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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 19:00

Poussée de l’extrême droite en Allemagne

3 SEPTEMBRE 2016 | PAR THOMAS SCHNEE

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a devancé le parti d'Angela Merkel aux élections locales du Mecklembourg-Poméranie, le fief de la chancelière allemande. C'est la première fois que l'AfD devance la CDU, dans un scrutin qui s'est déroulé un an après la décision de Merkel d'ouvrir les frontières aux réfugiés.

L'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel, devancée par le parti social démocrate (SPD) mais aussi par le mouvement anti-immigration Alternative pour l'Allemagne (AfD), a dû se contenter dimanche de la troisième place aux élections régionales du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes. D'après les projections des médias allemands, la formation de droite radicale, qui dénonce la politique d'accueil des réfugiés de la chancelière, a remporté 21,4% des suffrages.

C'est la première fois que l'AfD devance la CDU. Le scrutin s'est déroulé un an jour pour jour après la décision de Merkel d'ouvrir les frontières aux réfugiés qui étaient bloqués en Hongrie et un an avant les élections législatives fédérales, où elle pourrait briguer un quatrième mandat. Le SPD, qui gouverne ce Land rural sur le bord de la Baltique avec la CDU depuis 2006, a recueilli 30,2% des voix, contre 35,6% lors de la précédente élection en 2011, tandis que la CDU est passée de 23% des voix il y a cinq ans à 19,8. C'est son plus mauvais résultat dans cette région de l'ex-Allemagne de l'Est où la chancelière a entamé sa carrière politique après la chute du mur de Berlin.

Voici l'article que nous avions publié avant le résultat des élections :

Berlin, correspondance.- L’Alternative pour l’Allemagne, le parti islamophobe qui monte en Allemagne, devrait battre un nouveau record électoral dimanche lors de l’élection du parlement du Land de Mecklenburg-Vorpommern (Nord-Est). Pour l’AfD, l’élection de dimanche est idéale pour impressionner à bon compte les électeurs allemands qui doutent. D’abord, bien que ce petit Land soit une des régions les moins peuplées d’Allemagne (1,6 million d’habitants, soit 2 % de la population), le scrutin bénéficie d’une grosse couverture médiatique, notamment parce qu’il inaugure la « super-année électorale », qui s’achèvera par l’élection du Bundestag en septembre 2017. Ensuite, dans une région qui ne compte pourtant que 1,2 % d’étrangers et 8 000 réfugiés sédentarisés, la problématique est au cœur du message électoral populiste et efface tous les autres enjeux régionaux : « Le Mecklenburg est comme les autres Länder de l’ex-RDA, glisse le spécialiste de l'extrême droite Hajo Funke. Il y a très peu d’étrangers. Mais on en a particulièrement peur. »

« Nous avons le taux de chômage le plus bas depuis la réunification et nous avons créé 50 000 nouveaux emplois sur les dix dernières années », tente de rappeler le ministre-président social-démocrate Erwin Sellering dans ses meetings électoraux. Celui-ci vante son budget équilibré, des chantiers navals modernisés avec des carnets de commandes bien remplis, ou encore une industrie touristique en plein boom, qui fait du Land la région la plus touristique d’Allemagne. Mais rien n’y fait. « Le problème du Land, c’est qu’il existe d’énormes disparités entre les zones côtières et urbaines qui décollent et des espaces ruraux qui se dépeuplent et où l’on ferme écoles et hôpitaux, analyse Hajo Funke. Le souvenir du marasme économique et du chômage massif d’après la réunification est aussi bien présent. La peur d’être à nouveau déclassé est forte. L’AfD joue dessus et fait des réfugiés les boucs émissaires de toutes les craintes et problèmes. »

Ces peurs ne sont pas nouvelles et ont déjà été exploitées avec succès dans les années passées. L’AfD arrive en effet sur une terre déjà largement défrichée par le Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD). Ainsi, le Mecklenburg-Vorpommern est, avec la Saxe, le seul Land qui a élu des députés NPD dans son parlement. En Saxe, ceux-ci se sont maintenus pendant deux législatures, avant d’être remplacés par les candidats plus « présentables » de l’AfD en 2014. Au parlement de Schwerin, capitale du Mecklenburg, le NPD est en revanche toujours présent (6 % des voix) et espère se maintenir : « Au nord-est, le NPD est là depuis longtemps et a tissé des liens étroits avec les confréries néonazies. Il y a un réseau brun très bien ancré, violent et sensible aux thèses xénophobes de tous bords », explique le chercheur Hajo Funke. Ancien présentateur radio bien connu dans la région, et tête de liste de l’AfD, Leif-Erik Holm a d’ailleurs fait savoir qu’il n’excluait pas par principe d’épisodiques coopérations parlementaires avec les néonazis du NPD.

La surexposition des réfugiés dans la campagne électorale est alimentée par d’autres facteurs. Alors que « l’allié » turc est en pleine dérive guerrière et autoritaire, et que l’Allemagne a connu fin juillet les premières attaques terroristes sur son territoire, les politiques de sécurité, d’accueil et d’intégration des réfugiés restent forcément au premier plan du débat politique national. Et l’élection de dimanche arrive un an tout juste après le « grand tournant » de Merkel.

Le 28 août 2015, la chancelière s’était fait violemment huer par des militants d’extrême droite lors de la visite du foyer d’accueil d’Heidenau. Émotionnellement affectée, comme elle le concédera plus tard, Mme Merkel avait prononcé trois jours plus tard le fameux « Nous y arriverons », slogan qui symbolise désormais sa politique. Le 2 septembre 2015, le monde entier a été secoué par la terrible photo du corps du petit Aylan, rejeté par les flots sur une plage turque. Enfin, c’est le 4 septembre 2015 que l’Allemagne et l’Autriche ont décidé d’ouvrir leurs frontières à des dizaines de milliers de migrants coincés en Europe de l’Est. Pour certains, cette décision a permis d’éviter une vaste catastrophe humanitaire et un drame politique. Pour d’autres, elle a provoqué un appel d'air migratoire déstabilisateur pour l’Allemagne et l’UE.

Sous la pression d’événements extérieurs, comme les agressions sexuelles du jour de l’an à Cologne, ou internes à sa famille politique, où elle est de plus en plus contestée, mais aussi face aux sondages et à l’attitude peu solidaire des pays de l’UE, la chancelière allemande a depuis mis beaucoup d’eau dans son vin. Et a nettement infléchi sa politique de la « bienvenue ».

Parmi les lois et mesures votées au cours de l’année écoulée, on relèvera le rétablissement partiel des contrôles aux frontières, un nouveau droit d’asile qui limite le regroupement familial, facilite les expulsions et permet l’assignation à résidence des réfugiés. Ou encore un accord négocié avec la Turquie, s’engageant à bloquer une bonne partie du flux de réfugiés en échange de plusieurs milliards d’euros. Parallèlement, de multiples mesures financières et réglages organisationnels ont été adoptés au niveau fédéral et régional pour faciliter l’intégration linguistique et professionnelle des réfugiés.

Depuis le début 2016, l’Allemagne n’accueille plus que quelques centaines de réfugiés par jour, contre une moyenne quotidienne de 6 800 en novembre 2015. L’Agence fédérale pour les réfugiés et les questions migratoires (BAMF) prévoit moins de 300 000 nouveaux réfugiés en 2016, contre 1,1 million en 2015. Et la catastrophe prédite par Pegida ou l’AfD n’a pas eu lieu, entre autres grâce aux millions de bénévoles venus aider des communes souvent débordées. Mais après l’accueil, le temps de l’intégration est venu : « Ils doivent maintenant apprendre la langue et un métier. Nous avons encore un très, très long chemin devant nous », reconnaît Susanne, une énergique retraitée berlinoise, qui ne compte plus les vêtements donnés pour les réfugiés qu’elle a triés ces derniers mois.

Tout cela n’empêchera pas le succès attendu par l’AfD dimanche. Mais ce revers est déjà pris en compte dans les stratégies des grands partis. Malgré la tentation, ceux-ci refusent de se laisser emporter par la rhétorique haineuse et facile de l’AfD : « On relève pour l’instant une influence faible de la pensée de l’AfD sur les programmes et déclarations des autres partis. Le seul dirigeant qui s’est vraiment laissé aller à faire de la récupération est le conservateur bavarois Horst Seehofer qui a, de ce fait, fortement affaibli son camp », relève le politologue Hajo Funke.

Dans une interview accordée mercredi dernier au quotidien munichois Süddeutsche Zeitung, Angela Merkel a choisi d’adopter une position pédagogique et critique sur sa politique. « De nombreux réfugiés sont déjà arrivés en Europe en 2004 et 2005, et nous avons laissé l’Espagne et les pays frontaliers se débrouiller avec», a-t-elle reconnu, en défendant une meilleure collaboration entre pays européens, mais aussi avec les pays d’origine des migrants. Ce faisant, la chancelière allemande a aussi fait comprendre qu’elle comptait bien résister aux sirènes populistes et xénophobes. « La chancelière agit par conviction et elle attend un revers dans le Mecklenburg, prévoit Hajo Funke. Elle a aussi reconnu que l’Allemagne ne supporterait pas un nouveau million de réfugiés. Mais ce n’est pas cela qui va la faire abdiquer. Au contraire, elle va probablement s’engager à renforcer les mesures d’intégration. » Même si sa popularité doit en pâtir.

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