Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 06:34

PATRONS VOYOUS

OLIVIER MORIN
L'HUMANITE
Jeudi 4 août 2016

L'abattoir de poulets Tilly-Sabco, à Guerlesquin (Finistère), est déclaré pour la troisième fois en liquidation judiciaire. Les dirigeants courent toujours...

Ce matin, Nadine Le Guen n'ira pas faire sa journée à l'abattoir sur la chaîne de conditionnement de poulets. Comme près de 180 autres salariés de l'abattoir Tilly-Sabco Bretagne, à Guerlesquin (Finistère), elle est au chômage technique depuis le 29 juin. Seuls restent quelques salariés de l'administration « qui sont peut-être en train de préparer notre solde de tout compte », craint l'ouvrière, pour qui la nouvelle du redressement judiciaire décidé par le tribunal de commerce le 29 juillet ferme encore davantage de perspectives. « Pourtant, les travailleurs de l'usine avaient interpellé la direction depuis plusieurs années sur les choix stratégiques de la direction... qui n'en a jamais tenu compte. »

Entre chômage partiel et menace de licenciement

Tout bascule en juillet 2013. Quand la Commission européenne supprime totalement les restitutions (sortes de subventions) à l'exportation dont bénéficiaient les volaillers Doux et Tilly-Sabco et qui maintenaient toute une partie de la filière bretonne de poulets. Un séisme pour le poulet breton. Les patrons de l'entreprise agroalimentaire bretonne semblent tomber des nues alors même que la suppression des restitutions était prévue depuis dix ans et que 90 % de la production de l'usine est toujours destinée à l'export vers le Moyen-Orient. La liquidation judiciaire est (déjà) prononcée en septembre 2014, faisant vivre un cauchemar aux salariés bringuebalés entre chômage partiel et menace de licenciement, comme à de très nombreux autres en Bretagne ainsi qu'à des éleveurs. Tilly-Sabco, comme les autres acteurs de la filière poulet à l'export, savait pourtant que les restitutions allaient s'arrêter à cette date. La CGT, qui avait anticipé la perte de marchés consécutive à l'arrêt des restitutions, avait fait des propositions de repositionnement vers du poulet haut de gamme vendu sur le marché intérieur. « Les patrons n'ont jamais rien voulu entendre », raconte Nadine Le Guen, qui est aussi secrétaire générale du syndicat CGT de l'entreprise.

Après les atermoiements de potentiels investisseurs, dont Sofiprotéol, Terrena ou Triskalia, et les tentatives de rapprochement avec Doux, ce sont finalement le britannique MS Foods, le fonds d'investissement Breizh Algae Invest et la CCI (chambre de commerce et d'industrie) qui rachètent l'entreprise après que l'actionnaire Olmix eut fait un bref passage au capital de la société. De près de 210 000 poulets par jour abattus et conditionnés par plus de 330 salariés se relayant en équipes, l'usine ne produisait plus en juin dernier que 25 000 à 30 000 poulets par semaine.

Sur les chaînes de l'usine, les 200 salariés restants ne travaillaient plus qu'en une seule équipe, rendant encore plus difficiles les conditions de travail. « Comme il n'y avait personne pour prendre le relais après notre équipe, il fallait souvent dépasser nos horaires de travail pour terminer le lot de poulets », explique Nadine Le Guen. Sur un outil de travail vieillissant, en attente d'investissements de modernisation qui n'ont jamais été effectués, Nadine sentait bien que quelque chose n'allait pas. « Intermarché devait nous reprendre si l'entreprise avait une ligne de frais.

La direction en a alors improvisé une, mais l'accrochage (des volailles pour l'abattage ¬ NDLR) était le même et on conditionnait du poulet refroidi à l'eau dans des cartons pas adaptés », confie Nadine. D'une direction aveugle aux évolutions de la filière qui a provoqué la chute de la production, les salariés sont passés sous la coupe d'un patron voyou. Car en prenant connaissance des recherches de l'administrateur judiciaire, les travailleurs ont découvert avec stupéfaction que « l'entreprise n'était plus assurée depuis le mois de mai, que la mutuelle des salariés n'avait pas été réglée pour le mois de juillet et que des poulets étaient vendus de manière très opaque en Grande-Bretagne et à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) », dévoile la CGT.

Les employés restent chez eux, privés d'une partie de leurs revenus

"Le PDG se versait un salaire de 15 000 € mensuels sur un compte au Luxembourg"

Le syndicat ajoute : « Dans le même temps, les fournisseurs n'étaient plus payés et le PDG, qui n'est autre qu'Idris Mohammed, directeur de MS Foods et actionnaire minoritaire, se versait un salaire de 15 000 euros mensuels sur un compte au Luxembourg. » L'organisation syndicale a pourtant mis en demeure la CCI, et notamment son directeur, JeanPaul Chapalain, également aux commandes de Tilly-Sabco depuis novembre 2015. « La CCI (dont le rôle est de valoriser l'économie du territoire comme elle l'annonce sur son site ¬ NDLR) a investi dans l'entreprise et n'a même pas regardé ce qui s'y passait ! » enrage Nadine Le Guen. Contactée par l'Humanité, la CCI s'en est tenue à son communiqué officiel. Aujourd'hui, empêchés de pouvoir travailler, les salariés restent chez eux, amputés d'une partie de leurs revenus, qui pour beaucoup ne dépassaient déjà pas les 1 300 euros.

Disparue la prime à l'accrochage pour les ouvriers de ligne. Disparue celle de douche ou encore la prime pour les chauffeurs-ramasseurs qui sillonnent les élevages avant le lever du soleil. Parfois quelques salariés retournent à l'usine ouvrir les frigos pour que des fournisseurs se paient en prenant des poulets. « Est-ce bien légal ? » se demande Nadine. Après trois ans d'incertitude, les six prochains mois vont ajouter à l'attente insoutenable des salariés pour leur avenir. Pour ceux qui produisent la richesse mais ne bénéficient pas d'un compte au Luxembourg, « ne pas savoir ce qui va nous arriver est terrible », s'inquiète Nadine.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011