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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 05:52
La purge d'Erdogan se poursuit jusque dans les mairies kurdes (Stephane Aubouard, L'Humanité - 13 septembre 2016)

La purge d’Erdogan se poursuit jusque dans les mairies kurdes

STÉPHANE AUBOUARD

MARDI, 13 SEPTEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

Ankara a destitué 24 maires du Parti démocratique des peuples. Le mouvement progressiste, considéré par le pouvoir comme allié du Parti des travailleurs du Kurdistan, dénonce une violation des droits de l’homme. Depuis sa prison, le chef du PKK, Abdullah Öcalan, se dit disposé au dialogue.

Le minutieux travail de sape entamé depuis plus d’un an par Recep Tayyip Erdogan à l’encontre du Parti démocratique des peuples (HDP) se poursuit inlassablement. Dimanche soir, Suleyman Soylu, ministre turc de l’Intérieur, a annoncé la mise à pied de 24 maires HDP « pour cause de terrorisme ». La décision concerne aussi 4 mairies tenues par des proches du mouvement de Fethullah Gülen – le prédicateur islamiste qui fut un marchepied vers le pouvoir pour Erdogan au début des années 2000 et que ce dernier accuse aujourd’hui d’être l’instigateur du coup d’État avorté du 15 juillet dernier. « Pour moi, c’est une décision qui arrive tardivement », a déclaré le président turc à la sortie d’une mosquée d’Istanbul, au premier jour de l’Aïd-el-Kébir. « Elle aurait dû être prise il y a longtemps », a-t-il insisté. Une déclaration qui étonne Eyyup Doru, porte-parole de l’HDP en Europe, amusé de la soudaine amnésie du chef de l’AKP (Parti de la justice et du développement). « En vérité, la plupart des maires avaient déjà été mis en prison bien avant le coup d’État, confie-t-il à l’Humanité, et ce qui se passe aujourd’hui est encore plus grave. C’est l’ensemble des membres de l’administration de ces mairies qui ont été suspendus au profit de technocrates proches de l’AKP. Des dizaines de femmes et d’hommes. Il s’agit d’un épisode supplémentaire du feuilleton du coup d’État perpétré par l’AKP depuis les législatives de juin 2015. »

Le choix dangereux d’Ankara

Le HDP, qui à l’époque avait obtenu près de 13 % des voix, continue donc de payer ce succès démocratique, vécu par Recep Tayyip Erdogan comme une offense et un frein à son projet de « régime présidentiel absolu ». La réplique avait été cinglante et sanglante. Nourrissant de nouveau le foyer de la guerre civile avec le PKK (Parti du travailleur du Kurdistan), considéré par Ankara comme une organisation terroriste, le pouvoir turc harcèle parallèlement le HDP. Des bureaux du Parti démocratique du peuple sont attaqués. Des élus sont violentés – son coprésident, Selahattin Demirtaş, échappera même à une tentative d’assassinat en novembre 2015. Dans le même temps, deux attentats – le 20 juillet 2015, à Suruç, et trois mois plus tard, à Ankara – tuent et blessent des centaines de militants du HDP lors de manifestations pacifiques. Le chef de l’État turc instrumentalise la peur, née de ces attentats mollement attribués à Daech, pour obtenir, lors de nouvelles législatives anticipées, la majorité parlementaire nécessaire à son projet de président monarque.

En 2016, l’AKP poursuit ses attaques contre le parti kurde sur le terrain plus feutré du Parlement. Erdogan y fomente dès le mois d’avril un véritable coup d’État en imposant le vote d’une loi supprimant l’immunité parlementaire. Les 58 députés du HDP élus en novembre 2015 se retrouvent, du jour au lendemain, exclus des bancs du Parlement pour se retrouver sur ceux des tribunaux.

Avec ce nouveau coup de boutoir porté dimanche au flanc de la démocratie locale turque, Recep Tayyip Erdogan montre sa toute-puissance aux Turcs et à ses amis européens et états-uniens qui ne disent mot, comme hypnotisés. Le même silence l’accompagne sur le terrain international depuis l’intervention militaire menée par la Turquie de l’autre côté de la frontière syrienne visant officiellement Daech mais ciblant en réalité les forces démocratiques kurdes. Recep Tayyip Erdogan ne s’en cache d’ailleurs pas : son pire cauchemar serait de voir naître une région autonome kurde démocratique de l’autre côté de la frontière. Le choix d’Ankara de conjuguer violence militaire et politique à l’égard des Kurdes reste pourtant un calcul dangereux. Quelques heures après l’annonce de la destitution des 24 maires, une voiture piégée a explosé dans la ville de Van (au sud-est de la Turquie), à proximité du siège départemental de l’AKP et du bureau du gouverneur, où se trouvaient des policiers en faction. Les autorités ont aussitôt attribué aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan l’attentat, qui a fait au moins une soixantaine de blessés. Une lueur d’espoir a cependant jailli des ténèbres. Détenu depuis 1999 sur l’île-prison d’Imrali, au large d’Istanbul, Abdullah Öcalan, dont le Parti communiste français demande la libération immédiate, a pu faire parvenir un message : « Nous avons des propositions. Si l’État turc est prêt à les entendre, nous pourrons mener à bien les discussions et les concrétiser en six mois pour que le sang cesse de couler », selon des propos rapportés par son frère, Mehmet, qui a pu lui rendre visite pour la première fois depuis deux ans, ce dimanche.

Stéphane Aubouard

Journaliste

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