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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 07:39

Recueilli par Christel MARTEEL.

Installé en Cisjordanie avec son épouse pour trois mois, l’amiral Laurent Mérer, ancien préfet maritime de l’Atlantique aujourd’hui en retraite, s’insurge contre l’abomination de ce conflit.

Entretien

Après avoir commandé des navires et des régions maritimes, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans une mission personnelle, en Palestine, avec votre épouse ?

C’est un engagement pour la paix. Nous cherchions à faire quelque chose de pragmatique, utile et sur le terrain. Le Defap, service protestant des missions étrangères, nous a proposé ce programme international du conseil œcuménique des églises pour la Palestine. Il a été créé au début des années 2000, après la deuxième Intifada.

Depuis deux mois que vous êtes sur place, vous découvrez l’horreur…

Ce qui se passe ici est révoltant. C’est ni plus ni moins un peuple qui vole la terre d’un autre peuple et dénie son existence. Ces colonies qui se répandent comme le cancer sont totalement illégales. N’importe quel satrape d’Afrique ou d’Asie qui se comporterait ainsi serait traîné devant la Cour pénale internationale. On tire sur des gamins et 200 m plus loin, la vie continue. C’est l’horreur ! Et on a envie de le crier.

Pourquoi dans ce cas, la cause palestinienne ne mobilise t-elle pas plus?

Ce conflit dure depuis 1967. C'est terrible mais on a fini par s'y habituer. Et puis en France la cause palestinienne a été accaparée par des mouvements d'extrême-gauche qui n'ont pas forcément de crédibilité auprès du grand public. Par ailleurs, il y a en face à l'Etat d'Israël qui est un peuple malin, intelligent, bosseur et déterminé. Les Israéliens sont extrêmement habiles dans la propagande.

Vous dites qu'ils font passer les Palestiniens pour des terroristes alors qu'ils ne sont que des résistants...

Exactement. Lorsque nous étions occupés par les soldats allemands en 1940, ceux qui leur tiraient dessus étaient considérés comme des héros. C’étaient les résistants. Les Palestiniens sont des résistants qu’Israël fait passer pour des terroristes. Et cela marche très fort car dans l’esprit européen, terroriste = musulman = Daech. Or nous sommes dans un pays occupé depuis cinquante ans.

En quoi consiste votre mission au quotidien?

Moi, je suis à Hébron qui est un endroit sensible. Nous facilitons l'accès des enfants aux écoles à proximité des colonies, les passages aux check-points (points de contrôle)... Ma femme, elle, est à Jérusalem. Sa mission est plutôt concentrée sur les lieux de culte puisque les Israéliens entravent l'accès des fidèles aux mosquées et aux églises. Elle travaille aussi dans une zone appelée le grand Jérusalem où se trouvent des bédouins expulsés de leurs pâturages. Israël leur mène une vie totalement impossible pour les décourager.

Il y a aussi les fréquentes démolitions de maisons.

Pour construire, les Palestiniens doivent demander l'autorisation à Israël qui refuse dans la majorité des cas. Ils construisent à leurs risques et périls. Si la maison est repérée, elle est immédiatement rasée! Il y a aussi les démolitions punitives. J'en ai vécu une contre un jeune qui a été accusé, sans encore être jugé, de tentative d'agression. Une nuit, 300 soldats ont encerclé l'habitation de sa famille et ils ont tout cassé avec des masses. Sinon, ils peuvent obstruer une maison le temps d'un procès. C'est cela, la justice, ici.

Discutez-vous avec ces soldats?

Bien sûr, je discute avec eux. C'est important. Mais il faut comprendre que ce sont des gamins de 18-19 ans qui ne savent pas toujours très bien ce qu'ils font là. Leur niveau de réflexion par rapport à leur engagement et leur mission n'est pas toujours très élevé. Beaucoup sont franco-israéliens. J'en ai rencontré un qui a grandi à Belleville, à Paris. Tous, garçons et filles, sont armés jusqu'aux dents. S'ils tirent aussi facilement sur les autres enfants, notamment lorsqu'ils se font caillasser, c'est surtout parce qu'ils ont peur.

Il est difficile d'imaginer que ces pratiques sont celles d'un pays démocratique.

C'est ce que nous vivons tous les jours. Et on ne comprend pas que nos pays occidentaux soient aussi complaisants à l'égard de pratiques dont nous ne pourrions même pas imaginer qu'elles se passent chez nous. Or, ces exactions sont menées par un Etat qui se dit démocratique. C'est totalement incompréhensible.

Ce qui est incompréhensible, c'est qu'en cinquante ans, ce conflit n'a jamais trouvé d'issue?

Tout le monde est un peu complice. Les pays arabes alentour n'ont jamais soutenu les Palestiniens parce qu'ils jouent leur propre agenda. Quant à la communauté internationale, elle a trop peur d'Israël et de ses relais si puissants en Europe et aux Etats-Unis. Dire la moindre chose, c'est être taxé d'antisémitisme. Les Israéliens jouent sur du velours avec ça. Mais cela ne veut pas dire que tous approuvent. L'autre jour, j'ai lu un article d'un journaliste israélien qui disait: "Chers compatriotes pendant que vous dormez, on tue des gosses. Moi, citoyen israélien, je suis complice. Vous êtes complices. Et nous serons redevables devant l'Histoire".

On dit souvent qu'il s'agit d'un conflit religieux. Mais au nom de quel Dieu pourrait-il être justifié?

C'est une querelle de territoires, pas de religions. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il y a des chrétiens ici, même si beaucoup sont partis. Pour Israël, les chrétiens sont gênants parce qu'ils empêchent que le conflit puisse passer pour une querelle juifs-musulmans qui serait plus vendable à l'opinion internationale. Or il faut dire les choses telles qu'elles sont. Israël a métastasé la Palestine.

Vous qui avez pourtant été engagé sur de nombreux théâtres extérieurs, on a le sentiment que cette mission est la plus difficile que vous ayez vécue?

Je n'avais jamais eu de contacts si directs avec des combattants. Ici, j'ai été une fois dans la ligne de mire. Cela ne m'était jamais arrivé. Mais surtout, je n'avais jamais vu des hommes et des femmes traités comme des bêtes. Lorsqu'on le vit, on n'est plus pareil après. Comment ce peuple, qui a vécu une abomination comme la Shoah, peut-il faire cela?

Pour aller plus loin et connaître les missions et descriptions de la réalité palestinienne de Laurent Mérer, vous pouvez aller sur le site du Service Protestant de Mission et du Programme EAPPI (Programme œcuménique d'accompagnement en Palestine et Israël, initié par le Conseil Œcuménique des Eglises):

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiUwv6UvqrMAhWKD8AKHTZgBzkQFggkMAA&url=http%3A%2F%2Fwww.defap.fr%2Fetre-envoye%2Feappi%2Fle-programme-eappi&usg=AFQjCNH5IyVqZ7OugWpnvkNF8zyv8UchBQ

Des témoignages très intéressants, très forts et bien écrits, de Laurent Mérer sur ce site: http://www.defap.fr/

Petit matin au check point de Qalandya

Comment on entre à Jérusalem quand on est un travailleur palestinien.

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« Une journée ordinaire à Hébron »

Laurent Mérer, Accompagnateur œcuménique en Israël/Palestine, témoigne.

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Sur le camp d'Al Arrub, jumelé avec Carhaix:

Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations…

Témoignage de Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine.

« Démolition punitive »

Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine, raconte l'histoire d'une démolition punitive d'une habitation.

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Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations… -Lire la suite…

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