy et à la victoire de l’UMP aux législatives qui ont suivi, la droite s’est succédé à elle-même. Ayant réussi à assécher le FN, Sarkozy a en même temps construit un électorat de droite beaucoup plus polarisé sur les questions d’immigration et d’identité nationale, ce qui a libéré un espace inédit pour un centre autonome.

L’élection présidentielle de 2012 a pu donner l’impression d’un retour à un ordre ordinaire, mais celui-ci n’était qu’apparent. Non seulement l’électorat de droite mobilisé par les candidats post-gaullistes n’est plus tout à fait le même que celui que mobilisait Chirac, mais, sous l’effet de la crise et de l’action de François Hollande, la gauche a atteint des scores historiquement faibles aux élections intermédiaires, tandis que le FN, dont les enjeux avaient été légitimés, s’est hissé à des niveaux historiquement élevés pour sa part.

Une gauche historiquement faible, un centre indépendant au cœur de la recomposition politique

On en retrouve la trace dans les résultats du 23 avril. Les candidats de la gauche, issus de ses appareils historiques et portant un programme clairement orienté vers la fin de l’austérité, la transition écologique et le libéralisme culturel, n’ont rassemblé que 27,7 % des suffrages exprimés. C’est le total le plus médiocre enregistré sous la Ve République. Il s’agit d’un fait majeur de l’élection, qui ne se comprend que par l’attraction par Emmanuel Macron d’anciens électeurs socialistes pas rebutés par son tropisme néolibéral (certes plus modéré que celui, quasi outrancier, de François Fillon). 

Prospérant sur la faiblesse des partis de gouvernement, agglomérant des sensibilités hétérogènes par une sorte de césarisme entrepreneurial, Macron réalise ce que Bayrou avait échoué à accomplir en 2007 et a fortiori en 2012, autrement dit la perturbation de l’alternance droite/gauche par un centre indépendant. Il aura fallu les échecs des quinquennats Sarkozy et Hollande, sur fond de crise économique globale, de chômage massif et de succession d’affaires, pour qu’une telle force politique bénéficie d’une réelle fenêtre d’opportunité.

On ne saurait trop insister sur la portée historique de la présence de Macron au second tour et de sa probable victoire. Parmi les systèmes partisans européens, la compétition politique française apparaissait particulièrement fermée aux nouveaux entrants, comme à ceux qui prétendaient s’émanciper de l’opposition droite/gauche. Grâce à la centralité de l’élection présidentielle et au mode de scrutin majoritaire à deux tours, les acteurs dominants de cette compétition bénéficiaient de forts mécanismes de protection – au contraire du cas néerlandais, par exemple, sur lequel nous sommes revenus à l’occasion des élections législatives du 15 mars aux Pays-Bas. 

Au-delà d’évolutions plus mineures, telles que l’insertion à gauche des Verts dans ce dispositif, ces permanences ont conféré une certaine stabilité à la vie politique nationale, du moins jusqu’en 2007. Cette année-là, grâce à l’élection de Nicolas Sarkozy et à la victoire de l’UMP aux législatives qui ont suivi, la droite s’est succédé à elle-même. Ayant réussi à assécher le FN, Sarkozy a en même temps construit un électorat de droite beaucoup plus polarisé sur les questions d’immigration et d’identité nationale, ce qui a libéré un espace inédit pour un centre autonome.

L’élection présidentielle de 2012 a pu donner l’impression d’un retour à un ordre ordinaire, mais celui-ci n’était qu’apparent. Non seulement l’électorat de droite mobilisé par les candidats post-gaullistes n’est plus tout à fait le même que celui que mobilisait Chirac, mais, sous l’effet de la crise et de l’action de François Hollande, la gauche a atteint des scores historiquement faibles aux élections intermédiaires, tandis que le FN, dont les enjeux avaient été légitimés, s’est hissé à des niveaux historiquement élevés pour sa part.

Une gauche historiquement faible, un centre indépendant au cœur de la recomposition politique

On en retrouve la trace dans les résultats du 23 avril. Les candidats de la gauche, issus de ses appareils historiques et portant un programme clairement orienté vers la fin de l’austérité, la transition écologique et le libéralisme culturel, n’ont rassemblé que 27,7 % des suffrages exprimés. C’est le total le plus médiocre enregistré sous la Ve République. Il s’agit d’un fait majeur de l’élection, qui ne se comprend que par l’attraction par Emmanuel Macron d’anciens électeurs socialistes pas rebutés par son tropisme néolibéral (certes plus modéré que celui, quasi outrancier, de François Fillon). 

Prospérant sur la faiblesse des partis de gouvernement, agglomérant des sensibilités hétérogènes par une sorte de césarisme entrepreneurial, Macron réalise ce que Bayrou avait échoué à accomplir en 2007 et a fortiori en 2012, autrement dit la perturbation de l’alternance droite/gauche par un centre indépendant. Il aura fallu les échecs des quinquennats Sarkozy et Hollande, sur fond de crise économique globale, de chômage massif et de succession d’affaires, pour qu’une telle force politique bénéficie d’une réelle fenêtre d’opportunité.

On ne saurait trop insister sur la portée historique de la présence de Macron au second tour et de sa probable victoire. Parmi les systèmes partisans européens, la compétition politique française apparaissait particulièrement fermée aux nouveaux entrants, comme à ceux qui prétendaient s’émanciper de l’opposition droite/gauche. Grâce à la centralité de l’élection présidentielle et au mode de scrutin majoritaire à deux tours, les acteurs dominants de cette compétition bénéficiaient de forts mécanismes de protection – au contraire du cas néerlandais, par exemple, sur lequel nous sommes revenus à l’occasion des élections législatives du 15 mars aux Pays-Bas. 

En fait, c’est à gauche que les évolutions de rapports de force ont été les plus brutales. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon (19,6 %) ne lui a pas permis d’accéder au second tour, mais il est remarquable à double titre. D’une part, c’est la première fois depuis 1981 qu’un candidat de la gauche de transformation sociale obtient un score aussi élevé. D’autre part, c’est la première fois depuis 1969 qu’un candidat non socialiste occupe la première place à gauche dans le cadre d’une élection présidentielle. Comme en 2012, on observe au passage la marginalité des candidatures d’extrême gauche, dont les représentants avaient récolté jusqu’à 10,4 % des suffrages en 2002. Le Front de gauche derrière Mélenchon, et maintenant la France insoumise, ont réduit à néant leur espace.

Pour le PS, il s’agit d’une déroute massive, qui n’a pour équivalent en Europe, mais dans le cadre de législatives, que les effondrements des sociaux-démocrates néerlandais, islandais, voire grecs. Comme nous l’avions raconté, Benoît Hamon avait une occasion historique d’asseoir sa domination sur le PS d’Épinay pour le refonder, à l’occasion d’une défaite honorable. Son score, correspondant à un noyau électoral ultra-réduit, ne lui offre guère de marges de manœuvre dans l’appareil dont Cambadélis va tenter d’organiser la survie face au rouleau compresseur d’En Marche!.

La question des rapports avec la gauche alternative de Mélenchon va se poser pour tous ceux qui ne se résoudront pas à la marginalité ou à la satellisation par un centre hégémonique. Dans le cadre d’une quadripartition, et tant que perdure le mode de scrutin majoritaire, des candidatures unitaires sont le meilleur moyen de permettre à la gauche d’exister, voire de gagner des élections. 

 

Le premier tour de la présidentielle de 2017 recèle et promet donc des changements d’ampleur dans le niveau des forces politiques, aussi bien que dans leurs chances respectives d’accéder au pouvoir. Dans cette configuration inédite, les législatives du mois de juin recouvreront toute leur importance, alors que ce type de scrutin était quasiment apparu secondaire en 2007 comme en 2012, les citoyens donnant une majorité au président élu dans un contexte de démobilisation électorale assez massive.

Il n’est pas encore dit qu’Emmanuel Macron saura stabiliser un nouvel ordre électoral autour de l’affrontement qui s’annonce entre les partisans de la clôture stato-nationale et ceux de la mondialisation heureuse. C’est pourtant son intérêt, qui consiste à reproduire la réussite du pouvoir gaulliste en 1962, lorsque celui-ci s’était identifié à la majorité présidentielle et avait renvoyé les autres forces dans l’opposition. Dans le cas contraire, nous resterions dans une phase de chaos électoral d’une longueur inédite en France. 

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
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