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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 06:39
Loi travail: comment le gouvernement a orchestré la violence (L'Humanité, 4 mai 2016)

Mon ami rennais me racontait hier la manif du 28 avril à Rennes: un hélicoptère survolant la manifestation, des dizaines de rues barrées par des grilles comme à Paris, des CRS tirant au flash-ball du haut des toits, une ambiance de guerre civile installée par le pouvoir, et sur la rue Jean Jaurès, tout un symbole, aux pavés retirés par les jeunes sans qu'ils soient envoyer sur les CRS comme en mai 1968, une pancarte de manifestants qui en dit long " loi travail et jeunesse: nous sommes irréconciliables". La jeunesse de gauche éprise d'idéal risque bien en effet d'être irréconciliable avec ce pouvoir et ces dirigeants socialistes qui sont objectivement ses ennemis.

Et ce sera tant mieux, car sur eux pèsent désormais toutes les couleurs de l'infamie. *

Le journal L'Humanité, mercredi 4 mai, hier a produit un dossier courageux et sans concession sur la brutalisation du mouvement et de la contestation sociale par le pouvoir et la police.

Loi travail: comment le gouvernement a orchestré la violence

Après un mois durant lequel les casseurs ont pu faire ce qu'ils voulaient, la violence policière s'est déchaînée depuis jeudi (28 avril), se tournant contre les manifestants au projet de loi travail. Elle a poussé des organisateurs à interrompre des défilés, comme à Toulouse, et lors des défilés du 1er Mai, singulièrement à Paris. L'occasion de lancer une nouvelle campagne contre les syndicats en pointe de cette contestation. Autre cible, les jeunes. Des lycéens, dont une bonne partie de mineurs, sont également visés par ces méthodes d'intimidation. Une vingtaine d'entre eux, dont de nombreux mineurs, ont ainsi été mis en garde à vue à Nanterre, plus d'un mois après un blocage d'établissement et malgré des témoignages favorables de parents d'élèves et d'enseignants présents alors. Des voix s'élèvent contre l'instrumentalisation des forces de l'ordre à des fins politiques et demandent à savoir qui, et à quel niveau, a décidé de cette stratégie de la tension. Coïncidant avec le début de l'examen, hier, à l'Assemblée, du texte, elle n'a pas dissuadé CGT, FO, FSU, Solidaires et les organisations de jeunes de maintenir l'expression de leur opposition.

Violences policières: "La volonté de marquer les chairs de la jeunesse"

Flash-ball, tonfas, grenades en tous genres... Les manifestants sont confrontés à l'arsenal policier et le nombre de blessés augmente à une vitesse astronomique. A Paris et en province, les militants témoignent d'une volonté de stopper le mouvement social à tout prix.

Des quartiers en état de siège, des manifs survolées par des drones et des hélicos. Et des blessés, d'innombrables blessés. Un nouveau chapitre s'est ouvert dans l'histoire déjà bien chargée des exactions de la police française.

"C'est complètement dingue, estime Pierre, militant nantais. Lors du CPE, Dominique de Villepin s'inquiétait, du moins publiquement, qu'un jeune ne se fasse tuer. Les socialistes font mieux: ils s'en foutent complètement".

Pierre avait 16 ans lors du CPE et un tir de Flash-Ball l'a privé de l'usage de son œil droit. Alors que la chasse semble ouverte et la bride lâchée sur le cou des agents, Pierre redoute un nouveau Remi Fraisse; "C'est parti très fort, dès le début. Et si ça continue comme ça, la police va finir par tuer un manifestant". Pierre Douillard est auteur du livre l'Arme à l’œil, violence d'état et militarisation de la police.

Derrière les techniques d'"encagement" des cortèges et des policiers qui ne retiennent pas leurs coups, il voit "la volonté politique de marquer les chairs de la jeunesse, le corps des gens, pour casser le mouvement à tout prix. La répression et l'antiterrorisme, ce gouvernement n'a plus que cela pour tenir debout, de toute façon".

Difficile de tenir le compte des lycéens qui se font ouvrir le crâne, des artères sectionnées par les tirs de Flas-Ball, des yeux éclatés et des commotions diverses. "Effectivement, c'est un vrai miracle que personne ne soit encore mort" estime Gaspard Glantz, en insistant sur le terme "miracle". Gaspard est le fondateur du site Taranis News, spécialisés dans la vidéo coup de poing filmée en tête de manif. Depuis 2009, il a observé les affrontements lors du contre-sommet de l'OTAN, ceux de Sivens et de Notre-Dame-des-Landes. "On a franchi un cap par rapport à cette époque. Le niveau de violence policière que j'observais une ou deux fois par an, aujourd'hui, je le vois deux fois par semaine. Et en plein Paris".

Il évoque les tirs tendus de lance-grenades fumigènes Congar, les grenades de désencerclement tirées en l'air alors qu'elles sont censées être utilisées au niveau du sol. "C'est devenu le grand n'importe quoi, explique Gaspard. J'espère qu'il est clair pour tout le monde que la jeunesse de ce pays exprime autre chose que son rejet de la loi travail. Il est temps que le gouvernement entende cela et lâche du lest".

A Paris, la manif du 1er Mai a tourné à la bataille rangée. Juliette, étudiante en anglais, hallucine: "il y avait tellement de lacrymo et de bombes au poivre que même les CRS se sont mis à vomir!"

Dans le trajet entre Bastille et Nation, cinq rangées de policiers ont coupé le défilé en deux, pour séparer le bloc de tête et le reste du cortège. Une fois les gens à peu près immobilisés, ils ont essuyé des tirs de lacrymo et des coups de matraque. "J'ai vu un homme d'une quarantaine d'années s'évanouir au pied des CRS, la police charger les gens assis dans l'herbe à Nation et tirer des grenades lacrymo jusque dans les bouches de métro". Plus tard, à Nuit Debout, Juliette voit "des personnes se faire frapper au sol, dans une atmosphère de guerre civile".

Un photographe présent à la manif du 28 avril raconte comment la BAC et les CRS les ont pris pour cible, à coup de grenades lacrymo et de "Alors, on fait moins les malins!". Selon lui, l'objectif était de les neutraliser et de les empêcher de travailler: "Une fois neutralisés, nous ne pouvions plus prendre de photos des violences".

Ce n'est pas beaucoup mieux en province. Alors que l'usage du Flash-Ball reste -relativement - limité à Paris, c'est un véritable festival à Rennes, Bordeaux, Lyon ou Nantes.

Après avoir été lui-même blessé, le militant nantais Pierre Douillard s'est penché sur l'usage du Flash-Ball. L'engin arracheur d’œil a été mis entre les mains des policiers par Nicolas Sarkozy en 2002 mais ce sont les socialistes qui ont fait monter en gamme les agents, en généralisant l'usage du LBD 40. Cette version "fusil" du Flash-Ball, plus puissante et plus précise, fournit actuellement aux hôpitaux le gros des blessés graves.

"Cette arme a réhabitué les policiers à tirer sur la foule et cela n'a rien d'anodin, pointe Pierre. C'est une rupture avec l'ancienne doctrine du maintien de l'ordre qui consistait à faire barrage et à repousser les manifestants. Aujourd'hui, les policiers nous rentrent dedans et font une utilisation industrielle de leur matériel contre toutes les composantes du mouvement social".

Vincent, un tranquille expert-comptable de 66 ans, en a fait les frais alors qu'il défilait à Lyon le 28 avril. Il se croyait pourtant en sécurité, à une trentaine de mètres de la zone de confrontation. "J'ai été touché par un tir de Flash-Ball et une grenade de désencerclement. Une amie a également été touchée et j'ai été demander de l'aide aux policiers". Ce qui lui a valu un coup de matraque d'un policier énervé, calmé de justesse par ses collègues qui l'ont empêché de frapper le sexagénaire..."

Et ça s'appelle les forces de l'ordre. De l'Ordre Nouveau devrait-on dire, celui de la répression systématique des forces sociales qui résistent et combattent les lois et politiques pro-capitalistes et le système politique oligarchique.

A lire aussi, cet interview (dans le même numéro de l'Huma d'hier) du responsable CGT de la police:

http://www.humanite.fr/tout-est-mis-en-place-pour-que-ca-degenere-606373

Entretien. Gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, Alexandre Langlois dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants ». Il raconte les coulisses des violences.

Comment analysez-vous les violences policières qui ont marqué les dernières manifestations contre la loi El Khomri ?

Alexandre Langlois Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent. Côté renseignement, on constate depuis une dizaine d’années une double évolution, avec des manifestants beaucoup plus pacifiques qu’avant, mais des casseurs toujours plus violents, organisés de manière quasi paramilitaire. Certains de ces groupes sont identifiés avant qu’ils intègrent les manifestations. Mais aucune consigne n’est donnée pour les interpeller en amont.

Vous parlez d’une « volonté délibérée » que les manifestations dégénèrent. Comment cela se traduit-il pour vous, sur le terrain ?

Alexandre Langlois Prenons l’exemple du 9 avril. En fin de journée, nous savons qu’un groupe de casseurs dangereux vient d’arriver gare du Nord pour aller perturber Nuit debout, à République. Une compagnie de CRS se trouve sur leur passage, prête à intervenir. Mais l’ordre leur est donné par la préfecture de se pousser dans une rue adjacente ! Les collègues leur signalent l’imminence de l’arrivée du groupe de casseurs. Mais ordre leur est confirmé de les laisser gagner place de la République, avec les conséquences que l’on connaît ! Par contre, quand il s’est agi d’aller protéger le domicile privé de Manuel Valls, ce soir-là, cette fois les ordres ont été clairs…

Au-delà des casseurs, comment expliquez-vous les ruptures de cortèges, l’usage systématique de gaz lacrymogènes, voire les brutalités policières gratuites ?

Alexandre Langlois C’est important de rappeler que, dans les manifestations, tous les collègues sur le terrain n’interviennent que sur ordre. Si certaines, comme le 1er Mai, se terminent en « souricière » place de la Nation, c’est que l’ordre en a été donné. Le message qui est passé, c’est « casseurs venez, vous pourrez agir en toute impunité, et manifestants ne venez plus avec vos enfants, car c’est dangereux pour vous ». Et à la fin de la journée, les médias ne parlent que des violences, et surtout plus des raisons pour lesquelles les citoyens manifestent. Le pouvoir politique instrumentalise la police, qui sert de bouc émissaire. Cela permet au gouvernement de faire diversion.

Comment les policiers vivent-ils cette situation ?

Alexandre Langlois Nous sommes épuisés. Les collègues souffrent d’une perte de sens de leur métier. Aujourd’hui, on leur demande du rendement statistique et d’exécuter des ordres qu’ils jugent incompréhensibles ou injustes. La police est déshumanisée. On compte un suicide en moyenne par semaine dans notre profession. À la CGT police, nous défendons l’idée d’une force publique à l’usage du peuple, celle de la déclaration des droits de l’homme de 1789, une « force pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Et Pierre Laurent sur Europe 1 a dénoncé l'usage abusif de la force par la police:

http://www.europe1.fr/politique/pierre-laurent-pcf-denonce-lutilisation-abusive-de-la-force-de-la-part-de-la-police-2737129

http://www.humanite.fr/tout-est-mis-en-place-pour-que-ca-degenere-606373

Lire aussi sur Médiapart:

Violences policières: des manifestants témoignent
"Manifestation le 1er mai © Reuters Mediapart a recueilli les témoignages de douze manifestants, simples témoins ou eux-mêmes victimes de violences policières lors des manifestations du jeudi 28 avril et du dimanche 1er mai à Paris. Ils évoquent des « scènes de guerre » sur la place de la République et dans les rues adjacentes, « une violence inouïe » de la part de CRS ou encore des stratégies de gestion des foules ayant « mis en danger » les manifestants pacifiques."

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