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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 12:59
L 'impasse des allégements de cotisations sociales

L’HUMANITE DIMANCHE – Jeudi 26 Mai 2016

LA CHRONIQUE DE JEAN-CHRISTOPHE LE DUIGOU (*)

« PLUS LE SALAIRE EST BAS PLUS L'ENTREPRISE VA EMBAUCHER » ? LA CRISE DE 1929 ET KEYNES ONT DÉMONTRÉ QUE C'ÉTAIT UNE IDÉE FAUSSE !

Une étude réalisée il y a quinze jours par l'institut BVA confirme que trois Français sur quatre estiment que « le meilleur moyen de relancer l'emploi est de réduire les cotisations sociales ». L'illusion est tenace ! En même temps, ils sont aussi nombreux à rejeter la loi El Khomri. La bataille est complexe. On a pourtant suffisamment de recul pour juger de l'inefficacité de cette politique centrée sur la baisse du coût du travail. Les gouvernements Balladur puis Juppé dans les années 1990 ont entériné une réduction des cotisations patronales au voisinage du SMIC. Celle-ci s'est poursuivie sous le gouvernement Jospin pour accompagner le passage du temps de travail à 35 heures, puis s'est confirmée au milieu des années 2000 avec la création des allégements Fillon. Ces exonérations représentent aujourd'hui 25 milliards d'euros par an.

François Hollande leur a donné une ampleur nouvelle, avec la création du crédit compétitivité emploi (CICE), en 2012, qui représente 20 milliards d'euros en année pleine, auquel s'ajoutent, entre autres, 10 nouveaux milliards d'euros d'exonérations accordées aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité. Les mesures se sont bien accumulées au fil des ans sans bloquer la montée du chômage. On ne sort décidément pas de l'idée fausse « qu'à niveau de qualification donné, plus le salaire est bas plus l'entreprise va embaucher ».

La réalité est pourtant complètement différente. L'économiste J. M. Keynes l'avait mise en évidence à l'occasion de la grande crise de 1929. En fait, pour lui, avec ce raisonnement qui se focalise sur le coût du travail, le risque était grand d'arriver à des situations où le chômage et le sous-emploi deviennent structurels. Les salaires stagnant, la consommation se ralentit. La demande adressée aux entreprises baisse à son tour. Ces dernières doivent débaucher, quel que soit le niveau des salaires. Le chômage de masse s'installe. Ce qui était déjà vrai il y a soixante-quinze ans l'est encore plus aujourd'hui puisque les salariés représentent 90 % de la population active.

Personne ne nie les problèmes de financement de nombre d'entreprises industrielles en France. Mais cela ne vient pas d'une modification du partage de la valeur ajoutée. Il n'y a eu aucun « dérapage salarial » ces quinze dernières années ! Baisser le coût du travail ne permettra pas de regagner des parts de marché. Le calcul a été fait pour l'automobile. Le coût de la maind'oeuvre ne représente qu'un peu plus de 1/5e du prix d'une voiture. Une baisse de 5 % de la masse salariale ne représenterait qu'un gain de 1 % sur le prix final d'une automobile, soit 150 euros pour une voiture de 15 000 euros... Pas de quoi changer fondamentalement la donne ! Plus structurellement, réduire la masse salariale c'est prendre le contre-pied d'une politique indispensable de valorisation de l'emploi et du travail.

Chacun sait pourtant que le principal déficit de la France vis-à-vis de l'Allemagne est celui du niveau de formation de la main d'œuvre, notamment industrielle. Comment demander aux salariés de se former, de développer leur qualification si on les rémunère globalement moins ? Il est dès lors évident que les sommes correspondant au déploiement des allégements consentis aux entreprises ne vont pas à l'investissement mais au maintien, voire à l'accroissement, de la rémunération du capital. Une impasse qui se rajoute aux choix dangereux de la loi travail.

(*) Économiste et syndicaliste

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