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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 17:49
Introduction d'Ismaël Dupont à la réunion publique du Front de Gauche à Saint Pol de Léon, salle Cheminée du manoir Keroulas, le 13 octobre.
 
Le cadre de notre discussion ce soir sur « le travail, l'emploi, la précarité »
 
- C'est évidemment d'abord le passage en force du pouvoir sur la loi travail, dite loi El Khomri, voulu par Hollande, Macron, Valls, après un mouvement qui a duré + 6 mois, avec 12 journées nationales de mobilisations, + d'un million de citoyens dans la rue sur certaines journées d'action, une criminalisation du mouvement social, des violences sur les manifestants et de nombreuses arrestations arbitraires, trois 49-3, une impopularité constante du projet de loi, rejeté par les deux tiers des français, et notamment de l'article 2 sur l'inversion de la hiérarchie des normes et la marginalisation du rôle des syndicats, des garanties légales et des conventions collectives, la remise en cause des 35h.
 
60 % à 2 tiers des français opposés à la loi travail tout au long du parcours de cette loi. Malgré l'intense propagande médiatique et gouvernementale, la volonté de discréditer le mouvement social, et particulièrement la CGT… Une contre-offensive qui est d'abord venue des jeunes, de la société civile, en dehors des organisations traditionnelles : 1,6 millions de signatures pour la pétition « Loi travail : non merci. On vaut mieux que ça ! ». Une unité syndicale qui s'est prolongée… et même renforcée  au fil des mois, avec une résistance commune de la CGT, de FO, de Solidaires, de la FSU, et des bougés à l'UNSA, à la CFTC, tandis que ça tanguait dur en interne à la CFDT du fait du suivisme néo-libéral des dirigeants, Berger en tête. Un mouvement qui a bénéficié aussi de la pugnacité de nos parlementaires, et des tentatives de regroupement des parlementaires Front de Gauche, de certains Verts, et socialistes Frondeurs pour poser une motion de censure contre le gouvernement, préfiguration de l'arc de force à rassembler pour une vraie politique de gauche.
 
On peut parler d'un d'un demi-succès, d'un demi-échec du mouvement de mobilisation contre la loi travail : il a ouvert les yeux sur ce qu'était le pouvoir de Hollande, au service de la finance, il a délégitimé cette loi auprès des Français en en mettant à jour la logique profondément régressive… Et cela même si cette loi s'applique du fait de l'autoritarisme présidentiel, de même que le Traité Constitutionnel Européen et les Traités européens néo-libéraux… A chaque fois, un mépris complet de la démocratie, de la volonté populaire. Ce déficit de démocratie criant créé une distance de plus en plus grande entre les citoyens et les politiques, les élections, nourrit aussi le vote Front National en même temps que l'abstention.
 
Cette loi El Khomri est le point culminant d'une offensive néo-libérale engagée depuis plus de 30 ans par la droite et le PS sur les droits des salariés et les conquêtes sociales, souvent justifiée par la lutte contre le chômage, offensive qui se base sur un certain nombre de présupposés serinés par des médias complaisants au service des puissances d'argent:
 
- trop de protections des salariés nuit à la création ou à la conservation des emplois, il faut flexibiliser toujours davantage pour créer et maintenir des emplois.
 
- la seule carte à jouer de la France dans la mondialisation est l'intensification du libre-échange et de la dérégulation financière : on peut accepter la désindustrialisation, la concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre, car en retour le capital financier mondial investit chez nous dans le secteur des services, dans le secteur bancaire et assurantiel, dans l'immobilier, les nouvelles technologies. L'aiguillon de la concurrence oblige nos entreprises et nos systèmes sociaux à s'adapter, à devenir plus innovants, compétitifs, rentables…
 
- le ressort essentiel de la compétitivité et du dynamisme des entreprises est la « modération » salariale, la précarisation des salariés, la réduction du salaire différé et des financements sociaux, vis des allégements de charges
 
Le contexte dans lequel nous engageons nos échanges sur un enjeu central des prochaines législatives et présidentielles, c'est aussi un chômage qui a augmenté depuis l'élection de François Hollande : au moins 100 000 chômeurs en plus, et encore, en comptant tous les sorties des listes pour cause de radiations, qui se multiplient, de formations professionnelles bidons, qui permettent de dissimuler les vrais chiffres du chômage.
En tout, 5,7 millions de chômeurs. 10 % de la population active.
Les médias parlent quasiment chaque mois, des chiffres du chômage, en légère augmentation surtout, diminution parfois, on commente ça comme on commente la météo, les rapportant aux évolutions mystérieuses de la croissance, rattachée à un contexte mondial sur lequel nous avons peu de prise, mais c'est toujours une manière de normaliser, de banaliser le chômage, d'en faire une réalité inévitable sur laquelle nous n'avons guère de prise, en esquivant le scandale de ce que cela représente en termes de licenciement abusif, de politique financière qui jette les salariés comme des kleenex, d'abandon des classes populaires, de souffrances pour les individus et les familles. 
Un chômage qui tue (14 000 décès par an imputable au chômage et à ses maux : anxiété, stress, hypertension, dépression, addictions…), qui désespère, qui plonge dans la pauvreté, qui paralyse, tétanise…
Le chômage de longue durée a été multiplié par deux entre 2008 et 2015 : de 2,5 % à 4,3 %. Les allers-retours entre emploi et chômage concernent 6 actifs sur 10 dans le même temps.
 
86 % des embauches aujourd'hui se font en CDD. On est en train de changer d'époque, grâce aux Macron et consorts, serviteurs zélés des intérêts capitalistes. Actuellement le CDI concerne encore 85 % des salariés même si en facilitant la rupture des CDI et les licenciements, on l'a en partie vidé de son contenu.
 
Dans le Finistère, il y avait en 2015 44 170 chômeurs de catégories A, 72 950 chômeurs de catégérie A, B, C. Chômage en augmentation forte sur les deux catégories. Un chômeur sur 4 dans le 29 a plus de 50 ans. Le chômage de longue durée s'est accru de 13,5 % en un an. Cela concerne tout de même 45 % des demandeurs d'emplois du département. Et 25 % d'entre eux touchent moins de 625€.
 
Sur le plan national, plusieurs phénomènes se conjuguent pour expliquer la stagnation ou l'augmentation du taux de chômage :
 
- 1. le chômage arrange les capitalistes : il permet de faire pression sur les salaires, les conditions de travail, d'installer la peur chez les salariés, de décourager les luttes et les exigences. Cette pseudo « crise » installée soi-disant depuis le choc pétrolier des années 1970 est en réalité une nouvelle phase, plus brutale de domination du capitalisme financier. Ce n'est évidemment pas la crise pour tout le monde, on a qu'a songé aux 35 milliards de dividendes versés aux actionnaires cette année en France.
 
- 2. la politique d'austérité est en réalité un transfert des dépenses publiques et sociales vers les profits privés et une politique de destruction de l'emploi public :
 
Pour exemples :
 
A la poste, c'est 7352 emplois qui ont été détruits en 2014, + de 5000 chaque année : on est passé de 13000 bureaux de poste dans les années 80 à 3000 aujourd'hui
 
A la SNCF, suppression de 30 000 emplois de cheminots depuis 2003
 
L'austérité , c'est aussi un manque de relance économique liée à la baisse de l'investissement public, au pouvoir d'achat des ménages en berne, à la hausse de la fiscalité sur les petits qui consomment au bénéfice des gros qui épargnent et sont sur d'autres circuits de consommation ostentatoire.
 
- 3. délocalisations liées à l'insertion dans une politique de libre-échange et de division mondiale du travail, portée notamment par l'Union Européenne qui a mené des politiques violemment opposées aux intérêts des classes populaires.
 
- 4. poids du coût du capital et de l'économie financière au détriment de l'investissement productif et de l'emploi :
 
En France, la désindustrialisation,c'est 620 fermetures d'usines entre 2009 et 2015. Depuis 2009, 168 458 emplois dans l'industrie manufacturière ont disparu.
 
Dans le pays de Morlaix, le taux de chômage (9,7%) est identique au taux national, plus important que dans les pays de Carhaix, Quimper, Brest.
 
Il est amplifié encore avec la crise de l'agro-alimentaire : 900 emplois perdus chez Gad en 2013, 400 emplois perdus chez Marine Harvest en 2013, aujourd'hui les emplois des Viviers de la Méloine et de Tilly presque condamnés.
 
Quelles propositions le Front de Gauche peut-il avancer et mettre en débat pour les prochaines élections présidentielles et législatives ?
 
- D'abord, car sans cela rien n'est possible, la remise en cause du cadre libéral et austéritaire des traités européens existants, la relance de nouveaux traités pour que l'Europe cesse de se mettre au service du monde de la finance contre les peuples. Cela suppose de la désobéissance aux traités européens sans doute, mais aussi un travail de convergence entre les forces progressistes européennes, car le repli sur soi national ne changerait strictement rien sur le fond à la nature de la domination capitaliste.
 
- Développement des emplois via une politique d'investissement dans les nouveaux champs économiques porteurs d'avenir et de développement durable : les productions énergétiques alternatives, l'écologie… Et dans la santé, l'aide à la personne âgée en perte d'autonomie…
 
- Abrogation du CICE et de la loi travail.
 
- Travailler moins, être plus à travailler, travailler mieux : Réduction du temps de travail à 32h, retour à la retraite à 60 ans, pouvoirs nouveaux d'intervention et de contrôle aux salariés dans l'entreprise.
 
- Fin des suppressions d'emploi dans la fonction publique : la droite à l'inverse nous promet 300 000 fonctionnaires de moins (sur 5,6 millions).
 
- Statut social pour les jeunes, revenu garant d'autonomie.
 
- Lutte contre la normalisation du travail précaire, en intérim, des stages, contrats au rabais, services civiques pour les jeunes.
 
- Revalorisation significative des minima sociaux, des allocations chômage, du SMIC et des retraites.
 
- restauration des cotisations sociales versées par les entreprises (aujourd'hui, 200 milliards par an d'exonérations de cotisations sociales), lutte contre l'évasion fiscale, et contre l' injustice fiscale :
Pendant que la TVA augmentait avec Hollande et Valls, que l'impôt sur le revenu est peu progressif et représente une part trop faible de la fiscalité globale, dans le cadre du plafonnement de l'ISF, 1,077 milliard d'euros ont été reversés par les finances publiques aux plus riches en 2015.

Nos débats doivent nous permettre de faire le point sur la situation de l'emploi, des salariés et des chômeurs dans le pays de Morlaix, d'analyser les suites à donner au mouvement contre la loi travail, et de préciser des propositions concrètes pour donner une perspective au citoyen et un projet au Front de Gauche afin d'aborder les prochaines élections présidentielles et législatives. 

Réunion publique du Front de Gauche à Saint Pol de Léon sur "le travail, l'emploi, la précarité": Introduction d'Ismaël Dupont

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