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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 06:16
Fillon à la droite: c'est moi ou le chaos (Médiapart, 6 février 2017)

Fillon à la droite: c’est moi ou le chaos

 PAR FRANÇOIS BONNET ET ELLEN SALVI

« Droit dans ses bottes » comme l’était Juppé en 1995, Fillon a voulu démontrer à son camp qu’il n’y avait pas d’autre choix possible : ce sera lui et personne d’autre. Qui dit plan B dit « plan Bérézina », assure-t-il.

 

Il y eut la minute de contrition. « J’ai commis une erreur, je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français », a expliqué lundi 6 février François Fillon à l'occasion de cette conférence de presse convoquée comme un ultime exercice de sauvetage. Une erreur relative d'ailleurs, a aussitôt tempéré celui qui, « avec une énergie décuplée », est plus que jamais candidat de la droite à l'élection présidentielle. Car François Fillon, pour qui tout cela « est légal » (la justice le dira), s'interroge toujours sur la réalité de la question éthique et morale posée par les emplois familiaux présumés fictifs de sa femme et de ses enfants : « C’est aux Français de décider », tranche-t-il. Tout juste consent-il à noter que « cette pratique est désormais rejetée » et qu'il a sans doute« mis un peu de temps à comprendre les évolutions de la société ».

Mais plus qu'une opération de transparence sélective, tant les zones d'ombre demeurent nombreuses (lire notre article sur les oublis et imprécisions du candidat), François Fillon s'est surtout acharné à reprendre en mains sa famille politique et les cartes d'une campagne électorale qui lui échappe depuis la révélation du scandale. Alors que depuis une semaine, les responsables LR jouent au Rubik's cube « vite, changer de candidat », l'ancien premier ministre a brutalement sifflé la fin de partie : « Il n’y a pas de plan B. Le plan B, c'est un plan Bérézina. Il n’y a pas d’autre solution si nous voulons être présents au deuxième tour. »

 

Et pour que les choses soient bien comprises par son camp, François Fillon a soigneusement reprofilé sa candidature. « Je ne suis pas le candidat d’un parti », a-t-il assené, s'appuyant plus que jamais sur le vote des plus de quatre millions d'électeurs de la primaire de la droite et du centre pour faire taire ceux qui, chez Les Républicains, pointent les dégâts catastrophiques de l'affaire. Changer de candidat ? « Personne, aucune instance n’a la légitimité pour remettre en cause ce choix », a-t-il insisté, écartant publiquement tous les scénarios testés et discutés ces derniers jours (congrès exceptionnel, primaires fermées, etc.).

« La droite ne peut pas avoir d’autre candidat », assure l'ancien premier ministre, ajoutant au passage que « maintenant que la transparence est faite, elle doit s’appliquer à tous », donc également à ses très nombreux parlementaires et responsables de droite qui ont eux aussi cédé aux délices de l'enrichissement personnel via les emplois familiaux, les conférences rémunérées, les prestations de conseil ou les commissions occultes au sein du groupe UMP au Sénat, « des pratiques politiques très anciennes ». Voilà pour l'avertissement tendance « boules puantes »…

Et maintenant l'avertissement politique. Que ses rivaux et adversaires de droite cessent de rêver : « Personne ne pourra effacer le choix des électeurs de la primaire, on ne pourra leur voler ce vote. » Voilà même que François Fillon se décrit en candidat anti-système, cible de forces obscures qu'il ne veut nommer tout en suggérant qu'elles sont bien nombreuses, de Marine Le Pen au pouvoir actuel, sans exclure quelques bas-fonds bien peuplés dans son propre camp.

L'explication d'une telle affaire Fillon, « du jamais vu sous la Ve République », c'est le« système », assure désormais l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, reconverti en conseil de quelques grands groupes et ami proche du milliardaire Ladreit de Lacharrière ou de l'ancien patron d'Axa Henri de Castries. Le « système » qui veut à toute force organiser un second tour Le Pen-Macron en éliminant le candidat de la droite devenu un quasi-rebelle… « Mon programme dérange le désordre établi, croit-il savoir.Je suis le seul candidat à promettre de mettre en œuvre un programme de rupture. » D'où le déchaînement soudain de ces forces telluriques, d'un « tribunal médiatique »s'adonnant au « lynchage », sans parler d'une justice décrite comme aux ordres.

« J’ai entendu peu de voix prendre ma défense », a noté celui qui en trente-deux ans de carrière politique a empilé toutes les fonctions électives imaginables… Et cette adversité constatée, ou le silence embarrassé voire catastrophé de son propre camp, ne l'incite pas plus à quelques initiatives d'ouverture. « Je suis candidat et candidat pour gagner. »

François Fillon s'est livré ce 6 février 2017 à l'exercice tenté par Alain Juppé le 6 juillet 1995 lorsqu'il était mis en cause pour un logement du domaine privé de la Ville de Paris.« Je reste droit dans mes bottes. » Ce fut pour Juppé le début de la descente aux enfers.

À peine la conférence de presse achevée, les quelques voix qui s’étaient inquiétées, ces derniers jours, du maintien de la candidature de François Fillon ont changé de tonalité.« Il a la légitimité pour poursuivre, il bénéficie de tout ce qui est présomption d’innocence », a par exemple affirmé sur RTL le député LR Georges Fenech, qui était pourtant le premier à avoir jeté un pavé dans la mare la semaine dernière, en affirmant que « le résultat des primaires [était] caduc » et en lançant un appel à tous les parlementaires de sa famille politique pour la tenue d’un conseil national extraordinaire.

 

Mardi matin, l’ancien premier ministre réunira tous les parlementaires, avant de se rendre à Troyes (Aube), où il retrouvera François Baroin. La réunion, qui s’annonçait pour le moins délicate en raison des mauvais retours du terrain, devrait être plus calme qu’annoncé. Dès lundi soir, bon nombre d’élus LR saluaient la prestation de leur champion et réitéraient leur soutien, bien obligés de constater sa détermination et l’absence absolue d’un plan B quelconque.

« Ils sont tous rentrés à la niche, commente un élu, consterné. Ça va durer quelques jours, jusqu’au prochain mauvais sondage… » Pour « resserrer les rangs », selon les mots de son entourage, auprès de sa candidature, François Fillon a annoncé ce lundi la création d’un « comité de campagne », qui se réunira « tous les mardis midi ou un mardi sur deux » pour discuter du « pilotage et de la stratégie de campagne ». À l’issue de chacune de ces réunions, Thierry Solère, l’un des porte-parole du candidat, tiendra une conférence de presse.

Cette nouvelle instance ne présente aucune réelle surprise. Elle est composée de 23 membres (dont seulement deux femmes), pour beaucoup déjà présents dans son organigramme de campagne, qui, lui, ne bouge pas. En revanche, les équilibres des anciennes écuries ont clairement volé en éclats puisque ce groupe compte :

  • 8 sarkozystes : François Baroin, Luc Chatel, Éric Ciotti, Gérald Darmanin, Brice Hortefeux, Christian Jacob, Laurent Wauquiez et Éric Woerth ; 
  • 5 fillonistes : Bernard Accoyer, Jérôme Chartier, Gérard Larcher, Gérard Longuet et Bruno Retailleau ;
  • 3 juppéistes : Dominique Bussereau, Jean-Pierre Raffarin et Valérie Pécresse.

Auxquels s'ajoutent quatre anciens prétendants à la primaire (Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Hervé Mariton et Bruno Le Maire), son organisateur (Thierry Solère), le patron de l’UDI (Jean-Christophe Lagarde). Le seul à faire son entrée dans la campagne est Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, jusqu’alors absent de l’organigramme.

En un sens, les sarkozystes, qui grommelaient depuis la victoire de François Fillon, ont obtenu gain de cause en reprenant la main sur la principale instance politique de son équipe. Mais en créant cette dernière, le candidat LR a également réussi à ramener dans son giron tous les plans B évoqués depuis une semaine, à l’exception d’Alain Juppé, dont la principale représentante, Virginie Calmels, ne figure pas dans ce comité.

L’ancien premier ministre a réuni cette nouvelle instance une petite heure après sa conférence de presse. Selon nos informations, chacun des membres a salué sa prise de parole devant la presse. Lui-même semble en être sorti ragaillardi : « J’ai stoppé l’hémorragie », leur a-t-il confié, avant de leur assurer que tout serait fini la semaine prochaine.

Fillon à la droite: c'est moi ou le chaos (Médiapart, 6 février 2017)

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
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