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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 07:37

Ismaël Dupont, sur le texte-projet proposé pour la base commune et sur la feuille de route proposée pour 2017, incluant les primaires :

Le texte « Le Temps du Commun » est intéressant du point de vue de sa caractérisation de l'époque présente, du diagnostic, des valeurs qu'il explicite, de sa prise en charge d'enjeux fondamentaux du XXIe siècle (la révolution numérique, l'écologie, la Paix) mais il lui manque une clarification de nos propositions de court terme, et de nos objectifs de transformation sociale de moyens et de longs termes. On explique assez bien le « Dans quel monde on vit ? », le « Pourquoi ? », mais non le comment on veut et on pourrait changer profondément cette société, donner de l'efficacité à la volonté politique de transformation.

Tant que l'on n'aura pas des éléments précis d'un programme de transformation, il sera difficile de convaincre autour de nous, on n'aura pas non plus de lignes rouges et de cadre programmatique pour savoir avec qui on peut ou non s'allier, pour fixer des conditions de contenu à toute éventuelle alliance, mais cela ne suffit pas encore : il faut donner une idée peut-être un peu plus précise de la société que l'on veut construire si l'on veut pouvoir avoir l'écoute des gens.

La situation politique dans le pays est pour nous, c'est le moins que l'on puisse dire, complexe et piégée.

Les trahisons et la brutalité de la politique pro-capitaliste de Hollande et Valls, de plus en plus affranchie des exigences démocratiques minimales, de plus en plus minoritaire, isolé dans une gauche qu'ils mettent en pièce, ne profitent malheureusement pas, faute de mouvement social et de perspective politique suffisamment crédible, attractive et cohérente, à notre camp politique.

Du côté du Front de Gauche, Mélenchon est la figure politique qui parle le plus aux citoyens peu politisés mais on peut penser qu'il rassemblerait moins qu'en 2012 du fait de la manière dont il a agi avec le Front de Gauche depuis des années, de la manière dont il a annoncé sa candidature de manière très solitaire, très homme providentiel au-dessus des partis, très Ve république, mais aussi parce que beaucoup d'électeurs du FDG de 2012, convaincus à l'époque par la brillante campagne des présidentielles et son dynamisme collectif, ont été déçus par le côté politicien mégalo, sectaire, caricatural et souvent désinvolte sur le fond de Mélenchon.

Nous avons aussi notre part de responsabilité dans la panne du Front de Gauche : à travers peut-être le refus de discuter de l'adhésion directe, mais aussi et surtout à travers l'absence de campagne conquérante et de travail national unitaires du Front de Gauche depuis 2013.

Aux dernières régionales, c'est vrai que souvent les responsabilités de la division du Front de Gauche n'étaient pas de notre fait. Malheureusement, les déceptions liés à l'expérience de la gauche au pouvoir réagissent aussi sur nous.

Face à la montée du parti national populiste xénophobe de Marine Le Pen, face à la perspective d'un deuxième tour droite-extrême-droite, faut-il vouloir sauver la gauche, et peut-on la sauver du projet de liquidation de Valls-Hollande et de toute une partie de l'état major socialiste, complètement acquis aux intérêts de la finance et de la haute bourgeoisie?

Pour 2017, ce n'est peut-être pas politiquement correct de le dire, cela me semble peu probable de faire échec à la droite qui joue sur du velours, tellement la "gauche" de gouvernement a déçu. En tout cas, on ne pourra pas s'en sortir en misant sur un candidat socialiste.

Pour moi, l'enjeu, c'est surtout de retrouver l'écoute du peuple pour 2017 et après 2017 pour la gauche de rupture.

Suite les ruines de la social-démocratie, de nouvelles perspectives existent pour une recomposition du rapport de force à gauche, avec une montée en puissance de la gauche radicale, car il y a bien pour moi deux gauches qui ont peu à voir entre elles, la nôtre, c'est celle qui est toujours attachée à l'existence de la démocratie face à la dictature du capitalisme et des institutions bourgeoises et technocratiques qui le servent, l'Union Européenne au premier chef.

L'engagement dans le processus des primaires pose justement des questions par rapport à l'après 2017.

Même si les avis sont très partagés dans ma fédération, même si le besoin de recomposer la gauche est réel face à la montée de l'extrême-droite, beaucoup de camarades regrettent que l'on se soit engagé bien vite dans un processus de primaires en posant des actes et des déclarations publiques sans débat véritable à la base du Parti ni décision collective.

Ces camarades craignent un recentrage sur une visée d'union de la gauche, ou de gauche plurielle, prenant en compte tout le champ de la gauche institutionnelle en faisant peu de cas de la réalité du caractère contradictoire des projets politiques et des visées des uns et des autres.

Qui dit primaire dit normalement acceptation du résultat, or beaucoup de camarades n'envisagent pas d'avoir à voter ou militer pour une figure du PS qui aurait soutenu les premières années du gouvernement.

On n'a pas tout fait pour rendre le Front de Gauche plus conquérant et consistant.

Mais il ne faut pas aujourd'hui diluer la spécificité du projet de transformation que porte le PCF en s'alliant dès le premier tour avec des réformistes, alors même que la situation internationale et le stade de développement du capitalisme donnent de moins en moins de marge de manœuvre, voire aucune, à une social-démocratie sincère.

Les primaires, c'est aussi un risque d'OPA que Mélenchon pourrait réaliser à partir d'une logique un brin césariste et tribunitienne sur l'espace politique du PCF et du Front de Gauche. Le PCF ne doit pas réagir en expert comptable, ne penser qu'à la constitution d'un groupe de députés, même si nos députés et sénateurs jouent un rôle important dans l'opposition parlementaire et médiatique contre la régression sociale, il y a aussi à préserver et à continuer à construire avec constance comme dans d'autres pays européens un front du refus de la nouvelle gouvernance autoritaire du capitalisme, fondé sur l'idée de biens communs et la souveraineté démocratique.

Le PCF est un tournant. Nous avons retrouvé des couleurs sur le plan de l'idéologie et de la perception de notre utilité dans la société en 2005, puis en 2008-2009 : il faut faire attention à ne pas casser les espoirs que nous avons fait naître. Même pour les législatives, cela va être compliqué de trouver des candidatures porteuses partout en France si le Front de Gauche est fractionné, divisé. Pour beaucoup de nos camarades, une participation à la primaire serait vécue comme un brouillage d'identité démobilisateur.

Je me suis abstenu sur le texte 3 de la base commune sur les transformations du Parti, j'ai voté pour le texte Projet (texte 1), et contre le texte 2 sur la feuille de route des présidentielles impliquant l'engagement dans des primaires de la gauche, comme Joël Gallais, le secrétaire départemental du Morbihan et 13 autres délégués présents au CN.

Sur le texte sur les échéances de 2017 et l'engagement possible dans la primaire de la gauche : 15 contre, 5 abstentions, 88 pour.

Conseil National du PCF, samedi 5 mars: Intervention d'Ismaël Dupont, secrétaire départemental de la Fédération du Finistère du PCF

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