Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:39

Comment Israël et la colonisation impactent, pertubent et étouffent l'économie Paletinienne?

L'économie, c'est le travail socialisé, l'exploitation des ressources naturelles, la production et les échanges de biens pour satisfaire les besoins sociaux.

Tout d'abord, avant de rentrer dans des exemples, il faut dire la situation économique palestinienne ne se comprend comme comme l'économie d'un peuple occupé, colonisé, sous tutelle.

Les possibilités de vie économique, de satisfaction des besoins, de travail, des Palestiniens dépendent presque entièrement des intérêts et objectifs de l'occupant.

Des intérêts et objectifs économiques: les Palestiniens doivent par exemple passer par des entreprises israéliennes pour la fourniture de l'eau et de l'électricité, souvent, ces services sont facturés beaucoup plus cher qu'aux colons des implantations illégales de Cisjordanie (700 000 aux derniers recensements). En moyenne, un israélien consomme 4 fois plus d'eau qu'un palestinien. Ils doivent aussi souvent consommer israélien ou des produits d'importation dont les taxes sont perçus par Israël et qui sont filtrés par Israël.

Pour des raisons à la fois économiques, politiques, stratégiques, militaires, Israël s'approprie aussi les terres et les ressources de la Cisjordanie, particulièrement dans la zone C, ces 70% du territoire palestinien sous contrôle militaire israélien.

De manière globale, les Palestiniens, qui représentent 50% de la population du territoire israélo-palestinien, n'ont accès qu'à 10% de l'espace.

En Cisjordanie, nous avons vu des colonies sur presque la moitié des collines. Dans ce cas là, il s'agit souvent d'annexions pure et simple sans dédommagement. Les champs des paysans sont alors récupérés pour raisons de sécurité.

Aux abords de la vallée du Jourdain, nous avons vu des camps de bedouins déplacés, sédentarisés, et des villages de paysans déplacés par les annexions israéliennes, en même temps que de l'agriculture intensive avec des serres à légumes et à fruits, des palmeraies, supposant le contrôle de l'eau dans une région particulièrement sèche. Nous avons visité un dispensaire dans un village misérable et le docteur, qui vivait au nord à Naplouse, et faisait plus d'une heure de route pour se rendre à son lieu de travail en passant par des points de contrôle israéliens très dangereux, nous a décrit les conditions de vie terribles des habitants du voisinage, deshérités parmi les déshérités. Il nous a dit que seulement 1% du budget de l'autorité palestinienne était consacré à l'agriculture, contre 35% pour la sécurité.

Le mur que les Israéliens construisent depuis la fin de la seconde Intifada et 2003 est lui-même un moyen d'annexer les terres palestiniennes et d'asphyxier l'économie palestinienne bien plus qu'une protection sécuritaire.

Dans les faits, le mur rend plus compliqué la circulation des travailleurs et des marchandises en Palestine. Frein à l'économie. Il a ruiné des paysans qui n'ont plus accès à leurs champs. Il rend beaucoup de Palestiniens qui doivent se rendre d'un côté à l'autre du mur tributaires de l'arbitraire de l'administration militaire israélienne pour obtenir des permis.

Le mur, qui entrave la circulation, isole les localités, cloisonne les populations, est une arme politique pour empêcher la construction d'un Etat palestinien viable et indépendant économiquement.

A Jérusalem, un jeune guide israélien de gauche anti-colonialiste, qui avait voté pour le candidat communiste arabe, leader de la coalition arabe israélienne regroupant d'autres partis communautaires et islamistes, nous a montré en quoi le Mur avait pour but de couper les artères commerçantes traditionnelles de Jérusalem arabe de la Cisjordanie, et avait contribué à les vider d'activité, et a ruiné les commerçants. Il faut rendre impossible le retour de Jérusalem comme capitale effective d'une Cisjordanie indépendante.

De la même manière, les Israéliens envisagent de détourner les touristes d'accéder à la vieille ville de Jérusalem par la porte de Damas et le quartier arabe (musulman et chrétien) en les orientant d'abord vers le quartier juif de manière à asphyxier économiquement les commerçants palestiniens.

Le paradoxe, c'est que le mur complique mais n'empêche pas la circulation des travailleurs palestiniens "illégaux", sans permis, vers Israël et le grand Jérusalem israélien, où beaucoup sont employés dans les travaux du BTP.

Ce sont des Palestiniens qui construisent bien souvent les maisons, immeubles, équipements des colonies. Main oeuvre bon marché, exploitée par les Israéliens, sans droit ou presque. Et pourtant, ce travail pénible est une source de revenus pour des familles. Des milliers de travailleurs passant illégalement (30 000 à 40 000) en plus des 50 000 palestiniens qui obtiennent des permis pour travailler: environ 100 000 travailleurs palestiniens en Israël.

Cela confirme l'ambivalence du rapport entre l'économie palestinienne et Israël. L'économie palestinienne est complètement intégrée dans les circuits économiques israéliens et sous contrôle politique israélien: même monnaie, même entreprises de distribution de l'eau et de l'énergie, interdépendance.

La colonisation coûte cher à l'Etat et au contribuable israélien: des milliards de dollars pour 1% de colons israéliens installés en Cisjordanie (en dehors du grand Jérusalem), c'est ce qui la rend inacceptable pour une partie des Israéliens, en même temps qu'elle nourrit aussi des profits privés et entretient le complexe-militaro-industriel.

Les Israéliens se financent un mode de vie meilleur marché, particulièrement dans les colonies, grâce aux Palestiniens.

Les niveaux de vie évidemment ne sont pas du tout les mêmes en Israël, où il y a aussi de la pauvreté et de fortes inégalités, et sur les territoires palestiniens.

Dans les West Banks (Cijordanie), environ 26% de chômeurs selon les chiffres officiels. Mais 50% à 60% de chômeurs dans les camps de réfugiés, on y reviendra.

A Gaza, 50% à 60% de chômeurs aussi.

A Gaza, la pression israélienne est extrêmement forte pour affamer la population, la priver de toutes possibilités d'accéder à une vie digne et à un développement économique car le gouvernement du Hamas est considéré comme un ennemi à renverser par la stratégie du chaos et de la pénurie par un embargo très sévère.

Pour l'Autorité palestinienne, la situation est un peu différente: Israël défend sans aucun respect des Palestiniens ses objectifs de colonisation, ses objectifs militaires, stratégiques et économiques et contient les possibilités de développement économique des Palestiniens sans les détruire tout à fait car il a besoin politiquement de cette fiction d'autorité sous dépendance internationale et israélienne et n'est pas contrarié qu'émerge une classe dirigeante non résistante prête à faire toute sorte de compromis au nom de la bonne marche des affaires.

L'autorité palestinienne n'est pas autant un ennemi que le gouvernement Hamas de Gaza, en revanche tous les signes d'indépendance et de relèvement national sont entravés, piétinés: ex. La bière Taybeh dans un village chrétien qui ne peut produire que 2 jours par semaine.

C'est qu'il y a beaucoup de clivages économiques et sociaux au sein de la société palestinienne, qui ne datent pas d'hier, mais que le processus d'Oslo a aussi modelé d'une certaine manière:

A l'association BADIL (qui veut dire Alternative, centre d'information pour le droit des réfugiés palestiniens, une ONG dont les bureaux sont basés à Béthléem), on nous a présenté la société israélo-palestinienne sous la forme d'une Pyramide:

- Les Israéliens Juifs trônent au sommet, ils ont le plus de droit, le meilleur niveau de vie

- Ensuite, on a les palestiniens arabes, des citoyens qui n'ont pas la nationalité, qui sont discriminés, ont moins de droits, notamment de circuler, faire le service militaire, etc.(20% des israéliens: + de chômage, de pauvreté).

- Ensuite, on a les Jérusalémites arabes: carte bleue, peuvent travailler pour les Israéliens.

Pas mal de gens qui travaillent à Jérusalem vivent dans les West Banks mais la circulation quotidienne relève du parcours du combattant quand on a la chance d'obtenir un permis. Check-point de Kalandia, de Béthléem. Cf. Exemple du patron du restaurant du Jérusalem Hotel

Dans certains quartiers de Jérusalem hyper-concentrés, on a le droit au permis pour travailler à Jérusalem, mais le revers, c'est des bouchons énormes le matin et le soir,

- les habitants des West Banks sous contrôle palestinien (carte verte)

- les habitants des territoires sous contrôle militaire

- les réfugiés des camps.

Ce que nous avons pu constater et apprendre en Palestine, c'est une population palestinienne globalement bien éduquée dans les villes. En revanche, l'avenir de toute une partie de la jeunesse est bouché par les limites du développement économique sous occupation, et aussi très certainement par le poids des réseaux et des pistons pour accéder aux emplois intéressants.

Nous avons vu aussi de fortes contrastes sociaux en Palestine: de grandes villas à Ramallah, Hébron, un dynamisme commercial, des produits et voitures de luxe, des centres commerciaux flambants neufs dans ces deux villes. C'est le fait d'une vieille bourgeoisie capitaliste qui a toujours existé au Proche Orient et en Palestine, mais aussi d'une classe dirigeante proche du pouvoir qui représente une toute petite minorité de la population... Et des réfugiés avec de l'argent (en Jordanie notamment), ou des immigrés qui montent des business.

Forte spéculation immobilière à Ramallah: énormément de constructions nouvelles, beaucoup de logements vides.

A côté, dans les zones sous contrôle militaire et concernées par les annexions israéliennes, dans le monde rural, dans les camps de réfugiés, une partie de la population vit dans une grande pauvreté, dépendant de l'aide humanitaire, des dispensaires sociaux, ou de l'UNWRA, qui finance l'accès aux médicaments, met à disposition des écoles gratuites.

Beaucoup de gens aussi aussi qui vivent dans un entre-deux.

Pour les pauvres, les femmes jouent un grand rôle, pivot de l'économie palestinienne quand les hommes et les enfants sont en prison, ou cassés par la prison.

Globalement, le poids de l'aide internationale est aussi très important dans l'économie palestinienne, ainsi que des investissements arabes.

L'Europe en particulier finance la reconstruction des infrastructures détruites par les Israéliens, elle s'achète une bonne conscience tout en laissant toute impunité à Israël de continuer sa politique d'occupation coloniale.

On achète "la paix sociale" en faisant vivre les Palestiniens sous perfusion, en faisant prospérer une petite minorité de privilégiés qui gouverne l'autorité, au lieu de combattre la cause réelle du sous-développement, le colonialisme israélien, et de rendre possible un Etat réellement viable et cohérence à l'indépendance politique et économique garantie.

Ismaël Dupont, le 3 juin 2016 à Plourin les Morlaix

Un des cinq témoignages après le retour de la mission de l'AFPS Nord-Finistère (Morlaix et Brest) en Cisjordanie du 2 au 13 avril 2016.

checkpoint entre Jérusalem et Ramallah

checkpoint entre Jérusalem et Ramallah

le mur à Béthléem sur la route de Jérusalem

le mur à Béthléem sur la route de Jérusalem

Sortie de Jénine - point contrôle militaire israélien

Sortie de Jénine - point contrôle militaire israélien

Le mur, entre Jérusalem et Hébron

Le mur, entre Jérusalem et Hébron

un centre commercial à Ramallah (photo F. Rippe)

un centre commercial à Ramallah (photo F. Rippe)

dispensaire dans la vallée du Jourdain, où les conditions de vie des Palestiniens sont misérables - une partie de l'équipe de l'AFPS avec le personnel soignant

dispensaire dans la vallée du Jourdain, où les conditions de vie des Palestiniens sont misérables - une partie de l'équipe de l'AFPS avec le personnel soignant

un camp de bédouin sur la vallée du Jourdain

un camp de bédouin sur la vallée du Jourdain

la fabrique de bière Taybeh dans le village chrétien Taybeh sur une colline entre Ramallah et la vallée du Jourdain

la fabrique de bière Taybeh dans le village chrétien Taybeh sur une colline entre Ramallah et la vallée du Jourdain

une des rares zones de terres cultivables non annexée par les israéliens entre Naplouse et Jénine

une des rares zones de terres cultivables non annexée par les israéliens entre Naplouse et Jénine

le mur coupe l'accès des anciens quartiers commerciaux animés de Jérusalem Est aux autres villes de Cisjordanie

le mur coupe l'accès des anciens quartiers commerciaux animés de Jérusalem Est aux autres villes de Cisjordanie

une zone surpeuplée (et presque sans services publics) de Jérusalem à habitants palestiniens ayant le statut d'habitant de Jérusalem et pouvant de ce fait travailler en "Israël"

une zone surpeuplée (et presque sans services publics) de Jérusalem à habitants palestiniens ayant le statut d'habitant de Jérusalem et pouvant de ce fait travailler en "Israël"

camp d'Askar à Naplouse: depuis 1948, les immeubles ont poussé en hauteur et la population des camps de réfugiés a été multiplié par 5 au moins, alors que ceux-ci ne peuvent plus s'étendre, d'où une promiscuité et une surpopulation très grandes

camp d'Askar à Naplouse: depuis 1948, les immeubles ont poussé en hauteur et la population des camps de réfugiés a été multiplié par 5 au moins, alors que ceux-ci ne peuvent plus s'étendre, d'où une promiscuité et une surpopulation très grandes

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011