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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:20

Louis Aminot nous a fait part d'un article très intéressant de Bernard Norlain sur des enjeux dont personne ou presque ne parle dans les médias. Il est écrit dans le cadre de l'association IDN de Paul Quilès, qui s'engage pour un désarmement nucléaire.

Le Sommet de l’OTAN à Varsovie qui s’est achevé le 9 juillet a donné lieu à la publication d’un très long communiqué des chefs d’État et de gouvernement. Ce communiqué est d’abord caractérisé par une inflation du nombre d’articles qu’il contient : 139. Par comparaison, le communiqué du Sommet de Lisbonne en 2010 comprenait 54 articles et celui du Sommet du Pays de Galles 113.

Rien d’étonnant à cela : ce Sommet se situait à un moment crucial pour l’OTAN, confronté à un « nouvel environnement de sécurité » et dont on attendait la définition d’une nouvelle posture stratégique. Effectivement, tout au long de ce communiqué cette nouvelle posture est définie comme une « posture de dissuasion et défense ».

Dans le cadre du volet dissuasion, le communiqué, dans ses articles 53 et 54, réaffirme le rôle du nucléaire « L’objectif fondamental de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression ». Mais il le fait de façon ambigüe : « aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire ».

Néanmoins, le communiqué précise également que « les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent à la sécurité globale de l’Alliance ». Voilà qui devrait rassurer la France, très inquiète de voir l’OTAN s’éloigner de la dissuasion nucléaire et qui souhaitait redonner à l’OTAN une culture nucléaire.

Bien entendu, le communiqué évoque les armes nucléaires américaines stationnées en Europe : «la posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des Etats-Unis déployées en Europe ». En effet, la présence d’armes nucléaires en Europe depuis 1954 par les Etats-Unis n’est plus un secret. Actuellement environ 200 bombes nucléaires américaines (modèle B-61) sont stationnées en Belgique, au Pays-Bas, en Italie, en Allemagne et en Turquie.

Il est regrettable que les dirigeants politiques n’aient pas plaidé en faveur du retrait de cet arsenal qui, en l’état actuel, n’a plus aucune valeur opérationnelle, et qui contrevient aux articles 1 et 2 du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP).

En dépit de cette réaffirmation du rôle des armes nucléaires dans la stratégie de l’OTAN, une lecture attentive du communiqué final du Sommet de Varsovie met en évidence une certaine prudence dans l’utilisation conceptuelle des armes nucléaires. On peut noter par exemple que le volet opérationnel du nucléaire ne fait l’objet que de deux articles. En revanche les appels au désarmement, au respect du TNP notamment, occupent 9 articles, du 62 au 68 :

Ainsi sur l’utilité stratégique des armes nucléaires, on peut lire la phrase suivante « les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont extrêmement improbables ».

Sur le TNP, « l’Alliance réaffirme sa détermination à tendre vers un monde plus sûr et à créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires de façon pleinement conforme à toutes les dispositions du TNP »

Sur le désarmement « Nous restons déterminés à contribuer à créer les conditions pour de nouvelles réductions sur la base de la réciprocité ».

De l’examen de l’ensemble des articles plus ou moins consacrés au nucléaire, on retire une impression d’ambigüité de la position de l’OTAN. Une valse-hésitation, un pas en avant, deux pas en arrière. En somme, plutôt que le renforcement du rôle du nucléaire demandé par plusieurs pays, il semble que ce soit le statu quo qui ait prévalu.

Cependant les chefs de gouvernement auraient pu s’interroger sur les modalités de sécurité qui entourent ces armes. Il est écrit en effet dans l’article 53 « Les Alliés feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces. Cela exigera un maintien de l’attention des dirigeants et une excellence institutionnelle pour la mission de dissuasion nucléaire ».

Or, le coup d’Etat en Turquie est une preuve flagrante du danger que ces armes font courir à la sécurité internationale. La base turque d’Incirlik, située à 110 kilomètres de la Syrie, abrite au moins 50 bombes thermonucléaires, ce qui représente le plus grand stock d’armes nucléaires de l’Alliance. Pendant les heures d’instabilités qui ont suivi le coup d’Etat, cette base a été en proie à un certain désordre et la sécurité a été portée au niveau « FPCON Delta », niveau le plus élevé d’alerte utilisé normalement en cas d’attaque terroriste imminente. Ces armes ont-elles été en « danger » de vol, d’acte de destruction, de vandalisme ? Nul ne le sait, aucune communication officielle n’ayant été faite, mais on sait que le commandant de cette base et neuf autres de ses officiers ont été arrêtés pour avoir soutenu le coup d’Etat…

Face à une telle situation d’instabilité et de risque potentiel, ne serait-il pas temps pour les Etats-Unis de rapatrier ces armes sur son territoire ? Les Etats membres de l’OTAN qui partagent cette politique nucléaire ne devraient-ils pas s’inquiéter de ces risques ? Si le pire arrivait – détonation accidentelle ou volontaire – « les effets d’une explosion atomique ne connaîtraient pas de frontières nationales et affecteraient les États et les populations, tant au niveau régional qu’au niveau mondial ». C’est la conclusion faite par la Norvège (membre de l’OTAN) en 2013 lors de la première Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires…

Il n’est pas inutile de noter par ailleurs que ce retrait serait un signe d’apaisement envers Moscou, qui voit s’installer le long de sa frontière européenne un système de défense antimissile, dont le rôle est complémentaire de celui des armes nucléaires, ainsi que l’a affirmé ce Sommet.

Bernard Norlain

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