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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 08:53
Antonio Gramsci par le philosophe André Tosel: une caractérisation de l'intérêt de cette pensée marxiste chercheuse et ouverte pour notre temps

Antonio Gramsci, né le 22 janvier 1891

Un sarde qui fut sans doute le plus grand intellectuel marxiste et communiste du XXIe siècle, du moins dans le registre de la pensée politique. 


La pensée de Gramsci conserve une actualité considérable parce qu’elle est un laboratoire, qui n’est pas fermé. Elle est un potentiel dont il faut extraire de manière critique les trésors, sans en attendre le prêt-à-penser qui permettait de résoudre les problèmes de notre époque, ce temps de détresse pour les «subalternes» du monde.

 

Lu sur la page Facebook de notre camarade parisien Robert Clément

 

« Un laboratoire inépuisable en temps de détresse »

Par André Tosel, philosophe, Professeur émérite à l’université de Nice Sophia-Antipolis.

« La pensée de Gramsci conserve une actualité considérable parce qu’elle est un laboratoire,

qui n’est pas fermé. Elle est un potentiel dont il faut extraire de manière critique les trésors, sans en attendre le prêt-à-penser qui permettait de résoudre les problèmes de notre époque, ce temps de détresse pour les «subalternes» du monde.
Gramsci a consacré sa vie à définir les conditions et les perspectives d’une hégémonie des masses subalternes des cités et des campagnes des nations de l’Europe orientale et occidentale, dans une période marquée par le reflux révolutionnaire et la victoire des fascismes en Europe, mais aussi par une incertitude et un scepticisme relatifs à l’entreprise révolutionnaire dans l’URSS stalinienne. Une seule question le préoccupe, celle de la sortie des masses de la subalternité économique, sociale, politique, culturelle. La compréhension de la subalternité permet de préciser les conditions requises pour libérer la capacité de subalternes à être créateurs de civilisation. Des questions lourdes surgissent et sont encore les nôtres. Les multitudes actuelles divisées, fragmentées, humiliées seront-elles capables de faire la preuve de leur capacité à inventer une économie centrée sur la satisfaction des besoins et délivrée de la valorisation capitaliste ? Réussiront-elles à créer une politique permettant de traduire la spontanéité populaire et où la centralisation du pouvoir dans l’État et les partis dirigeants soit orientée sur la réduction de l’écart entre dirigeants et dirigés ? Parviendront-elles à une culture fondée sur une conception du monde traduisant en son langage les avancées de la pensée, et produisant une rectification critique du sens commun des masses subalternes ? Ne plus poser ces questions qui sont celles de l’hégémonie revient à avaliser la victoire actuelle du capitalisme néolibéral.

Dans les pays capitalistes les plus développés, la défaite actuelle semble renvoyer l’hégémonie des subalternes à une utopie inconstructible, mais dans des pays émergents, notamment en Amérique du Sud, l’esquisse d’un procès de réalisation contraire se profile et Gramsci a été et demeure une référence.
Gramsci a su poser ces questions en sortant d’une perspective stratégique dominée par la logique binaire de la confrontation « pure » du travail et du capital. D’une part, il comprend que l’hégémonie capitaliste dans le cadre national-populaire repose sur la production d’un bloc historique intégrant une pluralité de classes sociales, politiques, culturelles auxquelles il faut réserver une place et dont il faut obtenir le consensus permanent à partir de la reproduction du mécanisme d’accumulation économique – l’hégémonie naît de l’entreprise. D’autre part, les luttes nationales-populaires doivent être nécessairement articulées dans un cadre international.
Gramsci donne une leçon de méthode majeure. Il montre qu’à chaque niveau spécifique se pose la question de la traductibilité des luttes économiques limitées en luttes politiques et idéologiques, et celle de la catharsis, de la purification et transmutation de l’élément économico-corporatif en élément éthico-politique. Le moyen de ces opérations est constitué par la production d’une « réforme intellectuelle et morale » qui transforme le sens commun des subalternes pour en faire des acteurs et qui sert de base à des institutions de liberté en ancrant l’État et la politique dans la vie de la société civile. Gramsci a su inclure dans cette réforme la question des intellectuels. Il a compris la division entre intellectuels de la classe dominante, fonctionnaires de ses activités spécifiques (économie, politique, droit), et ceux de la classe dominée candidate à l’hégémonie. Gramsci a su ainsi imiter et corriger l’utopie issue de Marx et reprise par le bolchevisme, celle de la thématique de la fin de l’État, des classes, de la religion, du marché en général, du droit.
Ce réalisme politique libérateur est aujourd’hui limité sous trois points de vue : tout d’abord fait problème la conception du parti un et englobant, « le prince moderne », supposé représenter et orienter les transformations de la société en sa totalité. Ensuite la thèse féconde selon laquelle l’hégémonie naît de l’usine est certes liée à la reconnaissance des transformations du travail mais elle défend un industrialisme fordiste disciplinaire remplacé par les contraintes subtiles du management qui capture les demandes d’autonomie individuelle et de subjectivation. Enfin, cet industrialisme n’est pas en mesure de faire face à la question écologique majeure. Il nous appartient de travailler à une théorie critique spécifique des formes, des modes de subjectivité sociale et des contradictions du capitalisme de l’époque de la mondialisation ».

 

lire aussi: 

 

Il faut sauver Antonio Gramsci de ses ennemis (Robert Maggiori, Libération, mercredi 3 août 2016)

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