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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 04:06
Georges Séguy: la sécurité sociale, acquis du CNR et enjeu international (L'Humanité, 2004)

Georges Séguy : " La sécurité sociale, enjeu international "

PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN MORAWSKI

SAMEDI, 13 MARS, 2004

L'HUMANITÉ

L'ancien secrétaire général de la CGT et président de l'Institut d'histoire sociale de la CGT. Il évoque le programme du CNR et la naissance de la Sécu, qu'il n'a eu de cesse de défendre par la suite.

" D'emblée, je voudrais souligner que le contenu audacieusement progressiste, au sens économique et social de l'expression, du programme du Conseil national de la Résistance, et la mise en place du système de sécurité sociale sont directement et proportionnellement liés à l'action menée par la classe ouvrière dans le combat de la Résistance.

J'y insiste, parce que cette approche explique nombre d'événements qui se sont déroulés ensuite. Quand Jean Moulin voulut rassembler, au sein d'une structure unique, les différentes formations engagées dans la Résistance, indéniablement, les accords du Perreux réunifiant la CGT, divisée depuis le pacte germano-soviétique en 1939, exercèrent un effet d'exemplarité unitaire qui aida l'envoyé du général de Gaulle à mettre en place le Conseil national de la Résistance dont il devint le premier président. Le général ne se trompa guère sur la portée de l'événement : il lui permit de se rendre à Alger pour discuter, avec les Américains et les Britanniques, en tant que représentant incontestable de la Résistance intérieure et extérieure de la France libre.

J'ajoute que les objectifs de la Résistance n'étaient pas seulement de chasser l'envahisseur du territoire national, d'écraser la barbarie nazie et de punir les traîtres, mais d'intégrer à la perspective de la Libération nationale l'avènement d'une République nouvelle, indépendante, démocratique et sociale. De Gaulle, lui-même, en 1943, à Alger, dans son discours d'inauguration de l'Assemblée consultative, le soulignait : il ne s'agissait pas de renouer avec la France de 1939. C'est ainsi qu'au sein du CNR la discussion s'engagea sur l'élaboration d'un programme. Beaucoup de gens se figurent qu'il y eut des sessions. C'est oublier les conditions de l'époque : celles de l'illégalité et de la clandestinité. Tout ce programme s'élabora progressivement et lentement.

Lorsque la question d'un système de protection sociale se posa, la CGT réunifiée pesa de tout son poids et il n'y eu pas beaucoup de contestation. L'action menée par la classe ouvrière dans la lutte contre l'occupant nazi et pour la libération nationale, les nombreux et terribles sacrifices qu'elle avait consentis lui conféraient une grande autorité. C'est de même que, quand vint l'heure de nommer un ministre du Travail, le choix se porta sur le secrétaire général CGT des métallurgistes, Ambroise Croizat. Depuis longtemps, la CGT avait pensé à ce que pourrait être le meilleur système de sécurité sociale. La réflexion sur le sujet remonte aux années trente, celles de l'unification syndicale de 1936, et du Front populaire. L'idée était de garantir des droits, sans discrimination, à tous les salariés. L'effondrement du Front populaire et la guerre avaient stoppé le processus. À la veille du conflit, au contraire, la classe ouvrière avait dû faire face aux décrets Laval remettant en cause nombre de ses droits. Un congrès, à Nantes, devait mettre au point une riposte. Mais des divisions étaient apparues. Belin, militant CGGT de tendance socialiste-réformiste et futur ministre du Travail de Pétain, s'était farouchement opposé à toute riposte. On vivait une période de régression sociale, comparable à celle que nous connaissons aujourd'hui. Ainsi, l'idée d'une sécurité sociale a-t-elle traversé toutes les années de guerre, pour resurgir à l'heure de la Libération. Mais, dans la France libérée, à la différence de ce qui s'était produit avant guerre, les patrons ne participaient ni à la réflexion, ni l'élaboration du système. Ils n'y participaient parce que leur soutien au régime de Vichy et le zèle qu'il avait mis à collaborer les avaient complètement discrédités. Au point que la Confédération générale du patronat avait été dissoute.

On comprend que, sitôt qu'ils purent redresser la tête, les patrons se soient rués sur la sécurité sociale. Ainsi, depuis 1947, sa défense est à l'ordre du jour. Il faut rappeler qu'en 1968, ce sont des ordonnances limitatives des droits que représente la Sécurité sociale qui déclenchèrent les mouvements de mai et la grève générale. De sorte que ceux qui s'y attaquent aujourd'hui trahissent l'esprit de la Résistance et la pensée du général de Gaulle qui avait participé à la conception de cette avancée sociale. De surcroît, ils s'en prennent à une ouvre de progrès dont beaucoup de pays ont pu s'inspirer. Sa défense n'est donc pas une affaire strictement nationale, c'est une bataille à l'échelle européenne, dont l'enjeu est international. "

Georges SEGUY (CGT), en 1980 sur la réforme de la sécurité sociale.

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