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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 07:50
Emeutes fascistes des Ligues nationalistes place de la Concorde à Paris, 6 février 1934

Emeutes fascistes des Ligues nationalistes place de la Concorde à Paris, 6 février 1934

6 février 1934 Émeute fasciste, 
réponses antifascistes

VINCENT CHAMBARLHAC
ET THIERRY HOHL,
JEUDI, 6 FÉVRIER, 2014
L'HUMANITÉ

Parlement pourri, politiciens véreux, régime corrompu… Les mots d’ordre claquent à Paris le 6 février 1934. Place de la Concorde convergent les ligues, toutes situées à l’extrême droite, sinon exactement fascistes.

Aux côtés des ligues manifestent des Parisiens issus d’une mouvance plus large où l’apolitisme déguise peu la haine du régime : la Fédération nationale des contribuables, le Comité de salut économique… Une part de militants de l’Arac, association d’anciens combattants proche du Parti communiste, participent à la manifestation, pensant hâter la décomposition d’une République vilipendée car marquée par sa défense de l’ordre social. C’est là un jour de colère trouble. Des mécontents s’agrègent, dont le plus petit dénominateur à l’extrême droite est l’aspiration à une solution autoritaire, comme à Rome ou à Berlin. Au soir d’affrontements violents, le sang coule (15 morts, plus de 1 500 blessés à la fin de la journée). Certains manifestants tentent de prendre d’assaut le Palais-Bourbon. Les forces de police, et le départ des Croix-de-feu, font échouer cette tentative de coup d’État. Au lendemain du 6, le gouvernement tombe.

Un climat a préparé l’émeute. Dès janvier, des manifestations de l’Action française agitent la capitale. Rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur le 
6 février 1934, Laurent Bonnevay, député du Rhône, signale « le chiffre de 2 000 arrestations, les dégâts sur la voie publique, les agents blessés ». La violence sourde, entretenue par l’extrême droite, se nourrit d’une crise de régime. L’affaire Stavisky place la corruption politique en une ; l’éditorial de l’Humanité du 5 janvier 1934 interpelle le président du Conseil : « Votre inflexible rigueur, Monsieur Chautemps, atteindra-t-elle ministres et députés complices de Stavisky ? »

La montée du chômage lamine la crédibilité politique. Mais le 6 février se comprend aussi dans une séquence européenne, celle du fascisme en Italie depuis 1922, de l’Allemagne depuis peu, d’une guerre civile imminente en Autriche… La montée de régimes autoritaires protofascistes renforce ce sentiment. L’hypothèse d’un coup d’État fasciste avorté s’impose aux gauches.

Celles-ci (radicales, socialistes, communistes, dissidences du communisme) sont divisées, antagonistes. Pour le mouvement communiste l’heure est à la dénonciation des socialistes, complices passifs de la montée du fascisme. Pour le PS-SFIO, aucune alliance n’est possible avec le frère ennemi, devenu extérieur au système républicain. La division nourrit les initiatives dispersées de réponses à la menace fasciste.

Les communistes manifestent seuls le 9 février, donnant l’opportunité à Jacques Doriot, alors rival de Maurice Thorez, de s’illustrer dans les combats de rue avec les fascistes. La veille, autour de la CGT « réformiste », s’impose l’idée d’une grève unitaire et d’une manifestation, prise en charge par les partis, le 12 février. L’ensemble serait réponse à la menace. Tous s’y rallient, parfois du bout des lèvres – le PC appelle à descendre dans la rue le 12 février sur ses mots d’ordre. La réplique s’effectuera en défilés distincts.

La surprise vient alors, contre les appareils, d’une unité retrouvée à la base, que symbolise la fusion des cortèges parisiens place de la Nation. À l’Ouest parisien d’extrême droite, répond l’Est, unitaire et antifasciste. Paris n’est pas la France : en province, plus d’une trentaine de défilés anticipent le 12 février, marquant l’élan unitaire. L’antifascisme de masse naît comme une émotion imposant l’unité contre la division des partis, des organisations. Un front s’ébauche patiemment pendant tout le printemps 1934 par la forme souple du comité antifasciste, où tous, dans la diversité des appartenances politiques et syndicales, se rejoignent.

Devant l’émeute, les gauches répondent dans la dispersion puis l’unité, affirment la souveraineté populaire. Le factieux est à droite, à l’extrême droite. Les gauches réaffirment une République ancrée dans la possibilité révolutionnaire. La surprise de l’unité rend pensable une nouvelle déclinaison, plus sociale, du pacte républicain. L’antifascisme de masse, constitué dans la rue s’avère, malgré la variété des représentations du danger fasciste, le liant d’une nouvelle alliance imposée aux gauches.

« Journée réactionnaire », le 6 février est une date aujourd’hui encore mobilisée dans les discours d’extrême droite contemporains. « Journée antifasciste », le 12 février fait histoire, à condition d’en rappeler la mémoire.

historiens, 
université de Bourgogne.

Auteurs de 1934-1936, Un moment antifasciste, éditions la Ville brûle, 2014, 144 pages, 15 euros.

 

Lire aussi: 

Le Front Populaire dans le Finistère: C'était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
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