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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 07:00
L'Humanité Dimanche du 28 janvier au 10 février 2016: Interview de Jean-Claude Mailly (secrétaire général de Force Ouvrière)

Extraits

Criminalisation des syndicalistes de Goodyear, condamnés à de la prison ferme, état d'urgence et réforme pénale:

"Lorsqu'on pratique un libéralisme économique exacerbé, cela s'accompagne souvent d'un autoritarisme social... Bien sûr, on ne conseille pas à nos équipes de retenir leurs patrons dans leur entreprise, mais quand cela arrive, cela veut dire que les salariés sont à bout, que la situation est complètement bloquée. Il ne faut en aucun cas accepter cette criminalisation de l'action syndicale.

Entre l'état d'urgence, la loi sur le renseignement, la future réforme pénale qui va court-circuiter le pouvoir judiciaire...ça commence à faire beaucoup! Nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter de cette dérive sécuritaire, la commission des droits de l'homme de l'ONU s'interroge aussi sur les conséquences délétères sur les libertés individuelles".

Emmanuel Macron a déclaré "La vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié":

"C'est une forme de provocation. Je n'ai rien contre l'homme mais quand il dit tout cela, il est couvert au plus haut niveau. D'autres ont dû démissionner pour moins que ça... Je ne dis pas que les chefs d'entreprise de PME ne prennent aucun risque. Mais au fil du temps, en facilitant les procédures de licenciement ou en précarisant le travail, on transfère de plus en plus les risques de l'activité économique sur les salariés. Quand vous n'avez qu'un CDD d'un mois, essayez donc de trouver un logement".

Que pensez-vous du rapport de la commission Badinter qui prépare le terrain à la future refonte du Code du travail?

"Ce rapport est surtout un catalogue de grands principes, il reste maintenant à savoir ce que le gouvernement en fera. Mais on peut d'ores et déjà pointer plusieurs ambiguïtés potentiellement dangereuses. Sur le temps de travail, la commission Badinter indique que la durée "normale" du travail est déterminée par la loi, que les accords peuvent y déroger? Au niveau de la branche ou de l'entreprise? Si c'est cette dernière option qui est retenue, la rémunération des salariés risque d'en faire les frais: c'est justement dans l'entreprise que la pression exercée sur les syndicats est la plus forte et que le chantage à l'emploi est monnaie courante. Quant au niveau de la majoration des heures supplémentaires, la commission ne dit rien. Le taux minimum restera t-il à 25% ou élargira t-on les dérogations? Autre ambiguïté, la relation entre accords collectifs et contrat de travail. Nous considérons que le contrat de travail, signé entre le salarié et le patron, ne peut pas être modifié sans avis du salarié. Aujourd'hui, par exemple, lorsqu'un salarié refuse une baisse de rémunération dans le cadre d'un maintien de l'emploi, il est licencié pour motif économique. Qu'en sera t-il demain? L'accord collectif s'imposera t-il au salarié? La commission Badinter laisse la porte ouverte à des dérives.

Que proposez-vous pour lutter efficacement contre le chômage?

"Selon nous, il y a trois priorités.

Tout d'abord la question de la demande. Combien de chefs d'entreprise se plaignent avant tout de l'insuffisance de leur carnet de commandes? Favoriser la demande passe par une hausse du pouvoir d'achat, à travers les deux leviers d'action dont dispose le gouvernement: la rémunération des fonctionnaires - je rappelle que le point d'indice est gelé depuis 2010 - et le SMIC... Pour notre part, nous revendiquons à terme un salaire minimum équivalent à 80% du salaire médian (soit un peu plus de 1700 euros brut).

Deuxième priorité, revisiter les aides publiques aux entreprises. Le pacte de responsabilité, c'est 41 milliards d'euros distribués la dernière année du quinquennat - et 100 milliards en tout - sans aucune contrepartie. Personne ne peut mesurer l'effet sur les emplois créés, c'est du gaspillage d'argent public. Est-ce utile que des multinationales réalisant plusieurs milliards d'euros de bénéfices puissent toucher le CICE? Il faut, en fonction d'une stratégie industrielle décidée par l'Etat, cibler ces aides et conditionner".

Troisième priorité: une politique de l'emploi doit reposer sur le soutien à l'investissement public. Son recul public se fait au détriment de l'activité. La baisse des dotations aux collectivités territoriales, qui assument 70% de l'investissement public, a affaibli le secteur des travaux publics ou de la construction, provoquant la perte de 10 000 emplois. Et je rappelle que le pacte de responsabilité, c'est 50 milliards d'euros de réduction de la dépense publique".

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