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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 07:31
Grèce: le coup d'Etat permanent (L'Humanité, 16 décembre 2016)

Grèce. Le coup d’État permanent

THOMAS LEMAHIEU
VENDREDI, 16 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Les gardiens de l’orthodoxie austéritaire veulent empêcher Tsipras de mettre en œuvre une mesure de justice sociale pour les petits retraités.

Les mêmes mots, encore. La même scène, toujours. Le même spectacle, encore et toujours. Entre la Grèce et les représentants de ses créanciers – la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et le mécanisme européen de stabilité (MES) –, l’histoire se répète, et jamais sous la forme d’une aimable comédie : pas question de laisser le gouvernement Syriza sortir, comme il l’avait promis, les Grecs de l’austérité. Après avoir extorqué, en juillet 2015, à Alexis Tsipras un accord sur le nouveau programme de réformes structurelles conditionnant le desserrement du coup d’État financier et l’accès aux fonds nécessaires pour chasser le spectre de l’effondrement du pays, rien n’y fait, et à chaque étape, les « partenaires » d’Athènes continuent scrupuleusement de prétendre dicter au premier ministre grec sa politique jusque dans les moindres détails. Supplice de Tantale, a-t-on écrit mille fois, et rien n’est plus vrai, comme l’illustre le dernier avatar en date.

L’Eurogroupe exige un durcissement des lois relatives au travail

Début décembre, la Grèce avait obtenu, après des mois et des mois sans la moindre avancée, un premier engagement des créanciers sur un « toilettage » de sa dette qui est, comme il convient toujours de le rappeler, odieuse, illégitime et insoutenable. D’une portée plus symbolique qu’autre chose – sur les 315 milliards d’euros de dette grecque, il ne s’agit de retirer que 300 millions d’euros environ à un horizon très éloigné (entre 2040 et 2060) par des mesures sur les taux d’intérêt et sur la maturité des titres –, ce geste constituait néanmoins, pour Alexis Tsipras, un « succès important » et un « pas décisif vers la sortie de crise ». Mais, dans le même temps, dans un jeu savamment entretenu avec le FMI – partisan déclaré d’un effacement plus rapide et plus radical d’une partie de la dette grecque –, l’Eurogroupe, qui rassemble tous les ministres des Finances des États de la zone euro, refusait de boucler le programme de supervision des réformes menées par le gouvernement grec en en demandant toujours plus. Après les retraites, le marché du travail : les créanciers exigent, pour débourser une nouvelle tranche d’aide, la facilitation des licenciements collectifs, la suppression de l’autorisation administrative et le non-rétablissement des règles en matière de négociation collective.

Ayant largement dépassé tous les objectifs imposés en matière d’excédent budgétaire primaire (hors service de la dette), le gouvernement Syriza a, dans la foulée de l’Eurogroupe, début décembre, annoncé son intention d’en utiliser une petite partie pour rétablir le « 13e mois » accordé aux bénéficiaires des plus basses pensions de retraite, une mesure qui avait été supprimée par les programmes d’austérité antérieurs à l’arrivée de Tsipras au pouvoir. Dans le même esprit, Athènes décide de repousser la hausse de la TVA imposée dans les îles grecques, mettant en avant la crise des réfugiés qui a eu un impact considérable à cette frontière de l’Europe. « Nous avons le fardeau de la crise migratoire, argumente Alexis Tsipras. Nous avons appliqué ces dernières années une politique extrêmement dure d’austérité. Tout ce que nous faisons est dans le cadre de l’accord conclu et il faut que nos partenaires le respectent aussi. »

Fureur des gardiens de l’orthodoxie austéritaire : avant-hier, à la veille du Conseil européen qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement, Klaus Regling, le patron du MES, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, et Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, sont montés au créneau. Ce dernier qui, dans la perspective des élections allemandes à l’automne 2017, freine des quatre fers pour empêcher toute avancée donnant un peu d’oxygène aux Grecs tonitrue. « Le programme d’aide à la Grèce ne peut être un succès que si tous les participants se tiennent à l’accord », lance-t-il. Avant d’exiger, sans la moindre fioriture, de donner son aval à toutes les décisions que voudrait prendre le gouvernement Tsipras : « Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatérale. » Dans une langue un peu plus diplomatique, ceux qui ont la main sur l’Eurogroupe estiment que « les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec ce qui est prévu dans le mémorandum ». En guise de rétorsion immédiate contre la Grèce, Jeroen Dijsselbloem, ex-dirigeant du Parti travailliste néerlandais (PVDA), décide d’un « gel » du toilettage de la dette, au prétexte de l’absence d’unanimité parmi les dix-neuf États membres de la zone euro.

Pour la première fois, toutefois, ces méthodes extrêmement violentes ne recueillent plus seulement de l’indifférence complice. Ainsi, François Hollande semble avoir pris au sérieux la fable qu’il a jusqu’ici contée aux Français, dans ses interventions télévisées ou dans ses « confidences » aux journalistes : pour la première fois, le président de la République a publiquement, en arrivant au Conseil européen, sifflé la fin de la partie en réclamant que « la Grèce soit traitée dignement ». « Il ne peut pas être question de demander encore des efforts supplémentaires à la Grèce », précise-t-il. Tout l’enjeu est là pour Alexis Tsipras qui laisse planer la perspective de nouvelles élections anticipées, alors que Syriza est aujourd’hui largement distancé dans les sondages par la droite de la Nouvelle Démocratie. « Nous pouvons avoir une avancée sans chantage et dans le respect de la souveraineté de chaque pays », veut encore croire le premier ministre grec.

rubrique économie-social

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