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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 06:39
Avec Poisson, l’extrême droite s’incruste dans la primaire de la droite
24 OCTOBRE 2016 | PAR ELLEN SALVI

Accusé d’antisémitisme, Jean-Frédéric Poisson pourrait être exclu de la primaire de la droite et du centre. Le président du Parti chrétien-démocrate ne dit rien des relations qu’il entretient avec de nombreuses personnalités issues de l’extrême droite, aux côtés desquelles il prône l’«union des droites».

 

Le  9 septembre, jour du dépôt des candidatures à la primaire de la droite et du centre, Jean-Frédéric Poisson postait sur Twitter une photo de lui et d’Anne Levade, la présidente de la Haute Autorité de la primaire (HAP). « Candidature déposée et validée. Je serai le seul candidat non #LR à ce scrutin pour une parole libre », s’enorgueillissait alors le député des Yvelines, fort de son étiquette du Parti chrétien-démocrate (PCD, fondé par Christine Boutin), qui le dispensait de recueillir les parrainages nécessaires pour pouvoir se présenter au scrutin de novembre.

Quelques semaines plus tard, le candidat est en train de déchanter. Et surtout de comprendre que son étiquette n’a pas valeur d’immunité. En déclarant le 19 octobre, dans les colonnes de Nice-Matin, que « la proximité de [la candidate à la présidence américaine Hillary] Clinton avec les super-financiers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l’Europe et la France », le président du PCD s’est heurté aux limites de sa « liberté d’expression », s’attirant les foudres du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et de plusieurs de ses adversaires à la primaire.

Dans les équipes des différents candidats, tout le monde a condamné les propos du député des Yvelines. Vendredi 21 octobre, Nathalie Kosciusko-Morizet a même saisi la HAP, en insistant sur le fait qu’ils n’étaient « ni dignes ni compatibles » avec les valeurs de la droite et du centre que les sept prétendants se sont engagés à respecter en signant la charte de la primaire. La HAP se réunira mercredi 26 octobre pour statuer si oui ou non Jean-Frédéric Poisson doit être exclu du processus. La veille, se tiendra également une réunion du comité d’organisation de la primaire, autour du même sujet.

L’ordonnateur du scrutin, Thierry Solère, n’a pas attendu mardi pour dire tout le mal qu’il pense de la sortie du président du PCD. Pour lui, les choses sont claires : le candidat doit explicitement regretter ses propos et non pas seulement leur interprétation, comme il l’a fait vendredi dans un communiqué et une lettre adressée au CRIF. « Il doit absolument clarifier sa ligne, confie le député de Boulogne à Mediapart. Je l’avais déjà mis en garde sur un certain nombre de marqueurs : l’antisémitisme, le droit à l’avortement ou encore les alliances avec le FN. » Autant de points sur lesquels, à l’en croire, LR ne transigera pas.

Le 9 septembre, jour du dépôt des candidatures à la primaire de la droite et du centre, Jean-Frédéric Poisson postait sur Twitter une photo de lui et d’Anne Levade, la présidente de la Haute Autorité de la primaire (HAP). « Candidature déposée et validée. Je serai le seul candidat non #LR à ce scrutin pour une parole libre », s’enorgueillissait alors le député des Yvelines, fort de son étiquette du Parti chrétien-démocrate (PCD, fondé par Christine Boutin), qui le dispensait de recueillir les parrainages nécessaires pour pouvoir se présenter au scrutin de novembre.

Quelques semaines plus tard, le candidat est en train de déchanter. Et surtout de comprendre que son étiquette n’a pas valeur d’immunité. En déclarant le 19 octobre, dans les colonnes de Nice-Matin, que « la proximité de [la candidate à la présidence américaine Hillary] Clinton avec les super-financiers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l’Europe et la France », le président du PCD s’est heurté aux limites de sa « liberté d’expression », s’attirant les foudres du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et de plusieurs de ses adversaires à la primaire.

Dans les équipes des différents candidats, tout le monde a condamné les propos du député des Yvelines. Vendredi 21 octobre, Nathalie Kosciusko-Morizet a même saisi la HAP, en insistant sur le fait qu’ils n’étaient « ni dignes ni compatibles » avec les valeurs de la droite et du centre que les sept prétendants se sont engagés à respecter en signant la charte de la primaire. La HAP se réunira mercredi 26 octobre pour statuer si oui ou non Jean-Frédéric Poisson doit être exclu du processus. La veille, se tiendra également une réunion du comité d’organisation de la primaire, autour du même sujet.

L’ordonnateur du scrutin, Thierry Solère, n’a pas attendu mardi pour dire tout le mal qu’il pense de la sortie du président du PCD. Pour lui, les choses sont claires : le candidat doit explicitement regretter ses propos et non pas seulement leur interprétation, comme il l’a fait vendredi dans un communiqué et une lettre adressée au CRIF. « Il doit absolument clarifier sa ligne, confie le député de Boulogne à Mediapart. Je l’avais déjà mis en garde sur un certain nombre de marqueurs : l’antisémitisme, le droit à l’avortement ou encore les alliances avec le FN. » Autant de points sur lesquels, à l’en croire, LR ne transigera pas.

En attendant que les deux entités de la primaire se prononcent, le député des Yvelines a demandé par courrier, adressé ce lundi 24 octobre au comité d’organisation de la primaire, d’être entendu par celui-ci. « Je suis effondré de devoir préciser publiquement toute l’abjection que suscitent en moi l’antisémitisme et l’antisionisme », écrit-il, avant de préciser un peu plus loin : « Je veux redire clairement mon attachement au respect des valeurs qui nous rassemblent, sans aucune ambiguïté. Cet attachement explique ma présence au sein de la primaire. Il est également la raison pour laquelle je m’interdis absolument d’inviter quiconque à venir y voter lorsqu’il ne les partagerait pas. »

Il n’est pas innocent que Jean-Frédéric Poisson ait été alerté sur les trois marqueurs cités par Solère. Car si certaines de ses prises de position ont parfois agréablement surpris – comme son opposition argumentée à la loi sur le renseignement ou à la prolongation de l’état d’urgence –, le député n’en demeure pas moins l’un des plus radicaux du groupe LR (ex-UMP) à l’Assemblée nationale. « Lorsque je m’oppose à l’union civile, lorsque je ne reconnais pas l’IVG comme un droit fondamental (avec 6 autres députés seulement), lorsque je dépose une proposition de loi pour que les racines chrétiennes soient inscrites dans la Constitution… […] Je ne demande aucune autorisation », confiait-il à Valeurs actuelles, fin mai.

Il en est de même en matière diplomatique. Lorsqu’il part rencontrer à deux reprises Bachar al-Assad à Damas (Syrie) à l’initiative de l’association SOS Chrétiens d’Orient – qui se présente comme apolitique, mais compte dans ses rangs nombre de figures issues de l’extrême droite –, le président du PCD ne demande la permission à personne. Pas plus qu’il ne prévient le Quai d’Orsay lorsqu’il se rend à Tripoli (Libye), en juillet 2015, à l’invitation du gouvernement non reconnu par la communauté internationale.

C’est dans le même esprit d’« indépendance » qu’il a participé, fin mai, au premier “Rendez-vous de Béziers” organisé par Robert Ménard, en compagnie de tout le gratin des droites extrêmes françaises, comme l’élue frontiste Marion Maréchal-Le Pen ou encore Renaud Camus et Jean-Yves Le Gallou, théoriciens respectifs du “grand remplacement” et du concept de préférence nationale. « Nos électeurs […] sont las du politiquement correct et de la langue de bois. Ils attendent une refonte de la pensée politique de droite et de son expression électorale, se justifiait-il à l’époque dans Valeurs actuelles. Les “Rendez-vous de Béziers” sont une séquence qui, par leur caractère public, vont rendre visible cette volonté de refondation. »

De fait, l’événement a ajouté une pierre de plus à l’édifice d’« union des droites » que tentent de construire depuis plusieurs mois des personnalités issues de la droite et de l’extrême droite. Parmi elles, on retrouve donc le maire de Béziers et la députée frontiste du Vaucluse, mais aussi l’ancien UMP Charles Beigbeder et l’ex-ministre UDF Charles Million – tous deux fondateurs du « réseau collaboratif d’action politique » L’Avant-Garde, qui plaide pour une alliance électorale entre LR et le FN ; le président du RPF Christian Vanneste ; le patron de Souveraineté, identités et libertés (SIEL) – un parti associé au FN – Karim Ouchikh et bien sûr… Jean-Frédéric Poisson.

« Boutin ne voulait pas entendre parler du FN, avec lui les relations sont plus simples »

Tout ce petit monde a commencé à se côtoyer en 2013 au sein des cortèges de La Manif pour tous. Ensemble, ils ont marché, discuté, échangé. Avec le temps, ils ont fini par s’apprécier. Et par ne plus se quitter. Rien d’étonnant donc à apercevoir Karim Ouchikh dans le public du premier débat de la primaire, le 13 octobre.« L’union des droites patriotes est en marche ! » a même tweeté le président du SIEL, dont le parti soutient officiellement le candidat du PCD. « Jean-Frédéric Poisson a été le seul à porter haut et fort un discours eurosceptique, s’est-il également félicité dans Le Figaro. Je l'imagine bien appeler à voter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. 

On retrouve cette droite autoproclamée« hors les murs » dans la pétition lancée récemment sur Internet par le collectif Vos Couleurs. Fondé par quatre anciens militants de La Manif pour tous, ce collectif appelle lui aussi à l’« union des droites ». « Ça va dans le bon sens, je soutiens la dynamique », a indiqué à ce propos le député des Yvelines dans Valeurs actuelles, sans préciser s’il avait signé le texte. De façon plus générale, le président du PCD est aussi le favori des sites de la réacosphère (Boulevard Voltaire, Nouvelles de France, Salon beige…). Ses déclarations sur les « lobbies sionistes » lui ont même valu le soutien plus récent du site d’Alain Soral, Égalité et réconciliation.

Le fondateur du SIEL, Paul-Marie Coûteaux, soutient lui aussi la candidature de Poisson qu’il « apprécie beaucoup ». Et à l’écouter, il est loin d’être le seul. « Une partie de l’entourage de Marion Maréchal-Le Pen ira voter pour lui à la primaire, explique-t-il à Mediapart. Ce n’est pas un vote dissident puisque ça peut affaiblir le candidat qui se retrouvera face à Marine Le Pen en 2017. » Cheville ouvrière du courant « national-républicain », l’ancien eurodéputé estime que le président du PCD est beaucoup « plus ouvert » que celle qu’il a remplacée à la tête du parti en novembre 2013. « Christine Boutin ne voulait pas entendre parler du FN, avec lui les relations sont plus simples. »

Plus simples, mais aussi plus récurrentes. Après le “Rendez-vous de Béziers”, Jean-Frédéric Poisson s’est de nouveau rendu à Béziers mi-septembre, à l’invitation de Robert Ménard, pour présenter son livre Notre sang vaut moins cher que leur pétrole (Éd. du Rocher). Le 12 décembre prochain, le député des Yvelines retrouvera encore le maire de Béziers pour un meeting commun à La Mutualité, à Paris. Seront également présents d’autres partisans de l’« union des droites », comme Charles Beigbeder, Karim Ouchikh, Christian Vanneste, mais aussi Patrick Louis, le secrétaire général du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers.

Le fondateur du MPF a d’ailleurs lui aussi affiché sa sympathie pour le président du PCD à maintes reprises. « J’ai de l’estime pour [lui], c’est vraiment quelqu’un de très bien qui a une pensée juste et des convictions », déclarait-il en juin au magazine France, « le petit nouveau dans la famille des médias patriotes. » « J’ai une sympathie humaine et politique pour Jean-Frédéric Poisson. Sur le plan de l’identité, de la souveraineté, de la politique étrangère, il est sur une ligne largement compatible », affirmait également Marion Maréchal-Le Pen sur France 2, le même mois.

Une sympathie réciproque si l’on en croit le principal intéressé, qui a encore affirmé, ce lundi 24 octobre sur France Info, se sentir « plus proche sur certains sujets » de la députée FN du Vaucluse que de Nathalie Kosciusko-Morizet. Estimant que « le FN a changé » et qu’il « doit être considéré comme un parti comme les autres », le patron du PCD veut « en finir avec ce cordon sanitaire qui n’a ni sens ni raison d’être » autour du Front national. « S’il faut choisir entre un candidat PS malhonnête et un candidat FN honnête, je choisirais le candidat FN », affirmait-il à Valeurs actuelles, mi-octobre, expliquant sans ambages que s’il avait « été électeur à Béziers en 2014, [il aurait] voté pour Robert Ménard », « un homme courageux ».

Dans le Sud, le député des Yvelines peut aussi compter sur le soutien du député et maire d’Orange Jacques Bompard, fondateur du parti d’extrême droite Ligue du Sud. « Dans ma ville, j’encourage tout le monde à voter pour lui à la primaire, confie cet ancien frontiste à Mediapart. C’est le candidat qui me paraît être le plus proche des idées que je défends. » Là encore, la réciproque est vraie, puisque Jean-Frédéric Poisson n’a pas hésité à soutenir publiquement, le 6 septembre, Marie-Claude Bompard, maire Ligue du Sud de Bollène et épouse de l’édile d’Orange.

ommé par LR de clarifier sa ligne et ses relations avec le FN, sous peine d’exclusion de la primaire, le patron du PCD reçoit depuis quelques jours de nombreux messages d’encouragement de ses collègues de la « droite hors les murs ». « Que l’on soit d’accord ou non avec les propos de @jfpoisson78, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait plus concourir la #Primaire2016 [sic] » a par exemple tweeté Charles Beigbeder.« L’incroyable cabale des hommes du passé contre @jfpoisson78 qui bouscule la bienpensance au sein de la droite dite “républicaine” », a également commenté sur le réseau social l’avocat Frédéric Pichon, vice-président du SIEL. « Bravo la démocratie ! » ajoute Bompard auprès de Mediapart.

Du côté de la rue de Vaugirard, le casse-tête Poisson commence à en agacer plus d’un. Chez les juppéistes, beaucoup souhaitent que le problème soit rapidement réglé, afin qu’il n’entache pas la primaire au point d’en dégoûter les éventuels électeurs. Quant aux sarkozystes, eux aussi condamnent les propos du candidat PCD, mais ne se risquent pas, pour l’heure, à réclamer une exclusion, laquelle bénéficierait pourtant à l’ex-chef de l’État. Ce dernier ne s’est d’ailleurs pas encore exprimé officiellement sur le sujet. En tout état de cause, il lui serait difficile d’aller trop en avant dans l’attaque, lui qui veut justement s’attirer les faveurs de cet électorat de droite qui a cédé aux sirènes du FN.

Cette discrétion est d’autant plus criante que dans le même temps 165 élus, soutiens de Nicolas Sarkozy, ont signé une tribune dans le JDD contre « le retour opportuniste de François Bayrou [le président du MoDem, parti avec lequel plusieurs signataires dudit texte, comme Christian Estrosi, Philippe Richert ou encore Gérald Darmanin ont pourtant fait campagne pour les régionales de décembre 2015 – ndlr] dans la primaire de la droite et du centre », retour qu’ils qualifient de « signe annonciateur de cette compromission idéologique ». En matière de « compromission idéologique », celle de Jean-Frédéric Poisson avec l’extrême droite ne semble en revanche guère les émouvoir.

 

 

 

 

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