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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:35

MERCREDI, 14 DÉCEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

 

Avec les contributions de Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires, Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste et un texte collectif.

 

 

Travailler aux conditions d’une alternative par Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires

 

 

L’entrée en campagne de François Fillon a eu pour effet immédiat de repolitiser le clivage droite-gauche. Elle n’évacue pas le bilan du dernier quinquennat, même si la non-candidature du président Hollande tente d’effacer la responsabilité du PS dans celui-ci. On entrevoit désormais ce que la contre-révolution LR signifierait de ruptures idéologiques et de société sur les terrains du travail, des droits ou de l’égalité ; le risque, ici comme en Europe, d’une mainmise croissante du FN sur des populations dépourvues de repères. L’unité de la gauche redevient une exigence, car perçue comme le seul moyen d’éviter le pire. Ne pas en tenir cas serait faire abstraction dans la campagne qui s’ouvre de toute construction majoritaire. Face à la dangerosité de la situation, un tel parti pris est disqualifiant. Disant cela, je n’évacue rien du débat politique : ni le fait que l’offensivité droite-FN se nourrit de l’absence d’horizon progressiste, ni le préjudice d’années d’alternance et d’orientations libérales ouvertement assumées par une part prépondérante de la social-démocratie. De Terra Nova à la gauche populaire, de « la politique ne peut rien » au choc de compétitivité et à l’état d’urgence, de DSK à Valls et Macron, ces choix n’ont cessé de déstructurer les fondations du combat progressiste du XXe siècle : le Code du travail, la laïcité, les services publics, la redistribution sociale, les droits de l’homme et du citoyen, l’écologie…

Un appel à l’unité sur le mode du slogan « Au secours, la droite revient ! » restera une incantation. On ne peut faire abstraction des colères et des souffrances accumulées, de la crise politique et du déficit de crédibilité caractérisant le champ tout entier de la gauche. Les socialistes ont leur débat à instruire sur l’évolution de la social-démocratie française. Il sera le cœur de la primaire de janvier : c’est en cela qu’elle ne peut être la primaire de la gauche ! Mais il est aussi cette évidence que 2017 débute dans quinze jours, que l’avenir de notre pays comme des luttes ne peut être suspensible aux recompositions en cours. D’où l’urgence de pousser le débat de projet, d’acter les convergences pour un pacte majoritaire à gauche dès juin prochain.

Le PCF poursuit les initiatives pour travailler aux conditions de cette alternative. Sans réduire cet effort, les communistes ont décidé majoritairement de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, conscients que si elle n’est pas une condition suffisante au rassemblement, elle en est une condition nécessaire. La reconstitution du périmètre politique des forces du Front de gauche leur est apparue la meilleure entrée pour travailler à l’unité des forces anti-austéritaires. Tout autre hypothèse était aléatoire, paralysait notre activité militante et nous disqualifiait auprès d’une partie importante des forces que nous voulons mettre en mouvement.

Il ne s’agit pas de taire nos divergences avec Jean-Luc Mélenchon : de contenus, sur les urgences sociales, l’Europe, notre conception de la République, ou de stratégie politique quant à la primauté du mouvement populaire. Nous alimenterons le débat politique et d’idées avec nos propositions de communistes. Mais nous voulons inscrire sa candidature au service du rassemblement majoritaire du peuple de gauche, en faire le repère stable dans l’affirmation de l’alternative.

Je suis consciente du caractère exceptionnel de la situation pouvant conduire l’ensemble de la gauche et des écologistes à réexaminer leurs engagements pour 2017. Mais une chose est d’intégrer cette possibilité alors même que nous serons engagés pour faire bouger les lignes, une autre est que cette éventualité nous plonge dans un attentisme et une dépendance vis-à-vis d’autrui. Soyons acteurs et assumons le sens que nous donnons à notre action.

 

 

 

Contre le recul de civilisation programmé par Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste

 

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite a dévoilé un programme marqué par une régression et une violence inédites : haro sur la Sécurité sociale ! Haro sur les fonctionnaires ! Haro sur les services publics ! Si les barons du Medef jubilent, l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, n’hésite pas, lui, à parler d’« une purge proposée comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale… Ce programme, je le combattrai avec toute mon énergie, jusqu’au bout » (Marianne du 28/11/2016). Les rillettes sont indigestes… Voilà où ont mené ce quinquennat et les reniements répétés de la « gauche de gouvernement » : une droite bien enracinée dans ses fondamentaux, championne revancharde des vaincus de 1945 qui n’ont jamais digéré la création de la Sécurité sociale ! « Ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais », prévenait Ambroise Croizat.

À Nice, le candidat Fillon s’est « lâché » devant 250 patrons (cf. Nice-Matin du 31/10/2016). Le ton de ce monsieur au look impeccable, si bien élevé, est extrêmement révélateur : « Vous voulez qu’on arrête de vous emmerder, qu’on vous laisse travailler, qu’on vous fasse confiance et qu’on arrête avec la bureaucratie, les règlements et les contrôles incessants… » « (Il faut un programme) radical et appliqué par un gouvernement commando (sic !) de 15 ministres (…). Un ministre des Finances dont ce soit la spécialité, un ministre de la Santé reconnu par les praticiens… » Ce vocabulaire guerrier, un tantinet démagogique, signe l’apologie du « coup de main » pour garantir « la liberté du renard libre dans le poulailler libre »…

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), les Jours heureux, avait posé les bases d’une démocratie sanitaire et sociale éphémère. Ainsi, les représentants des assurés sociaux, et non le seul milieu médical, avaient leur mot à dire sur les questions de santé, car leur existence était en jeu. Les scandales sanitaires à répétition (Mediator, Distilbène, hormone de croissance, amiante…) et des milliers de victimes, voilà le fruit des noces barbares de la technoscience avec l’affairisme, d’où notre vigilance envers les « experts ». Chacun peut constater combien la revendication de liberté sans contrôle du commerce et du profit privé (« libérer les énergies ») va de pair avec une insupportable régression des libertés publiques (criminalisation de l’action syndicale ou de la solidarité envers les migrants), au nom de la « restauration de l’autorité » (des seuls propriétaires).

Le tandem Hollande-Valls a trahi ses électeurs et ouvert des brèches dans l’État social où la droite est prête à s’engouffrer. Responsable de la dureté de la vie pour des millions de personnes, il s’est totalement disqualifié. Il revient désormais aux forces rassemblées autour du programme la France insoumise, porté par Jean-Luc Mélenchon, d’empêcher qu’un commando d’ultras, en col blanc ou en treillis, ne fasse main basse sur notre pays, comme cela s’est déjà vu… Face à ce recul de civilisation programmé, c’est la mission de la gauche authentique, forte de ses valeurs, fière de ses combats et de son histoire, au service de l’émancipation humaine.

 

À gauche, toutes ! Texte collectif

Nous sommes de gauche, chacun dans son coin et ensemble, depuis des décennies. La lutte contre les inégalités, pour les libertés, la lutte contre les totalitarismes, anciens ou nouveaux, la défense de la République, l’espérance d’une écologie sociale. Ce sont nos valeurs, nos guides, nos repères. Tous d’une pleine actualité. Ceux d’une gauche profonde qui durera tant que les failles, les précipices et les manques de ce monde dureront, tant qu’il y aura quelque chose à faire contre l’injustice et l’irresponsabilité environnementale. Seulement, la « gauche politique » est malade, gravement, en ce moment, et c’est la gauche profonde qu’elle menace de contaminer.

Deux phénomènes se combinent pour expliquer ce moment de démoralisation et de confusion que nous traversons, à gauche. D’abord, l’intériorisation à gauche qu’une défaite serait d’ores et déjà inévitable en 2017. La droite a réussi à maquiller sa primaire en présidentielle anticipée. Elle vient de se doter d’un candidat. Les sondages photographient aujourd’hui cette situation : des certitudes à droite et à l’extrême droite, des candidats bien campés sur leurs jambes ; à gauche, des incertitudes, une multiplicité absurde de candidatures aussi montées en épingle que factices. Mais la vraie campagne, celle qui fera bouger des dizaines de millions de Français et s’affronter des candidats réels et non virtuels n’a pas même commencé ! Dans seulement deux mois, les analyses fondées sur une base sondagière volatile seront périmées.

N’acceptons pas le scénario d’une élection présidentielle déjà jouée : pour 2017, après le renoncement de François Hollande, rien n’est perdu. Ce poison de la défaite automatique, on comprend que la droite le répande : il est fait pour paralyser l’électorat de gauche, le neutraliser. Mais, du côté gauche aussi, on s’échine à relayer la neurasthénie du défaitisme. Premier exploit de ce catastrophisme ambiant : avoir laissé quelques centaines de milliers d’électeurs de gauche aller se mêler à la primaire de la droite, grossir les fonds de caisse de monsieur Fillon, signer « sur l’honneur » un engagement à défendre « les valeurs de la droite et du centre » et s’engager pour « l’alternance »…

Deuxième facteur aggravant des difficultés de la gauche : le climat de division outrancière régnant entre les différentes boutiques de gauche : invectives, hurlements à la « trahison » et à la « déchéance morale », transformation des désaccords en divisions, en haines inexpiables, refus d’un certain degré de rassemblement face à la droite et à l’extrême droite, multiplication jusqu’à l’absurde des candidatures concurrentes, alors qu’on sait, cette fois-ci bien à l’avance, que le danger est là : l’élimination de toutes les candidatures de gauche dès le premier tour !

Non, le but de l’élection présidentielle, ce ne sera pas de punir le PS et son candidat. Pas plus de traiter Jean-Luc Mélenchon, qui est un homme de gauche, de dictateur en puissance. L’enjeu qui domine tous les autres, ce sera d’éviter que la gauche ne soit éliminée du premier tour, puis d’empêcher que la droite ou l’extrême droite ne prenne le pouvoir d’État en France. Aucune gauche en France ne peut gagner sans une forme de conciliation entre une gauche modérée et une gauche plus téméraire. La prudence, la volonté d’agir avec mesure, la politique réformiste des petits pas ne sont pas des tares. La révolte, le souhait d’un changement radical et plus rapide non plus.

Cette conciliation entre toutes les gauches, beaucoup s’ingénient à la rendre impossible. En commençant par tuer l’idée d’une grande primaire citoyenne fédérant toutes les gauches. Ouvrons les yeux : ces gens-là, si on les laisse faire, nous mènent droit à l’abattoir en 2017. Pourtant, si la droite qui vient de montrer ses crocs dans sa primaire gagne, ce ne sera pas une alternance comme les autres. Demandez le programme Fillon, lisez-le : rien d’autre que l’entrée dans une société nouvelle dure aux petits, douce aux forts : une fonction publique réduite à l’os, le droit de l’État substitué à l’État de droit, l’écologie aux oubliettes, les droits des femmes remis en cause. Face à cette révolution à la fois conservatrice et hypermoderne, les petites querelles d’ego de gauche qui se battent en duel sont indécentes.

Alors, oui, il faut que chaque sensibilité s’exprime, mais à condition de ménager la possibilité de fronts communs, y compris sur le plan électoral. Les désaccords sont légitimes. Il n’est pas fatal qu’ils se transforment en divisions mortelles, sauf si on le veut, sauf si on a vraiment envie d’arracher son commun des entrailles de la gauche, de la sacrifier là, maintenant, sur l’autel de victoires très différées dans le temps et plus qu’aléatoires. Allons-nous, chacun au nom de sa gauche parfaite, excommunier l’autre gauche parce qu’elle est imparfaite, pour se retrouver tous avec une super-droite plus que parfaite ?

Amies, amis ! La gauche, ce ne sont pas que des appareils, grands et petits : c’est vous, c’est nous ! Ne vous laissez pas intimider par cette violence verbale, ces détestations réciproques qui en ce moment remplacent le débat et empêcheront demain le rassemblement. Intervenez par tous les moyens à votre disposition, mêlez-vous de ce qui vous regarde. Dites aux apprentis fossoyeurs : « Stop ! Arrêtez de semer la dévastation au sein de la gauche. »

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