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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 06:26

Hervé Cloarec est décédé la semaine dernière à 96 ans. C'était un ancien résistant FTP dans le centre-Finistère. Yves Mazo lui a rendu un hommage qui nous a été transmis en revenant sur les faits d'armes d'Hervé Cloarec dans la résistance:  

 

 Hervé CLOAREC est né le 1 avril 1921 à Plonévez- du-Faou. Habitant au lieu-dit « St Herbot » entre Loqueffret et Plonévez-du-Faou, il a reçut une convocation pour partir en Allemagne (STO). Ayant entendu l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940, il n’avait d’autres  choix que de rentrer dans la clandestinité avec d’autres jeunes de sa connaissance. Des réunions se tenaient près de chez lui dans la forêt de Rusquec et deux personnes, déjà engagées dans la compagnie FTPF Bir-Hakeim, lui ont donné la marche à suivre. Il avait 22 ans.

               Son parcours de clandestin a débuté à ce moment ; être disponible 24 heures sur 24, être discret pour ne pas attirer l’attention des allemands, de la milice ou des collaborateurs. Il a participé, alors qu’il n’avait comme arme qu’un pistolet non chargé de la 1ère guerre 14-18, a des sabotages de pylônes électriques alimentant le lieu de chargement des batteries des sous-marins allemands dans la centrale voisine. Cette usine hydro-électrique se trouvait sur la commune de Locquéfret au lieu-dit « Cascade de St Herbot », rivière Ellez.

             La solidarité paysanne permettait aux maquisards de se nourrir. Leurs déplacements en vélo par équipe de quatre leur  assuraient une relative autonomie lors des  missions de repérage, de sabotages. Mais un jour, le 2 juillet 44,  ils ont été  surpris par des militaires allemands. Un seul d’entre-eux portait une arme : un pistolet. Il a été immédiatement abattu. Le groupe a été conduit  à la Kommandantur de Châteaulin pour être interrogé. Ils ont connu les sinistres méthodes d’interrogatoire. Hervé en a gardé des séquelles encore aujourd’hui mais aucun d’eux n’a parlé.

             Hervé a été  condamné à mort ; sa famille a été contactée pour que lui soit apporté des vêtements  propres. La saleté, le sang collaient aux plaies et il a été difficile d’arracher ses effets souillés. Il a connu la prison St Charles où les prisonniers  étaient enfermés très à l’étroit, à six par cellule. Les coups de matraques pleuvaient sans raison lorsqu’ils faisaient appel  aux  geôliers. La Croix-Rouge l’a sauvé en le retirant d’un service hospitalier où il était soigné pour des graves complications. Il a pu retrouver les siens à la ferme et reprendre une vie normale.

          Dix jours après, il reprenait les armes pour libérer la poche de Lorient où allemands et américains se combattaient férocement. Les régiments de maquisards participaient à cette offensive avec l’armement fourni par l’armée américaine.

          Les allemands ont capitulé ; Hervé et ses camarades ont continué les  combats de libération de la Bretagne. Sa participation a été homologuée de juillet 43 à fin août 44. Il a été renvoyé dans ses foyers en octobre 44.

        «  J’ai ensuite rejoint Paris pour travailler dans les transports ».

        La Légion d’Honneur lui a été remise en avril  2015, soixante dix ans plus tard.

        Hervé a gardé des contacts étroits avec ses camarades de la Résistance et ils  pouvaient ainsi évoquer leurs camarades disparus. Certains résistants ont pu délivrer le message du Conseil National de la Résistance à  la jeunesse, invités par les enseignants lors de la préparation du Concours Départemental de la Déportation et de la Résistance.

         

Yves Mazo

 

 

Voir aussi cet article du Télégramme daté du 7 mai 2015 (édition Châteaulin) avec une interview d'Hervé Cloarec: 

 

Résistance. Hervé Cloarec se souvient

 

Résistant durant la Seconde Guerre mondiale dans le secteur de Châteaulin, Hervé Cloarec sera élevé au grade de Chevalier de la Légion d'honneur, demain, à Brest. Installé à Guipavas depuis 1970, il est retraité du transport. À 94 ans, l'homme fait preuve d'une lucidité étonnante et d'une modestie qui force le respect. 



Comment êtes-vous entré en résistance ? 
À l'époque, je vivais avec un de mes trois frères chez mes parents, à Saint-Herbot, près de Plonévez-du-Faou. J'étais célibataire, je travaillais à la ferme familiale après avoir passé le Certificat d'études. La France étant occupée, j'avais reçu une convocation pour partir en Allemagne, à Dresde, pour travailler en usine. Je ne souhaitais pas y aller mais plutôt répondre à l'appel du Général De Gaulle. De bouche à oreille, il se disait qu'il y avait des réunions dans la forêt de Rusquec, à Loqueffret. C'est là que j'ai rencontré deux personnes qui faisaient partie de la Compagnie « Bir Hakeim ». Elles m'ont donné la marche à suivre et demandé d'être disponible 24 heures sur 24. Plusieurs autres jeunes du coin ont rejoint le maquis et ont intégré cette compagnie. 

Comment ça se déroulait ?
Nous n'avions aucune notion de combat et n'étions pas armés. Je possédais un pistolet 6.35 que mon père avait gardé de la guerre 14-18, mais il n'était pas chargé. Parfois, nous récupérions du matériel caché dans une maison abandonnée. Ce matériel servait par exemple à détruire des pylônes électriques qui alimentaient les lieux de chargement des batteries des sous-marins allemands. Nous nous déplacions à vélo et en équipes de quatre. En parallèle, la vie suivait son cours, nous ne manquions pas de nourriture à la ferme, organisions des fêtes, des bals, des bons gueuletons... 

Avez-vous des souvenirs de répression, d'arrestation ? 
Un jour, alors que nous étions en mission, un groupe d'Allemands nous a surpris et immédiatement menacé avec leurs fusils. Je pense que ce jour-là, j'ai « vu la mort avant d'être vivant ». D'ailleurs, les Allemands ont rafalé et un de mes camarades, qui avait sorti son arme, a été abattu sur le champ alors que nous étions contre un talus. Il s'est effondré dans mes bras... Moi et mes deux camarades sentions que notre dernière heure arrivait. Les Allemands se sont mis à parlementer et ont finalement décidé de nous emmener, menottés, à la Kommandantur de Châteaulin pour nous interroger. 

Quelles étaient les conditions d'incarcération ?
À Châteaulin, on nous a fait descendre dans une cave et nous sommes restés longtemps dans le noir sur des lits en fer, une main et un pied attachés. Ensuite est venu le moment des interrogatoires et forcément des tortures car nous ne parlions pas. Dans une autre salle, on nous assénait des coups de matraque ou des coups de marteaux sur les doigts. J'en ai encore des séquelles. On a tenté de m'arracher un ongle, en vain. 

Comment s'est déroulée votre libération ? 
J'ai été condamné à mort. Ma famille a été contactée afin que des chemises propres me soient apportées. C'est ma belle-soeur Anna Crenn (toujours en vie et qui habite Concarneau) qui est venue. Il a été très difficile d'ôter mes effets qui étaient collés à ma peau par le mélange de saleté et de sang. Je lui en serai toujours reconnaissant... J'ai ensuite été conduit à la prison Saint-Charles de Quimper. Nous étions six dans une cellule pour quatre. Au milieu de la pièce, un seau servait aux occupants, vous devinez pourquoi... Quand j'étais chargé de le vider, je me souviens encore des coups de matraque. Quelques jours plus tard, j'ai été transféré à l'hôpital Laennec où j'ai eu la chance que la Croix-Rouge me trouve et me libère. On m'a amené à Briec dans une école puis j'ai refait un séjour à l'hôpital avant de pouvoir rentrer chez moi. Dix jours plus tard je repartais en mission ! Il s'agissait cette fois-ci de participer à la libération de la poche de Crozon. Nous n'étions pas toujours au courant de ce qu'il se passait jusqu'à la capitulation des Allemands et leur retrait. Il faut vous dire que nous étions tout de même à part dans notre campagne ! 

70 ans plus tard, la Légion d'honneur, ça représente quelque chose ? 
Avant qu'on me contacte pour cette cérémonie, je ne pensais plus à ça franchement... Il est bien tard je trouve, mais j'y vois tout de même un signe de reconnaissance et je réponds volontiers à qui veut entendre.
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/chateaulin/resistance-herve-cloarec-se-souvient-07-05-2015-10620086.php#qP8YVzZEiVsfk083.99

Hervé Cloarec en 2015

Hervé Cloarec en 2015

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