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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 15:37

GÉRARD LE PUILL pour l'Humanité

La possible fermeture de l’usine Pentair Griss à Ham dans la Somme annoncé en fin de semaine doit aussi être examinée sous l’angle des augmentations des émissions de gaz à effet de serre que constituerait le transfert de cette production dans un pays à bas coût de main d’œuvre et à production électrique issue du charbon.

Le temps d’un week-end, les 133 salariés de l’usine de robinetterie Pentair Griss, à Ham dans la Somme, ont pu bénéficier de quelques images furtives à la télé. La direction américaine dont le siège social est en Irlande, pays connu pour sa politique de dumping fiscal, veut fermer en France une unité de production dont le carnet de commande est plein et qui réalise aussi des bénéfices confortables. A tel point qu’il était demandé aux salariés de travailler jusqu’à 46 heures par semaine en 2015. Mais les dirigeants de la firme ont fait savoir qu’une délocalisation de la production en Chine, voire en Inde, permettrait d’augmenter les profits en raison d’une baisse sensible du coût de la main d’œuvre.

Au gouvernement, tout le monde est resté muet devant cette casse industrielle annoncée. La sénatrice communiste Michèle Demessine s’est engagée à interpeler Manuel Valls et ses ministres au Sénat. Présenté aux Français comme un homme neuf depuis son élection à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand s’est rendu sur le site pour y rencontrer les dirigeants locaux du groupe. « Avec Stéphane Demilly, le député (UDI), nous avons exposé les arguments des salariés. Il faut qu’ils aient la possibilité de rebondir, professionnellement et financièrement. Nous sauront le 18 janvier à l’occasion de prochain CCE si ce déplacement a été utile ou non », a-t-il déclaré à l’issue de cette rencontre.

En guise de soutien aux salariés, voilà qui relève plutôt du service minimum. A juste titre, les médias ont relayé les arguments d’un responsable CGT de l’usine mettant en exergue les profits réalisés sur le site. Ce qui veut dire que la délocalisation vise à faire plus de profits dans un où plusieurs pays à bas coûts de main d’œuvre. Alors que la conférence de Paris sur le climat s’est achevée il y a tout juste un mois, ce choix patronal en quête de profits élevés via la délocalisation soulève des questions que les économistes libéraux ne n’abordent jamais : quel sera le bilan carbone de cette délocalisation industrielle et celui de chaque objet ensuite produit dans un pays à bas coûts de main d’œuvre ?

A Ham, si l’usine ferme, le plus gros de l’outil de production ira à la casse ou restera longtemps à rouiller sur place. Sur le nouveau site de production localisé en Asie, on aura construit des locaux et installé de nouvelles machines avec un bilan carbone déjà élevé avant d’avoir commencé à produire. Ensuite, quand la nouvelle usine sera en phase de production, on peut considérer que ce transfert augmentera encore le bilan carbone de chaque robinet produit pour l’industrie pétrolière, puisque c’est la spécialité de cette entreprise. En effet, cette de production industrielle est gourmande en énergie électrique. En France, en raison de la place prise par le nucléaire et les barrages, le bilan carbone de la production électrique est l’un des plus faibles au monde. En Chine comme en Inde, il figure parmi les plus élevés de la planète car on utilise surtout du charbon pour produire de l’électricité.

Plus généralement, chaque délocalisation de production industrielle ou agricole d’un pays développé vers un pays à bas coûts de main œuvre fait bondir le bilan carbone d’un même volume de production transféré d’un pays à l’autre. De fait, la théorise de la « destruction créatrice » conceptualisée au milieu du XXème siècle par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter se traduit toujours par plus de destruction que de création. La délocalisation servant à fabriquer les mêmes objets à moins coût est souvent plus rentable pour le patronat. Mais ces transferts augmentent la consommation de matières premières et d’énergie fossile qui entrent finalement dans le processus de production de chaque objet.

A ceux et celles qui auraient du mal à suivre ce raisonnement, je peux faire part d’une expérience personnelle: avant de devenir journaliste à 42 ans, suite à un licenciement pour cause de fermeture d’usine, j’ai fabriqué des pneus pendant 18 ans à Colombes chez Kléber. En 1983, Michelin, actionnaire unique de Kléber, a fermé le site, abandonné au passage une partie de la production de pneus et transféré la plus grande partie de la production colombienne dans deux usines de construction récente à Troyes et à Toul où les ouvriers étaient alors moins payés. En 2008, Michelin a fermé Toul pour transférer la production de cette usine en Serbie où les salaires étaient trois fois moins élevés.

~~Le site de Colombes a été rasé et progressivement réindustrialisés avec des PME mais pas seulement. Thomson CSF, qui deviendra plus tard Thalès, s’y est implanté à la fin des années 80 et y comptera jusqu’à 2.200 salariés dans de très beaux locaux neufs. Mais, 20 ans plus tard, Thalès a jugé que ces locaux qui comprenaient quatre bâtiments distincts n’étaient plus assez fonctionnels ni assez sûrs pour dissuader l’espionnage industriel. Thalès abandonnera le site en 2012 pour s’installer à 5 kilomètres de là sur la commune de Gennevilliers. Depuis plus de trois ans, les locaux de Colombes sont vides, tout comme les parkings. Le site se trouve pourtant à cinq minutes à pied d’une gare bien desservie tandis que deux lignes de bus ont un arrêt devant l’usine.

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