Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 18:57
Pourquoi l'inscription dans la Constitution du droit à l'IVG est une nécessité? - L'Humanité, mardi 14 février 2017

Pourquoi l’inscription dans la Constitution du droit à l’IVG est-elle une nécessité ?

SUZY ROJTMAN, ROLAND PFEFFERKORN, FATIMA-EZZAHRA BENOMAR
MARDI, 14 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ
 

Droit des femmes à disposer librement de leur corps. par Suzy Rojtman, Porte-parole du Collectif national pour le droit des femmes (CNDF). Roland Pfefferkorn, Professeur de sociologie à l’université de Strasbourg. Fatima-Ezzahra Benomar, Porte-parole de l’association les Effronté-e-s.

RAPPEL DES FAITS. À la veille de la présidentielle, la proposition de Jean-Luc Mélenchon de graver dans le marbre le droit à l’IVG permettrait de renforcer la digue contre les  conservateurs et réactionnaires prêts à la détruire.

Le style a changé mais les attaques n'ont jamais cessé. Suzy Rojtman, Porte-parole du Collectif national pour le droit des femmes (CNDF)

La loi sur l’avortement a été promulguée en France le 17 janvier 1975 après des années de lutte. Après la pratique du MLAC de la « désobéissance civile » en faisant des avortements interdits, durant deux ans. Cette loi, votée sous Giscard d’Estaing avec les voix de la gauche, a été adoptée comme loi à l’essai pour cinq ans. Il a fallu de nouveau se mobiliser en 1979 pour obtenir la confirmation de la loi. Puis de nouveau en 1982 sous la gauche, réticente, pour obtenir son remboursement. Puis de nouveau… L’histoire du mouvement féministe contemporain en France se confond avec celle sur l’avortement.

Parallèlement, les attaques n’ont jamais cessé. Elles proviennent de celles et ceux qui considèrent, à l’instar de l’Église catholique, qu’un amas de cellules est une personne humaine et que dans une société policée les femmes n’ont pas à choisir de faire des enfants ou pas. Jean-Marie Le Pen disait au Parisien le 20 mars 1996 : « L’affirmation que leur corps leur appartient est tout à fait dérisoire, il appartient à la vie et aussi, en partie, à la nation. »

Sexualité égale procréation : des conceptions aux antipodes de celles du Mouvement de libération des femmes et du Mouvement pour la liberté de l’avortement et la contraception. Ces attaques commencent durant les débats autour du vote de la loi pour faire pression sur les parlementaires en leur envoyant du matériel agressif venu des États-Unis. Puis, une fois la loi définitivement votée, les antiavortements se sont organisés sur le mode commando à la porte des hôpitaux ou des cliniques en priant ou en faisant carrément irruption dans les centres d’IVG, faisant pression sur les femmes venant avorter, consultant les dossiers, s’enchaînant aux lits. Tant et si bien qu’il a fallu en 1993 faire adopter un « délit d’entrave à l’IVG ». Cette volonté farouche d’interdire ou limiter l’exercice de la loi a pris aussi des côtés juridiques. En 2004, Jean-Paul Garraud, député UMP de Gironde, a essayé de faire adopter, sans succès mais avec pas mal d’appuis, un délit « d’interruption involontaire de grossesse », donnant ainsi au fœtus un statut juridique de personne. Enfin, on en vient à la tactique actuelle qui consiste à mettre sur pied des sites aux apparences officielles qui propagent de fausses informations pour dissuader les femmes d’avorter. Le style a changé pour faire jeune, la sexualité n’est plus considérée comme le grand Satan mais le fond sur l’avortement est resté le même.

En outre, malgré un sondage Ifop de 2014 où 75 % des personnes se déclarent en France favorables à l’avortement, il s’est trouvé encore en 2014 plus de soixante sénateurs et sénatrices de l’UMP pour saisir le Conseil constitutionnel afin d’empêcher la suppression de « l’état de détresse » de la loi, ce qui heureusement a été retoqué par ledit Conseil. Pour garantir le droit fondamental à l’avortement, le rendre inaliénable, il est nécessaire de l’inscrire dans la Constitution. Ce qui fut fait en 2007 pour l’abolition de la peine de mort. Cependant, cela ne suffirait pas à garantir l’avortement. La restructuration hospitalière, les réformes successives ont érodé ce droit. La loi hôpital, patients, santé et territoires, en déstructurant l’hôpital public, a provoqué la fermeture de nombre de maternités dans lesquelles étaient implantés des CIVG. La tarification à l’activité, qui instaure le paiement des hôpitaux selon le type d’actes pratiqués, a eu aussi un impact négatif, l’IVG n’étant pas un acte rémunérateur. Si l’on veut complètement garantir le droit fondamental à l’avortement, il faut abolir la loi HPST et la tarification à l’activité.

Une meilleurs protection des femmes. Roland Pfefferkorn, Professeur de sociologie à l’université de Strasbourg.

Faut-il constitutionnaliser l’IVG ? Oui, l’idée de constitutionnaliser l’IVG, c’est-à-dire d’inscrire dans la Constitution le droit des femmes de disposer librement de leur corps, et par conséquent de pouvoir interrompre volontairement une grossesse, me paraît a priori une très bonne idée, dans le sens qu’il s’agirait d’en faire un droit imprescriptible pour toutes les femmes. Il est en effet plus difficile de modifier une Constitution qu’une loi. Mais pour la mise en œuvre se posent tout de suite des questions importantes. D’abord, la question de la Constitution. Est-ce que cela signifierait une inscription dans l’actuelle Constitution, celle de la Ve République, ou dans celle d’une future VIe République à construire, incluant d’autres droits, notamment sociaux ? Je n’irai pas plus loin sur ce point. Ensuite, se pose la question de la formulation précise : elle ne devrait en aucun cas limiter ou conditionner les droits des femmes à interrompre volontairement une grossesse et elle devrait prévoir dans le même temps les moyens d’exercer ce droit, notamment en termes d’information et de financement. La question de la gratuité est essentielle.

 

Une telle constitutionnalisation aurait l’avantage de rendre a priori plus difficiles les remises en cause des droits des femmes à disposer librement de leur corps. N’oublions pas que les adversaires de ce droit ne renoncent pas. Parfois ouvertement, parfois plus insidieusement, comme ces sites prétendument informatifs qui font en réalité un travail de sape. Ceux qui attaquent le droit à l’avortement ne relâchent pas la pression pour le délégitimer, à l’image de l’actuelle campagne menée par le Vatican. À l’occasion de ce que l’institution catholique appelle la « Journée pour la vie », qui vient d’être organisée dimanche 5 février, le pape François a appelé explicitement à défendre la « culture de la vie » face à « la logique du déchet et à la baisse démographique » et à prier pour les enfants « menacés par l’interruption de grossesse ». Comme ses prédécesseurs, le pape François, fidèle à la doctrine de l’Église catholique, est un farouche opposant à l’avortement. Les remises en cause s’appuient le plus souvent sur des arguments moraux, religieux, idéologiques et politiques qui ont en commun de s’opposer aux droits des femmes. Elles peuvent aussi passer par les restrictions à l’information et au financement publics. Ce point ne doit pas être négligé quand le système de santé est attaqué par les offensives néolibérales. Ces dernières années, nous avons assisté à des remises en cause parfois frontales, parfois plus insidieuses, dans différents lieux, par exemple dans certains pays d’Amérique latine, y compris par des gouvernements prétendant être de gauche, ou en Espagne.

Si la constitutionnalisation renforce le droit à l’IVG, ce n’est malgré tout qu’une protection relative puisque toute Constitution est modifiable… Et de ce point de vue, c’est la mobilisation en défense du droit effectif à l’IVG qui est déterminante, comme l’a bien montré ce qui s’est passé en Espagne quand la droite a souhaité remettre en cause radicalement le droit à l’avortement quand elle est revenue au pouvoir en 2011, mais n’a finalement pu mettre en œuvre l’ensemble de son projet régressif, malgré la volonté des secteurs les plus conservateurs d’aboutir, parce qu’elle s’est heurtée à une mobilisation massive. Donc, en dernière analyse, la vigilance et la mobilisation restent indispensables. Elles sont décisives, y compris dans l’hypothèse d’une telle constitutionnalisation.

Roland Pfefferkorn vient de publier Genre et rapports sociaux de sexe (3e édition augmentée, 2016, postface de Catherine Vidal, coédition Syllepse et Page 2).

Il faut graver ce droit inaliénable. Fatima-Ezzahra Benomar, Porte-parole de l’association les Effronté-e-s

L’avortement est un droit constitutif de l’émancipation des femmes. Il nous permet d’écarter l’épée de Damoclès des grossesses non désirées et de décider si on préfère nous consacrer à nos études, à notre vie professionnelle, voyager, ou faire le choix d’accueillir un enfant que l’on n’attendait pas, bref de maîtriser nos destins. A contrario, sa prohibition condamne de nombreuses femmes à subir d’incessantes grossesses entravant leurs choix de vie, leur libération sexuelle, leur autonomie financière et mettant leur santé en danger.

Raison pour laquelle les partisans du modèle patriarcal ne désarment pas ! C’est le droit le plus régulièrement attaqué. Pourtant, et ILS le savent, quand une femme a décidé d’avorter, elle le fait, dans n’importe quelle condition. Mais ils préfèrent encore les voir s’empoisonner de recettes de charlatans, s’enfoncer des aiguilles dans le sexe, accoucher à 11 ans comme a dû le faire cette jeune Paraguayenne violée en 2015 ou, comme l’a fait en vain Florette, le personnage de Pagnol, se jeter par terre sur le ventre.

Face à EUX, nous ne dirons jamais notre dernier mot, nous l’imposerons en descendant par foules immenses dans les rues de la très conservatrice Pologne qui voulait l’interdire totalement en 2016, contre Mariano Rajoy qui voulait le restreindre en Espagne (n’avait-il pas assez à faire contre le chômage ou la crise du logement ?), et par millions contre Donald Trump avec les Women’s March de janvier 2017. Rendons aussi hommage à la courageuse députée équatorienne Paola Pabón, qui a tenu tête à Rafael Correa dans une Amérique latine sous grande influence de l’Église catholique, et à tant d’autres !

Fidèles dans la sororité internationale, les Françaises ont été nombreuses à battre le pavé en solidarité avec les Espagnoles, les Polonaises et les États-Uniennes. Dans nos propres hémicycles, les élu-es du Front national et parfois des « Républicains » parlent d’IVG « de confort », menacent de couper les vivres aux plannings familiaux, défendent les sites de désinformation sur l’IVG et suppriment le Pass contraception. Sans compter l’essor grandissant des groupuscules proches de la Manif pour tous, Sens commun, les Veilleurs ou les Survivants.

Malgré de grandes avancées comme la suppression de l’infantilisante notion de détresse et le remboursement intégral de l’IVG, la restructuration de l’hôpital public rend aujourd’hui son effectivité difficile à certains endroits. Environ 120 structures de proximité ont fermé, allongeant les queues d’attente et faisant prendre aux femmes le risque de dépasser le délai légal. Je ne parle même pas des maltraitances qui persistent dans le milieu médical, quand des jeunes filles nous rapportent que le médecin les a sermonnées, voire les a fait souffrir exprès pour les punir. Qu’en sera-t-il si par malheur François Fillon, personnellement opposé à l’avortement, accédait à l’Élysée ? Au mieux, la volonté politique et les moyens manqueront. Au pire…

Face à tout ce dont nous menace une situation politique imprévisible et inquiétante, il faut graver ce droit inaliénable à coups de burin dans le marbre de la Constitution ! En 2014, j’ai corédigé un appel pour une VIe République féministe. Cette sanctification, si j’ose dire, aiderait à faire de l’avortement un droit fondamental et non plus un punching-ball pour faire diversion à chaque nouvelle crise. Car non, ce ne sont pas les théories du genre, de la dévirilisation ou du grand remplacement qui déstabilisent la société, mais bien les agressions réelles du sexisme, du racisme et du néolibéralisme qui nous frappent !

Partager cet article

Repost 0
Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste et du Front de Gauche. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011

Articles Récents