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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 06:35
Plus d'un million dans les rues contre un «recul de cent ans»

L’HUMANITE

Mercredi 15 juin

FANNY DOUMAYROU ET KAREEN JANSELME

La volonté de défendre les droits des salariés, les conditions de travail et l'emploi étaient dans toutes les têtes , hier, parmi la marée humaine venue des quatre coins de France, qui a défilé entre la place d'Italie et les Invalide, pour dire non à la loi El Khomri à l'appel de l'intersyndicale.

Au coin de l'avenue des Gobelins et du boulevard Arago, au début du trajet de la manifestation parisienne, une cinquantaine d'agents de l'inspection du travail sont allongés sur la chaussée et brandissent des pancartes : « Nous refusons d'appliquer le code du patronat ! » Un « die-in » ¬ « sit-in » version agonie ¬ pour protester contre la loi travail. En faisant reculer le Code du travail, socle commun pour tous les salariés, au profit d'accords entreprise par entreprise, le projet de loi ne peut qu'ébranler la mission de l'inspection du travail de contrôle de l'application du Code du travail. « Notre message avec ce "die in", c'est que ce projet de loi va détruire le Code du travail et rendre notre mission sans fondement, explique Thomas Dessalles, inspecteur du travail et militant CGT. Par ailleurs, nos effectifs continuent de baisser. Les services déconcentrés du ministère du Travail sont passés sous la barre des 8 000 agents, soit 700 de moins qu'en 2010. »

La marée humaine venue des quatre coins de France

La volonté de défendre les droits des salariés, les conditions de travail, l'emploi, était dans toutes les têtes hier, parmi la marée humaine venue des quatre coins de France, qui a défilé entre la place d'Italie et les Invalides, pour dire « non » à la loi travail et tenter de faire plier l'obstination du gouvernement à défendre son projet de régression sociale, à l'appel des syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires, et des organisations de jeunesse Unef, Fidl et UNL. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, avait promis une manifestation « énorme », elle l'a été, avec un million de personnes à Paris selon les syndicats, et 300000 autres en province, soit davantage que le 1,2 million atteint au pic de la mobilisation, le 31 mars. Le message au gouvernement est passé, malgré les incidents qui ont rapidement éclaté à l'avant du cortège, où plusieurs centaines de jeunes encagoulés et vêtus de noir se sont placés devant le carré de tête des leaders syndicaux.

Une fois de plus, il y a deux manifestations en une. À l'avant du cortège, les tensions et la confrontation avec les policiers, à l'arrière, les revendications et l'opposition au gouvernement. « Quand on voit tout ce monde dans la rue, c'est pas normal que le gouvernement ne veuille pas écouter », déplore Amélie, employée de la Sécurité sociale et secrétaire du syndicat FO des organismes sociaux en Aveyron, venue en train avec une quarantaine de militants de son département.

« Avec cette loi, les licenciements seront plus faciles, on a peur pour l'avenir de nos enfants. J'espère que le gouvernement ne va pas de nouveau passer en force par le 49-3, j'espère qu'on peut le faire reculer. » Quand on lui demande si elle a voté pour ce gouvernement, elle grimace : « Malheureusement oui, on espérait une amélioration mais les choses ont empiré. Pour 2017, je ne sais pas du tout ce que je vais faire, j'ai peur du FN, mais revoter pour la gauche...? » Un peu plus loin, Daniel défile en chasuble jaune aux côtés de son fils de 15 ans: « Il est en troisième, il passe son brevet. Il m'a réclamé plusieurs fois de venir aux manifestations car il se sent concerné. L'augmentation du temps de travail des apprentis, ça l'a marqué ». Le papa travaille depuis 15 ans à l'usine Toyota de Onnaing, dans le Nord, près de Valenciennes. « Toyota, c'est très dur, les cadences, les pressions, la plupart des salariés ont des TMS (troubles musculo-squelettiques dus aux gestes répétitifs - NDLR) au bout de cinq ou six ans de travail, on ne peut pas accepter que ça s'aggrave! Cette loi, c'est un recul de cent ans. » Eric Pecqueur, délégué CGT de l'usine, confirme: « On est venus à 35 de l'usine, 150 autres sont en grève sur place. La majorité des salariés sont contre cette loi, et même ceux qui ne font pas grève et ne viennent pas manifester participent par procuration, c'est comme ça que le mouvement tient depuis trois mois. Ils ont compris que dans cette loi, il n'y a rien de bon pour les travailleurs, que ça va aggraver les conditions de travail et augmenter le pouvoir des patrons. Ils ont compris aussi que ça ne créera aucun emploi. Dans notre usine, on est 3600, si on passe de 35 heures à 45 heures de travail, c'est mille emplois en moins. » Chez Industeel, au Creusot, en Saône-et-Loire (800 salariés), fabricant de tôles pour la pétrochimie, 80 % du personnel est en grève pour cette journée d'action, explique François, délégué CGT venu défiler à Paris avec une dizaine de collègues. « Au début du mouvement, c'était plutôt 70 % de grévistes, mais on est monté à 80 % après le 49-3. Le gouvernement essaie de nous avoir à l'usure mais on est de plus en plus mobilisés. Cette loi qui va nous faire travailler plus pour gagner moins, on n'en veut pas. »

Au milieu du parcours, le carré de tête des leaders syndicaux s'est arrêté et attend. Des sources policières assurent qu'un millier de casseurs ont pris la tête du cortège et recherchent l'affrontement. Les abribus en miettes attestent de la violence. Mais là, ce sont des militants qui ont créé une chaîne humaine pour éloigner les curieux et laisser les pompiers intervenir. Les pieds d'un blessé dépassent d'une couverture de survie, au milieu de la chaussée. Les secouristes sont applaudis mais les policiers hués quand, plus tard, ils refuseront d'ouvrir leurs grilles et demanderont aux pompiers de faire un détour pour évacuer le blessé.

Il faut se mettre à une table de négociation

La violence va-t-elle encore effacer le discours de fond sur la loi travail, et reléguer au second plan la légitime protestation des salariés et militants anti-loi travail? C'est ce que redoutaient déjà certains dès le début de la manifestation. « Il ne s'agit pas de valider des débordements, mais la stratégie de maintien de l'ordre du gouvernement a eu pour effet et pour objet de leur donner jusqu'ici une visibilité forte », remarquait Patrick Henriot, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM). Présent dans toutes les manifestations contre le projet de loi, le SM vient de diffuser son analyse du texte avec force détails et argumentaires. « Il y a eu quelques tentatives pitoyables de réaménagement de l'article 2, explique Patrick Henriot, mais qui sont vite tombées dans l'impasse. Car l'alternative est binaire. Soit les accords d'entreprise priment sur les accords de branches, soit on respecte la hiérarchie des normes. »

« La digue de la loi travail doit sauter, explique Annick Lairot, infirmière à Lorient, déléguée Sud Santé. On va revenir sur nos accords, nos astreintes, notre temps d'habillage. Déjà, notre temps de repas nous a été enlevé de notre temps travaillé. Nous manifestons contre la loi travail et pour un service public de sécurité et de qualité. Au premier juillet, un décret va créer les groupements hospitaliers de territoire qui va peser sur les hôpitaux locaux et notre maillage en territoire. »

Alors que la féministe Caroline de Haas distribue un tract pour faire sortir chacun dans la rue vendredi prochain et jouer de la casserole à 20 heures devant toutes les mairies de France, les dockers et agents des ports défilent déjà au son des tambours. 3 500 casques bleus, jaunes et oranges sous la bannière nationale de leur fédération CGT. Parmi eux, les dockers du Havre sont nombreux, fers de lance de la mobilisation depuis des mois, venus en cars et en trains avec les salariés de toute la Seine-Maritime de la centrale EDF, de Sidel, des hôpitaux, de Renault Sandouville, de la compagnie pétrolière CIM... « La grogne monte et au Havre, ça ne s'éteint pas, sourit Fabian Bourdoulous, secrétaire CGT du comité d'entreprise de la CIM. Après 26 jours de grève, nous avons repris le travail vendredi soir. Et aujourd'hui, nous avons redéposé un préavis de grève de 12 heures pour venir manifester à Paris. Nous voulons faire plier le gouvernement et peser sur la rencontre de vendredi entre Philippe Martinez et la ministre El Khomri. Il faut se mettre à une table de négociation pour réellement parler du texte. » À défaut, ils sont prêts à manifester les 23 et 28 juin, dates des prochaines journées d'action prévues par l'intersyndicale.

Plus d'un million dans les rues contre un «recul de cent ans»

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