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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 16:07
En 1920, le courant révolutionnaire prend les rênes de la Fédération et appelle à la première grande grève pour la nationalisation du chemin de fer français.

En 1920, le courant révolutionnaire prend les rênes de la Fédération et appelle à la première grande grève pour la nationalisation du chemin de fer français.

MARION D’ALLARD VENDREDI, 27 JANVIER, 2017 L'HUMANITÉ

La CGT cheminots est née il y a cent ans, construite sur l’unité dans la lutte. Un principe qui fonde toujours son action revendicative.

Jeudi prochain, les cheminots seront mobilisés, à l’appel de la CGT. Une « grève nationale, avec pour objectif de faire converger les luttes régionales menées en décembre dernier dans un contexte marqué par la privatisation du rail et les attaques sur le service public de transport ferroviaire », explique Laurent Brun, tout juste élu secrétaire général de la fédération CGT des cheminots. Rompus à l’exercice du rapport de forces, les cheminots CGT ont derrière eux l’héritage d’un siècle de luttes sociales, qu’ils comptent célébrer tout au long de cette année, a décidé leur récent congrès, tenu du 17 au 20 janvier.

Janvier 1917, une réunion qui fera date

Il y a cent ans, jour pour jour, ce 27 janvier 1917, le siège de la jeune Confédération générale du travail (CGT) accueille, salle de l’Union des syndicats, une réunion qui fera date. Deux cents délégués, salariés des compagnies ferroviaires privées qui se partagent à l’époque le rail national, signent l’acte de naissance de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer français, des colonies et des pays du protectorat. Une force de 65 000 travailleurs qui adhèrent en bloc à CGT, et comptent désormais pour un tiers des effectifs de la centrale. Quelques semaines plus tard, en mars 1917, la toute première édition de la Tribune des cheminots, « organe de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer », sort des presses et affiche à sa une un titre évocateur : « L’unité crée la conscience et la force ». Les premières lignes détaillent : « L’unité dans un groupement corporatif est le suprême des liens. Sans unité, c’est la dispersion des efforts, la divergence dans les revendications, l’impuissance dans la réalisation. » Les cheminots viennent de remporter la bataille de l’unité. Une unité qui reste encore aujourd’hui la matrice de l’action syndicale de la Fédération. Pour autant, la construction du fédéralisme cheminot ne s’est pas faite sans heurt et s’inscrit, à l’aube du XXe siècle, dans un contexte politique et syndical particulier.

En 1910, « la grève de la thune »

Lorsque, en 1884, la loi Waldeck-Rousseau autorise enfin la création de syndicats professionnels, les cheminots s’organisent, apparaissant toutefois en ordre dispersé. Ainsi, la période 1884-1901 voit la création de quatre syndicats corporatistes. Parmi eux, le Syndicat national des chemins de fer, fort de ses 50 000 adhérents, fait figure de première organisation du secteur et adhère à la CGT dès 1896, « dépassant alors la fédération des métaux » par son poids numérique au sein de la Confédération, souligne la CGT cheminots (1). Sur le terrain, le syndicat national vit sa première grande grève en 1910, revendiquant une augmentation générale des salaires. « C’est la grève de la thune, qui représentait 5 francs à l’époque », explique Christiane Bedon-Roulet, de l’Institut d’histoire sociale de la fédération (IHS cheminots). Mais « la très forte mobilisation n’a pas suffi et la grève débouche sur un échec, et la révocation de 3 000 cheminots engagés dans le mouvement », poursuit-elle. Le syndicat national en sort profondément divisé et deux camps s’affrontent, l’un réformiste, l’autre révolutionnaire.

« à l’avant-garde du syndicalisme »

L’équilibre est précaire et l’entrée en guerre consacre finalement la scission entre partisans et pourfendeurs de l’Union sacrée, et affaiblit significativement les forces syndicales cheminotes. Envers et contre tout, c’est pourtant dans ce contexte de très grande tension et en plein conflit mondial que les aspirations fédéralistes des travailleurs du rail trouveront leur aboutissement. En ce début de 1917, chez les cheminots, la colère gronde et le courant révolutionnaire, porté entre autres par Pierre Semard, obtient de la jeune fédération la rupture avec l’Union sacrée et le vote, lors du congrès de 1918, d’une motion plaidant pour « une action énergique de lutte des classes, seule compatible avec le principe syndical ». Deux ans plus tard, au congrès de 1920, le courant révolutionnaire prend les rênes de la CGT cheminots et appelle à la première grande grève pour la nationalisation du chemin de fer français. Très violemment réprimée, cette première grande grève unitaire cause des « dégâts féroces » en interne, note Christiane Bedon-Roulet, et « aboutit très vite à une scission au sein de la fédération entre CGT et CGT-U dont Pierre Semard prend la tête ». Prémices, en somme, de la scission confédérale de l’année suivante. « Ce qui est incroyable dans toute cette histoire, c’est qu’on voit bien à quel point les cheminots ont toujours été à l’avant-garde du syndicalisme. Ce fut le cas pour la scission de 1920, mais également pour la réunification des deux CGT. Les cheminots se sont réunifiés fin 1935, quelques mois avant que la Confédération ne suive le même chemin », témoigne Didier Le Reste, ancien secrétaire général de la fédération CGT des cheminots.

Cette singularité reste aujourd’hui un marqueur fort du mouvement social. Jeudi prochain, les cheminots donneront une nouvelle fois de la voix contre la libéralisation du service public, portée par les pouvoir publics et la direction de la SNCF. Mais, forts du principe d’unité qui a construit leur fédération, il y a un siècle, ils travailleront aussi à la convergence des luttes avec les cheminots des entreprises ferroviaires privées. Pour ne jamais laisser le dernier mot à « la dispersion des efforts, à la divergence dans les revendications, à l’impuissance dans la réalisation ».

(1) Les Cheminots dans l’histoire sociale de France, publié par la fédération nationale des cheminots CGT, sous la direction de Joseph Jacquet, Éditions sociales, 1967.

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
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