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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 08:37
Le clan Bongo, un demi-siècle de règne et de pillage (Rosa Moussaoui, L'Humanité

Le chaos qui guette le Gabon est le résultat logique, terrible, prévisible, de cinquante ans de compromissions françafricaines et de pillage néocolonial. Et jusqu’au bout, le régime autoritaire et corrompu d’Ali Bongo a pu compter sur l’appui de Paris. Durant la campagne électorale, les opposants n’ont-ils pas été réprimés avec la contribution du « savoir-faire sécuritaire » français ? Au nom de la coopération militaire et policière entre les deux pays, la place Beauvau a détaché un commandant de police français à Libreville pour y occuper la fonction de conseiller spécial du commandant en chef des forces de police nationale gabonaises. Il est toujours en poste…

Le clan Bongo, un demi-siècle de règne et de pillage

ROSA MOUSSAOUI

VENDREDI, 2 SEPTEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

Avec la proclamation contestée de la réélection d’Ali Bongo Ondimba, le Gabon s’embrase. Prêt à tout pour garder ses prébendes, le clan présidentiel joue la carte de la répression et du chaos. Des méthodes dictatoriales trop longtemps appuyées par Paris.

Alors que le Gabon bascule dans la violence, comment ne pas repenser au slogan de campagne du président sortant ? « Je veux la paix, je soutiens Ali ! » proclamait Ali Bongo Ondimba. Sous-entendu, moi ou le chaos. Le satrape a hérité de son défunt père le goût du pouvoir. Pas le talent de fin manœuvrier, et c’est au prix d’un artifice grossier que le président sortant veut se succéder à lui-même. Au terme de l’interminable compilation des résultats de l’élection présidentielle du 27 août, de miraculeux procès-verbaux sont venus lui sauver la mise. Leur provenance ? La province du Haut-Ogooué, fief du clan Bongo. Là, Ali Bongo obtient 95,46 % des suffrages, avec un taux de participation tutoyant les 100 %. De quoi réduire à néant l’avance de 65 000 voix enregistrée dans les huit autres provinces par son concurrent, Jean Ping. Cet ancien cacique du régime, proche de Bongo père, a occupé de hautes fonctions, dont celles de chef de la diplomatie et de président de la Commission de l’Union africaine. Il fut un temps le compagnon de la sœur aînée d’Ali Bongo, Pascaline, gardienne d’un magot paternel disputé, dont il a eu deux enfants. Et c’est en 2014 seulement, entre brouilles d’affaires et querelle politico-familiale, que Ping est passé dans les rangs de l’opposition. Avec, en ligne de mire, l’élection présidentielle. À 73 ans, ce Gabonais de père chinois, fin connaisseur des arcanes du régime, a su rallier des figures de l’opposition comme des cadres du régime en rupture de ban. Au point d’incarner l’alternance, faute d’offrir une alternative. Dès le lendemain du scrutin, il revendiquait la victoire, mettant Bongo en garde contre la tentation du passage en force. Déjà, se profilait le spectre des violences postélectorales de 2009. La succession dynastique avait alors provoqué des heurts meurtriers, surtout à Port-Gentil, la capitale économique, où le consulat de France avait été incendié et les installations de Total prises pour cible.

Ali Bongo avait pu compter, alors, sur l’appui des bataillons d’intervention rapide (BIR), l’unité d’élite de l’armée camerounaise dépêchée au Gabon par le dictateur Paul Biya. Des militaires de la plus ancienne base permanente de la France en Afrique avaient été « sollicités » eux aussi, officiellement pour sécuriser les représentations diplomatiques et « protéger les Français ». À Paris, Nicolas Sarkozy s’était empressé d’adouber l’héritier en lui adressant de chaleureuses félicitations. Il faut dire qu’une longue histoire de présence militaire et de prédation économique lie la France à son ex-colonie et, surtout, au clan Bongo, avec son demi-siècle de règne et de pillage. Parrain de la Françafrique, grand argentier des campagnes électorales hexagonales, Omar Bongo avait bâti un solide et lucratif système d’accaparement de la rente pétrolière et des richesses du pays, au détriment de son peuple.

Ces richesses n’ont jamais profité aux Gabonais

Avec une superficie inférieure à 268 000 kilomètres carrés et 1,8 million d’habitants, le Gabon est l’un des plus petits pays d’Afrique. L’un des plus riches aussi, avec ses ressources naturelles exceptionnelles, à commencer par le pétrole, dont l’exploitation est dominée par le géant français Total. Les nombreuses filiales d’entreprises françaises implantées dans le pays tirent profit des bois précieux et des ressources minières (manganèse, fer, uranium, diamants, etc.). Longtemps, les inévitables pourcentages à concéder ont offert aux acteurs de la Françafrique une précieuse chasse gardée… Avant la montée en puissance de la concurrence chinoise, sud-africaine ou encore brésilienne. Quoi qu’il en soit, ces richesses n’ont jamais profité aux Gabonais, privés d’infrastructures et de services publics de base. « Ce peuple est bafoué depuis cinquante ans. Une oligarchie s’est accaparé toutes les richesses du pays, tandis que les deux tiers de la population croupissent dans la pauvreté. Il n’y a pas de logements, pas de routes, pas d’écoles dignes de ce nom et les hôpitaux sont des mouroirs. Le peuple ne peut plus se ranger derrière un tel régime. Les électeurs ont massivement choisi l’alternance. D’où la révolte à laquelle nous assistons », résume la chercheuse Laurence Ndong, auteure du livre Gabon, pourquoi j’accuse (L’Harmattan, 2016).

Mercredi, après le verdict de la commission électorale, une violente répression s’est abattue sur les protestataires descendus dans la rue. Dans la nuit, des éléments de la garde républicaine, qualifiée de « milice présidentielle » par les opposants, ont fait irruption au QG de campagne de Jean Ping. « Il y a deux morts et plusieurs blessés de source sûre », indiquait le candidat au terme de ce brutal assaut. Jeudi, dans le centre-ville de Libreville quadrillé par la police et l’armée, les carcasses de voitures calcinées, les ruines de barricades nocturnes et la façade noircie du palais Léon Mba, siège de l’Assemblée nationale, témoignaient encore des affrontements de la veille. Le pouvoir brandit l’étendard de la chasse aux « pillards » mais dans les camions qui transportent par dizaines les suspects vers les commissariats, les poings sont levés, on chante la Concorde, l’hymne national. Le ministre gabonais de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya, évoquait jeudi soir le chiffre de mille arrestations.

De timides prises de distance de la France

Cette stratégie de maintien au pouvoir à tout prix est d’abord le symptôme d’une impasse politique majeure. Le chaos qui guette le pays est le résultat logique, terrible, prévisible, de cinquante ans de compromissions françafricaines et de pillage néocolonial. Et jusqu’au bout, le régime autoritaire et corrompu d’Ali Bongo a pu compter sur l’appui de Paris. Durant la campagne électorale, les opposants n’ont-ils pas été réprimés avec la contribution du « savoir-faire sécuritaire » français ? Au nom de la coopération militaire et policière entre les deux pays, la place Beauvau a détaché un commandant de police français à Libreville pour y occuper la fonction de conseiller spécial du commandant en chef des forces de police nationale gabonaises. Il est toujours en poste… « D’après certains témoignages, l’armée gabonaise utiliserait des armes françaises, notamment des fusils d’assaut de type Famas, pour tirer actuellement sur les civils gabonais », s’alarme l’association Survie, en rappelant que le gouvernement français se vantait, en 2014, d’avoir formé 4 000 militaires gabonais.

Les timides prises de distance de ces derniers jours augurent-elles une rupture avec la ligne de soutien inconditionnel au clan Bongo qui prévaut depuis cinquante ans ? Dans le sillage de la responsable de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, le Quai d’Orsay s’est prononcé, mercredi, pour la publication des résultats de tous les bureaux de vote. Le lendemain, dans un communiqué aux accents cauteleux, François Hollande condamnait « avec la plus grande fermeté, les violences et les pillages, ainsi que les menaces et attaques portées contre les partisans des principaux candidats » et appelait « toutes les parties à la retenue et à l’apaisement, ce qui suppose un processus garantissant la transparence sur les résultats du scrutin ». À Libreville, à Yaoundé, à Djibouti, à N’Djamena, à Brazzaville, la France défend la transparence, la démocratie et les droits humains. Mais, surtout, ses intérêts économiques et ses parts de marché.

« La France, 50 ans de soutien au régime Bongo »

L’ONG Survie a déploré hier dans un communiqué l’hypocrisie de la France, qui a lancé un appel au calme après un demi-siècle de soutien au régime Bongo. « Le gouvernement français appelle aujourd’hui (hier) à la fin des violences, ainsi qu’à la publication des résultats bureau par bureau, adoptant une posture de soutien à la démocratie. Survie rappelle que la France n’a pourtant fait que soutenir, depuis cinquante ans et jusqu’à aujourd’hui, le régime du clan Bongo », rappelle l’organisation, spécialisée dans la dénonciation de la Françafrique. « La France a continué à soutenir le régime, lui octroyant de nombreuses marques de reconnaissance diplomatique (réceptions à l’Élysée, déplacements de ministres français). Ce soutien s’exerce notamment via la coopération militaire et sécuritaire auprès de l’armée et la police gabonaise, celles-là même qui tuent actuellement les civils gabonais »,ajoute Survie. Selon elle, la France aurait formé près de 4 000 militaires gabonais qui utiliseraient des armes françaises comme des fusils d’assaut de type Famas. « Encore aujourd’hui, de nombreux coopérants français sont présents au sein des forces de sécurité gabonaises, notamment auprès de la garde présidentielle, clé de voûte du système sécuritaire du clan au pouvoir », dénonce Survie.

Rosa Moussaoui

journaliste

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