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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 11:06

Notre-Dame-des-Landes: des effets contestés sur l'emploi

24 JUIN 2016 | PAR JADE LINDGAARD

Les partisans du nouvel aéroport promettent des milliers de créations d’emplois. Mais ces projections sont contredites par la réalité des chantiers de BTP et les perspectives de gains de productivité du concessionnaire Vinci Airports.

La construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes pourrait-elle créer des emplois ? C’est l’un des sujets de la campagne qui s’achève en Loire-Atlantique avec la consultation dimanche 26 juin de ses plus de 900 000 électeurs : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »

Autour de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique, une zone d’activité s’est développée : le domaine d’activité aéroportuaire (dite « D2A »). Au total, le site fournit 2 160 emplois – soit 1 840 équivalents temps pleins : employés de compagnies aériennes, sécurité, hôtellerie, commerce, douanes, gestion de la plateforme, fret… Selon la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nantes-Saint-Nazaire, qui possède 15 % du capital d’Aéroport du Grand Ouest (AGO), concessionnaire du projet, ces 2 000 emplois seraient transférés à Notre-Dame-des-Landes. Les partisans du projet prévoient trois sources de création d’emplois : le chantier, l’activité générée par la future hausse du trafic aérien, l’installation d’entreprises sur le site délaissé par l’actuel aérogare.

  • Construction du site à Notre-Dame-des-Landes

Selon l’association des Ailes pour l’Ouest, qui milite pour le nouvel aéroport, sa construction représente 5,4 millions d’heures de travail et 3 500 emplois nouveaux. Vinci pour sa part annonce 3 000 emplois créés. Mais ce chiffre semble très élevé si on le compare aux deux plus grands chantiers de BTP en cours en France, analysés par la socioéconomiste Jacqueline Lorthiois : l’EPR de Flamanville (300 000 m3 de béton, 40 000 tonnes d’acier et de béton armé) employait 3 200 ouvriers en 2011 (dont un millier d’étrangers) et la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux (350 km de voies, 19 viaducs, 50 millions de mètres cubes de déblais) fait appel de son côté à 4 500 employés directs, dont 3 200 fournis par Vinci. Si bien qu’en réalité seuls 1 300 emplois directs ont été créés le long du parcours. Pour les opposants au transfert, le chantier de Notre-Dame-des-Landes ne créerait pas plus de 700 emplois temporaires pendant quatre ans, correspondant à 4,5 millions d’heures de travail. Ces emplois disparaissent une fois le chantier terminé.

  • Emplois créés par la hausse du trafic

Pour les porteurs du projet d’aéroport, 800 à 1 000 emplois seraient créés par million de passagers supplémentaires à Notre-Dame-des-Landes, destiné à accueillir beaucoup plus de trafic d’ici 2050, selon la direction générale de l’aviation civile. Au total, 2 500 emplois seraient ainsi créés d’ici 2020 pour 5 millions de passagers et près de 1 000 emplois supplémentaires à horizon 2025 par rapport à 2012.
Ces chiffres proviennent de l’étude des aéroports internationaux qui servent notamment au transit des passagers. Ce ne serait pas le cas du nouvel aéroport nantais. À Nantes-Atlantique aujourd’hui, on décompte 550 emplois (équivalents temps pleins) par million de passagers, analyse l’Atelier citoyen, regroupant des experts opposés au projet.Surtout, le nouvel aérogare est conçu pour fonctionner avec moins d’emplois. Il comportera moins de passerelles d’embarquement, moins de guichets d’enregistrement… décrit l’Atelier citoyen. Dans l’étude financière de Vinci, on voit que la part des dépenses salariales dans le chiffre d’affaires baisse de 19 % entre 2011 et 2017 (à Nantes-Atlantique) à 11 % entre 2018 et 2065 à Notre-Dame-des-Landes. Les frais de personnel par million de passagers sont estimés à 2,3 millions en 2011 et 1,5 million en 2030. La création d’emplois par million de passagers pourrait passer de 510 à 340. « C’est le reflet de l’impact d’un aéroport plus moderne, qui a besoin de moins de personnel pour le faire fonctionner », explique Jean-Marie Ravier, membre de l’Atelier citoyen.

Autre risque pour l’emploi : la taxe d’aéroport. Elle pourrait être élevée à Notre-Dame-des-Landes, pour rembourser les dépenses de construction. C’est exactement ce que veulent éviter les compagnies low cost, qui fuient les aérogares plus taxés que les autres afin de maintenir leurs prix de billets bas. Or ce sont ces compagnies qui créent l’activité sur l’actuel aéroport, avec 43 % du trafic en 2014. « Avec la construction de Notre-Dame-des-Landes, le concessionnaire sera confronté au poids énorme de la dette, plusieurs centaines de millions d’euros, qui l’obligera à fortement augmenter la taxe aéroportuaire. Quelle sera l’attitude des compagnies low cost ? Il y a un grand risque qu’elles réduisent leur trafic avec Notre-Dame-des-Landes », explique Yves Gonnord, ancien PDG du groupe Fleury Michon, et figure du capitalisme vendéen, dans une tribune expliquant son opposition au projet d’aérogare.

  • Emplois sur le site délaissé par l’aérogare

Pour les partisans de l’aéroport, c’est le plus grand réservoir de création d’emplois : les 80 hectares « libérés » par la fermeture de l’actuel aéroport permettraient de doubler le nombre d’emplois sur le site, soit 5 000 nouveaux emplois industriels et 1 000 nouveaux emplois de chercheurs dans les nouveaux matériaux et l’aéronautique, selon les estimations de la CCI. Pour Dominique Duclos, conseilleur municipal (PS) de Bouguenais, la commune de l’actuel aéroport, « au départ, j’étais contre le transfert, c’est le sujet de l’emploi qui m’a fait changer d’avis. On a besoin de foncier pour les entreprises, plutôt que de le bloquer avec des zones de parking, qui créent très peu d’emplois, comme c’est actuellement le cas. C’est une politique de grappe ». En novembre 2014, Christophe Clergeau, alors premier vice-président (PS) de la région Pays de la Loire, avait annoncé l’implantation du siège mondial de General Electric pour les énergies marines à Bouguenais. En réalité, le groupe exploite un centre de recherche et de développement à Nantes, suite à sa fusion avec Alstom, qui pourrait à terme employer jusqu’à 350 salariés. Contacté par Mediapart, General Electric dit aujourd’hui ne posséder que des bureaux en centre-ville de Nantes et n’avoir aucun projet d’installation sur la zone d’activité de l’actuel aéroport.

Le plus gros employeur du secteur est Airbus, qui emploie environ 2 000 personnes dans son usine de fabrication de structures centrales des avions. Le groupe utilise l’actuel aéroport pour faire le transport de ses pièces et souhaite continuer à en utiliser la piste, même en cas de fermeture du site. C’est la raison pour laquelle les opposants considèrent que s’il est construit, l’équipement de Notre-Dame-des-Landes ne sera pas un transfert mais bien une construction supplémentaire. Selon l’Atelier citoyen :« Le départ de l’aéroport pourrait être une opportunité à première vue pour dégager des espaces très importants qui permettraient à des entreprises de s’installer. Mais cette idée est erronée puisque la piste, qui restera pour Airbus, ne permet pas de construire à proximité de celle-ci. En revanche la zone D2A est essentiellement constituée de parkings. Elle pourrait facilement être densifiée pour accueillir plus d’entreprises. » Autour d’Airbus, se sont installés plusieurs entreprises et centres de recherche : Daher (équipementier aéronautique), Technocampus, l’institut de recherche technologique Jules-Verne.

La construction du nouvel aéroport mettrait fin aux activités agricoles qui se sont développées depuis 40 ans sur l’espace réservé à l’époque pour l’aéroport, la zone d’aménagement différé, ce qui pourrait détruire au bout de cinq ans 500 emplois, selon l’Atelier citoyen.

Que vont devenir les salariés de l’actuelle zone d’activité aéroportuaire ? Pour la CGT AGO : « Nous sommes complètement oubliés dans le débat. Personne ne nous a posé la question du transfert », alors que 70 % d’entre eux résident dans le sud de la Loire (selon le plan de déplacement de l’aéroport), donc loin du site de Notre-Dame-des-Landes, non desservi par les transports en commun. Depuis la reprise de l’actuel aéroport par Vinci Airports, dans le cadre de la concession de Notre-Dame-des-Landes, « nos conditions de travail se dégradent, selon le syndicat. Les low costs se développent, il faut travailler deux fois plus vite. Il y a beaucoup de turn over ». Le syndicat s’est prononcé pour le maintien de l’aéroport à Nantes-Atlantique.

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