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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 07:36
Commémoration de la guerre 14-18: l'ennemi principal est dans notre pays (L'Humanité)

Grande Guerre : le discours compassionnel de l’État est la forme ordinaire du consentement au massacre - par Jean-Jacques Régibier (L'Humanité, samedi 28 mai)

http://www.humanite.fr/lennemi-principal-est-dans-notre-pays-608191

Notre époque aime les commémorations.

Il y a pour tout homme d’État en quête de reconnaissance une forme de satisfaction sourde à afficher la mine qu’il faut, à l’instant où retentissent les sonneries aux morts. C’est un exercice obligé de la fonction auquel on se prête avec d’autant moins de modération que celui qui s’y livre peut,pour une fois, et en toute sincérité peut-être, ressentir qu’il incarne symboliquement, à cet instant précis, sinon l’humanité toute entière, tout au moins la « communauté nationale », qui en est juste son contraire. Il y a aussi, disons-le sommairement, des jugements qui se veulent universels mais qui n’engagent pas à grand chose. Barak Obama vient d’en donner un nouvel et brillant exemple à Hiroshima où, après avoir condamné toutes les guerres pour les « souffrances indicibles » qu’elles occasionnent ( qui s’en serait douté ? ), a réussi à éviter de dire que ce bombardement était une faute, ni comment il fallait s’y prendre pour débarrasser concrètement le monde de l’arme nucléaire puisque c’est son vœu, prétend-il.

On est surtout là dans un exercice de style habile qui consiste à louvoyer entre les mots afin d’en dire le moins possible, tout en affichant cet air grave qui sied aux messages « historiques » (comme le claironnent les médias ) qu’on voudrait adresser à l’humanité.

Angela Merkel et François Hollande passeront eux aussi par cet exercice obligé à Verdun, sans imagination particulière, on peut le prévoir.

Pourtant deux évènements regrettables, pour qui eut aimé un centenaire plus consensuel, sont déjà venus gâter la fête à quelques jours des commémorations. Le fait que ces évènements aient été assez largement commentés alors qu’ils auraient pu passer inaperçus, en dit long sur le remord encore bien vivant qui travaille notre perception de la Grande Guerre. Mais il en dit long également sur l’état et le niveau actuels du débat politique en France.

Le premier, c’est le refus de l’Assemblée nationale de réhabiliter de manière collective les fusillés pour l’exemple de 14-18. Un projet de loi avait été déposé par les députés du Front de Gauche, l’Assemblée l’a rejeté jeudi, à 3 jours des commémorations de la bataille de Verdun. Le secrétaire d’état aux Anciens combattants, Jean-Jacques Todeschini a jugé que « le moment n’était pas venu pour une réhabilitation générale » pour le 200ème anniversaire peut-être ? ), entrainant dans son combat contre la réhabilitation un magma informe mais déterminé, de députés PS, de radicaux de gauche, de députés de droite et du centre, une version contemporaine de l’Union sacrée qui a donné le coup d’envoi du grand massacre de 14-18.

Lire : L’Assemblée refuse la réhabilitation collective des fusillés de 14-18

Le second, qui pourrait sembler plus anecdotique, c’est la décision prise par le maire PS de Verdun, Samuel Hazard d’interdire le concert du rappeur Black M, pourtant prévu dans le cadre des commémorations du Centenaire, dimanche à Verdun. Les détails qui ont mené à cette interdiction sont intéressants puisque toute la polémique est partie d’un site identitaire confidentiel « Français de souche », relayé par un autre conglomérat d’extrême-droite comptant les Le Pen, Philippot, Ménard et Morano, dont les positions ont entraîné une bordée de discours haineux. Le maire de Verdun a affirmé que le standard de sa mairie avait été saturé « d’appels insultants », lui-même s’étant senti « menacé physiquement par ces appels », des groupuscules menaçant de venir troubler l’ordre public. S’en est suivi un pas de trois lamentable entre le Secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, la mission du Centenaire et le maire de Verdun, chacun, dans un élan de courage digne d’une montée au front, renvoyant à l’autre la responsabilité de l’annulation du concert de Black M. La décision a été finalement prise par Samuel Hazard, non sans qu’il ait fait savoir qu’il avait été « lâché » par l’Etat et la Mission du centenaire. A « Verdun-on-ne-passe-pas », 100 ans après la boucherie et la chanson, on aurait pu s’attendre à un peu plus d’héroïsme… Le jeune rappeur, dont quelques paroles de chansons ne brillent pas par leur subtilité excessive - mais la provocation et les excès sont la marque de fabrique du genre - a eu beau rappeler que son grand-père avait combattu au sein des Tirailleurs sénégalais durant la Seconde guerre mondiale, qu’il avait lui-même ressenti « une immense fierté » à l’idée de participer à un concert où doivent se retrouver les jeunes Allemands et Français, en marge des commémorations du Centenaire de Verdun ( et non pas dans les commémorations ), Alpha Diallo - c’est le nom civil de « Black M »-, « enfant de la République et fier de l’être », comme il l’a écrit dans unelettre publiée sur les réseaux sociaux, sera interdit de concert à Verdun, lors de l’un de ces moments voué en principe à la paix, au consensus national et à la concorde universelle. Les tenants d’une vision nationaliste de la guerre, ces descendants des ligues d’extrême-droite qui en 1914 appelaient au massacre et inspiraient le meurtrier de Jean Jaurès, ont donc gagné, avec la complicité honteuse des plus hautes autorités de l’état et de la plupart des partis. « L’émotion palpable » des commémorations - que ne manqueront pas de nous ressortir, dimanche, tous les médias - ne changera rien à l’affaire. Comme le dit le philosophe Alain Badiou, « le risque de cette domination de l’affect, c’est de renforcer les pulsions identitaires ». On est bien partis pour.

Lire : Black M : « Moi, Alpha Diallo, français né en France »

La vérité, c’est qu’aucun état ne peut fournir aujourd’hui une interprétation raisonnable de la Grande Guerre, pas plus que deux états, même si leurs dirigeants se tiennent par la main devant l’ étendue infinie de tombes alignées.

Il n’y a plus de place non plus pour parler de « France » à propos de cette guerre, qui n’a été rien d’autre qu’un massacre de la jeunesse d’Europe par leurs propres états, répondant aux injonctions de leurs classes dominantes respectives, engagées, elles ,dans un combat à mort qu’elles ont fait faire à d’autres, pour s’assurer des richesses du monde et de ses fabuleux débouchés. La mondialisation ne date pas d’hier.

Le dirigeant socialiste allemand Karl Liebknecht résumait parfaitement cette autre vision de la guerre, conforme à la fois à la vérité et à l’intérêt des peuples dans un tract de mai 1915 intitulé : « L'ennemi principal de chaque peuple est dans son propre pays ! »

“L'ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne », expliquait-il, « l'impérialisme allemand, le parti de la guerre allemand, la diplomatie secrète allemande. C'est cet ennemi dans son propre pays qu'il s'agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique, en collaboration avec le prolétariat des autres pays, dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialistes. Nous ne faisons qu'un avec le peuple allemand et nous n'avons rien en commun ( … ) avec le gouvernement allemand de l'oppression politique, de l'asservissement social. Rien pour ceux-ci, tout pour le peuple allemand ! Tout pour le prolétariat international, pour le prolétariat allemand, pour l'humanité qu'on foule aux pieds ! ( … ) A bas les fauteurs de guerre de ce côté-ci et de l'autre de la frontière ! Fin au génocide ! Prolétaires de tous les pays ! Suivez l'exemple héroïque de vos frères italiens ! Unissez-vous dans la lutte de classe internationale contre le complot de la diplomatie secrète, pour une paix socialiste ! L'ennemi principal est dans votre propre pays ! »

L’Histoire nous a appris que les seuls socialistes à avoir combattu à la foispour l’arrêt de la guerre et pour la révolution, et les seuls, qui, une fois après avoir pris le pouvoir, sont les seuls à avoir respecté leur promesse, furent les bolchéviques russes. Ils ont réalisé ainsi le rêve de Jaurès qui lui aussi, quelques jours avant le déclenchement de conflit et avant d'être assassiné, ne voyait que la révolution pour arrêter la folie meurtrière des nations d’Europe.

Lire aussi :

« Qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre »..., disent les survivants

Les fraternisations en 1914-1918, une idée à creuser

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