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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 07:29
Courant d'ère d'Hervé Hamon: vous avez dit Bob? (Le Télégramme, dimanche 16 octobre 2016)

Courant d'ère. Vous avez dit Bob ?
http://www.letelegramme.fr/france/vous-avez-dit-bob-16-10-2016-11256629.php
 

Ils avaient bonne mine, nos intellocrates parisiens, nos petits abbés comploteurs, nos graves éditeurs, nos piailleurs de cocktail, nos critiques prompts à s'émerveiller au signal. Sans compter, of course, les auteurs de manuels scolaires qui nomment ceux qui méritent de rester et enterrent les autres pour l'éternité. Quoi ? Bob ? Vous avez dit Bob ? Ce gamin de 75 ans à la voix nasillarde, qui n'en finit pas de donner des concerts mais en rate un sur deux ? Ce timide pathologique qui s'obstine à dérouler ses couplets et à glisser entre eux un couinement d'harmonica ? Bob, vous imaginez Bob entre Elias Canetti et Albert Camus, entre Garcia Marquez et Harold Pinter ? Non, mais c'est un gag, c'est un bug. Vous rangeriez Bob dans la Bibliothèque de la Pléiade, tout contre Jean d'Ormesson ? Ils sont fous, ces Suédois. Il faut dire qu'effectivement, le jury du prix Nobel est fréquemment à l'ouest, comme on dit chez nous. Attribuer le Nobel de la paix à Henry Kissinger, bourreau du Chili, cela défiait carrément le bon sens.

Pour une fois, rien qu'une fois, ils ont été géniaux, les Nobel, géniaux de décerner le prix de littérature à Mr Dylan. Peut-être qu'ils avaient fumé quelques joints exotiques, peut-être qu'ils avaient absorbé des alcools un brin relevés. Mais là, ils ont fait preuve de courage et de sensibilité. Dylan ne se réduit nullement au militant contre la guerre du Vietnam - même s'il avait mille fois raison de l'être - qui chantait « Blowing in the wind » sur toutes les scènes de tous les meetings. Très tôt, d'ailleurs, il a grincé qu'il en avait marre de son statut d'icône, du costard qu'on lui taillait trop vite. Et, comme tous les créateurs, les inventeurs sincères, il a cherché, tâtonné, risqué, il s'est fourvoyé, il a trouvé et il n'a pas trouvé. Avec cette sorte de fraîcheur intacte, avec ses musiciens complices et ses mots qu'il faut entendre et lire, lire très attentivement, qui lui échappent et parfois nous échappent. Ce qui s'appelle une oeuvre. Et puis ce sont des mots dans le vent, des mots jetés au gré d'un « No ending tour ». Ce prix salue le refus des textes gravés dans le marbre, la poésie vivante qui se dit en plein air. Les tristes Académiciens qui n'ont point voulu, parmi eux, de Charles Trenet, ne pourront jamais comprendre.

 

Lire aussi: 

Bob Dylan réagit à son Nobel de littérature… par le silence
http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2016/10/15/bob-dylan-reagit-a-son-nobel-de-litterature-par-son-silence_5014180_1772031.html

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