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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 06:29

Coordination Front de Gauche – mercredi 9 décembre 2015 à Pont de Buis

Présents : PCF : Erwan Rivoalan, Ismaël Dupont

Ensemble : Dominique Resmon, Guy Le Dem, François Rippe, Jean-Louis Griveau

Parti de Gauche : Quentin Marchand, Guilhem Grimal, Catherine Boudigou

Autres : Yves Jardin (Douarnenez), Noëlle Péoc'h (centre Finistère)

Excusés : Alain David...

Analyse du résultat du 1er tour et 1ères explications :

Ismaël : Ce 1er tour des élections régionales a été un désastre pour nous. Un désastre parce qu'on y assiste à une poussée sans précédent du vote FN, lequel se positionne plus que jamais comme relève possible du PS et de l'UMP, et comme le parti de ceux qui n'en peuvent plus de ce système d'alternance où les partis de pouvoir se succèdent en trahissant leurs promesses, sans changer leurs conditions de vie, en les dégradant toujours davantage. L'ampleur du vote FN trahit un recul idéologique, une droitisation réelle de la société sur certains thèmes (immigration, sensibilité aux thématiques sécuritaires, au discours contre « l'assistanat »). Le FN parvient à capitaliser sur la colère sociale dans les milieux populaires (contre l'Europe, le libéralisme), la banalisation de la xénophobie et aussi une certaine forme de vote de classe de la part de ceux qui, avec des petits revenus, des conditions de vie dégradées par le capitalisme, ne voient pas d'issue, et tournent leur ressentiment vers les étrangers, les classes moyennes urbaines, les élites politiques. Un vote de classe non progressiste bien sûr qui ne remet pas en cause les logiques et les intérêts du capitalisme, qu'il conforte au contraire en alimentant le vote utile ou « républicain » pour les libéraux au nom du moindre mal. Ce que nous redoutions est arrivé : installation du tripartisme, une gauche de gauche trop marginalisée dans le paysage pour capter un vote de rejet du système qui s'oriente davantage, dans les milieux populaires, chez les jeunes, les chômeurs, vers le FN ou l'abstention. Par rapport aux objectifs initiaux du Front de Gauche, on est dans l'échec total : disputer au PS sa position hégémonique à gauche, rééquilibrer le rapport de force à gauche, voire passer devant le PS, éviter que le vote contestataire se tourne prioritairement vers l'extrême-droite en donnant de l'espoir. C'est pour beaucoup un effet de seuil, si nous étions à 15 %, comme on pouvait l'espérer pendant les présidentielles, on aurait une autre dynamique électorale, on capitaliserait beaucoup plus sur le besoin de changement, comme cela s'est passé en Grèce, en Espagne, avec il vrai une autre ampleur de la crise et un autre mouvement social, un espoir qui n'existe pas actuellement. Par rapport à 2012, on ne progresse pas, bien au contraire, on est revenu en arrière. On n'a pas rassemblé sur ces élections régionales au-delà du socle de notre électorat, du premier cercle de sympathisants. Cela peut s'expliquer nationalement par un contexte peu favorable, les attentats, l'état d'urgence, qui a surtout profité au FN. Mais aussi et surtout par l'absence de visibilité du Front de Gauche, avec des configurations d'alliance différentes suivant les régions, des divisions et divergences affichées publiquement, un manque de continuité et de lisibilité dans notre stratégie, et, il faut dire les choses, une inexistence du Front de Gauche sur le plan national en dehors des périodes électorales. Il n'y a plus de travail programmatique avec le monde citoyen, syndical, associatif comme on l'avait amorcé avant 2012, les fronts des luttes et thématiques ne fonctionnent plus vraiment. Cela ne nous a pas servi. Déjà que les médias au service des puissances d'argent nous ignorent ou cherchent à nous discréditer, nous leur donnons de surcroît du grain à moudre. Le score du Front de Gauche en Bretagne est encore inférieur à la moyenne nationale: dans une région comme la grande Normandie, on fait 7%, en Bretagne on fait 3,7%. C'est très immérité par rapport à la campagne de Xavier Compain, et des autres têtes de liste, Catherine Boudigou et Sylvie Larue au premier chef, qui ont été à la hauteur, qui ont beaucoup donné, qui ont su travailler ensemble. Cela s'explique par des facteurs ne dépendant pas de nous : l'identité plutôt chrétienne-démocrate et maintenant sociale-démocrate mais toujours centriste de la Bretagne, où la gauche de la gauche n'est pas bien implantée. Le fait que les Bretons ont considéré que le bilan de la majorité de gauche à dominante PS au Conseil Régional était plutôt positif. L'aura dont a bénéficié Le Drian en tant que ministre de la défense en période de guerre et de risque terroriste. Nous en avons fait un thème de campagne contre cette politique mais il a pleinement bénéficié auprès des électeurs de son statut de ministre-candidat. Nous avons aussi eu des choses à nous reprocher dans cette campagne. On est parti en campagne bien tard, réellement à la mi-octobre sur le plan collectif. Nous n’avons pas pu convaincre EELV de la nécessité d’une alliance, et puis aussi dans nos discussions internes, sur le second tour notamment, plutôt que de nous concentrer sur l'objectif de faire le meilleur score possible au 1er tour pour construire un rapport de force plus favorable. Nos documents de campagne manquaient un peu de punch et de lisibilité, étaient sans doute trop écolos, trop intellos, même si j'étais pleinement en accord avec le contenu idéologique et programmatique de la campagne et si celui-ci était plutôt rassembleur au niveau du Front de Gauche. Nous n'avons pas réussi à capter une partie de l'électorat écologiste et surtout pas les gens tentés par l'abstention. Notre projet régional était peut-être aussi encore inabouti, pas assez construit, et élaboré pas assez tôt. La dimension régionale de la campagne des Verts était plus naturelle, vu qu'ils avaient des élus sortants et une légitimité à ce niveau là. Ils sont apparus en campagne médiatique dès le printemps. La division à l'intérieur du FDG sur le rapport au second tour a aussi eu pour effet ne pas mettre une partie de nos camarades dans la campagne, a eu un impact sur la motivation. La présence de Gérard Lahellec et Eric Berroche sur la liste de Le Drian a peut-être eu un effet de confusion sur une partie de nos électeurs dans certains coins, surtout quand localement, du coup, toute une partie des sections ou militants communistes ne faisaient pas campagne pour le Front de Gauche. Nous avons en tout cas un profond examen de conscience et une réflexion collective à avoir pour reconstruire un outil efficace pour mobiliser dans un contexte d'aggravation sans précédent de la situation politique et sociale. Je crois que le front de Gauche reste un point de départ et un outil incontournable, mais il faut que localement et nationalement on s'interroge sur les raisons de la désaffection des électeurs. L'enjeu est énorme avec le risque grandissant lié à un FN aux portes du pouvoir.

Quentin : Nous restons un peu trop dans le discours de l'entre soi. Il faut tenter d'adopter un autre discours, plus percutant, imagé, comme pour le tract pour l'abstention. A t-il été efficace ? Le tract sur les attentats : le contenu était bien, mais aussi bien trop long. Chute de EELV, électorat presque divisé par deux, pas seulement liée à son arrogance par rapport au Front de Gauche. C'est la chute de notre camp social. Cela ne fait pas la somme de ce qu'on représentait. C'est une stagnation, une décomposition qui pose question. Le positionnement sur le second tour aurait dû avoir lieu en amont pour mettre plus de militants au boulot, pour éviter les ambiguïtés. Il faut qu'on arrête d'aller avec le PS au second tour si on veut mobiliser. Là notre score est très décevant, je ne crois pas que ça soit à cause d'une ligne pas assez régionaliste. A Brest, avec une campagne très nationale aux départementales, on fait + de 5 %. On fait moins aux Régionales avec un périmètre de la liste plus large.

Noëlle : Un autre aspect important, le poids de l'abstention. Avec 50 % des électeurs, c'est la première force. Ce sont des jeunes, des ouvriers, qui ne vont pas voter. Les milieux populaires ne se déplacent plus, ne croient plus aux propositions des partis classiques. Notre premier tract n'était pas bon. On est parti trop tard en campagne : tout a été fait dans l'urgence. Pendant deux semaines, entre le premier tract régional et le 4 pages, on a strictement rien fait. Au niveau des médias, on a été boycotté. Les médias nationaux jouent la tripartition de l'espace politique entre le FN, le PS, l'UMP. Les médias régionaux nous ont exclu du club des 5 « grands» en retenant EELV et Troadec. Nous, nous étions considérés comme des « petits candidats ». Le score leur a donné raison mais ils ont aussi pu amplifier leur score et diminuer le nôtre. Dans le Centre-Finistère, là où on a pu faire plus de 10 %, c'est qu'on avait des élus sur la liste ou sympathisants du FDG (16 % à Botmeur, 12 % à Brennilis, 19 % à Berrien) mais les scores sont tout de même bien moins importants qu'aux Départementales, ce qui prouve qu'il n'y avait pas de dynamique. Troadec est parti au mois de juin, nous beaucoup plus tard. En octobre, à quelques jours de la date limite, on était encore bloqué pour faire notre liste et partir en campagne. Pendant ce temps, les tracts de Troadec arrivaient dans les boîtes aux lettres car ils avaient des moyens que nous n'avions pas. Nos documents de campagne n’étaient pas forcément adaptés à des électeurs peu politisés. Tout le monde ne s'est pas non plus pleinement impliqué dans la campagne. Je ressens tout de même une forte dégradation dans notre fonctionnement : tirages internes, différences de fond, manque de relais national et de dynamique nationale du Front de Gauche. Il faut que les choses se clarifient plus que ça.

Jean-Louis : Il y a des causes externes (attentats, situation générale) et aussi des causes internes (problèmes de logistique) à notre échec électoral. A 3 jours du dépôt des listes, on ne savait pas encore qui serait candidat, qui ne le serait pas. Le 4 pages de campagne dont on n'avait que quelques milliers d'exemplaires sur certains secteurs... Je comprends bien qu'on ait pris peur de financer trop de documents, mais il fallait tout de même faire les voix. En 2010, cela avait été dur à l'allumage pour la liste du Front Breton de Gauche, le périmètre de la liste était moins grand, mais on avait fonctionné avec un peu plus d'efficacité et de manière correcte. On a pas avancé depuis. Aujourd'hui, on se retrouve face à de vraies questions : Qu'est-ce que le Front de Gauche ? Que va-t-il devenir ? Là où on fait plus de 5 % dans le Pays bigouden, le secteur de Plouhinec, c'est dû aussi à la part historique de l'électorat PCF, ou/et alors à la réalité du travail politique fait par des collectifs Front de Gauche : Morlaix, pays bigouden, centre-Finistère. Il y a des endroits ruraux du Finistère comme à Locmélar où on fait 0 %: il faut sortir de nos tranchées. Travailler à une échelle géographique plus globale. Avant de parler d'avenir, il va falloir payer l'ardoise de cette campagne, en se gardant des moyens pour faire vivre un courant politique de gauche de gauche. Les Verts ont aussi pris une gamelle. Je pense que c'est le moment d'initier un certain nombre de rencontres politiques avec les Verts, le NPA. Ce qui est en jeu, c'est l'existence ou la disparition d'une gauche de gauche. Il faut réfléchir en termes de rassemblement. Le vote FN c'est aussi un vote de classe, comme l'a dit Ismaël. On a vu dans les bureaux de vote des gens manifestement paupérisés, voter FN, en ne prenant qu'un seul bulletin. Comment retrouver le lien avec les catégories marginalisées de la population ? Une candidate FN aux régionales promet qu'elle va supprimer les subventions à l'art contemporain et au FRAC, pour les bobos snobinards. C'est un discours redoutablement efficace. Une partie de la population est dans une désespérance telle que pour elle, les classes moyennes urbaines, toujours à gauche, sont vécues comme des ennemis de classe.

Erwan : Si on n’a pas été entendu, c'est que notre discours était parfois un peu incompréhensible aussi. Il y a des facteurs conjoncturels dans notre échec : on a passé notre temps à se pouiller sur la question d'un rassemblement éventuel avec le PS au second tour. Résultat, on fait moins de 5 %. Aujourd'hui, ce sont les Verts qui ne sont pas venus avec nous alors qu'on aurait probablement fait 10 % ensemble qui parlent de trahison à propos du PS. Il y a eu effectivement de gros problèmes de logistique dans cette campagne : c'est pas normal qu'on se retrouve avec 2000 tracts pour Brest, à devoir attendre 4-5 jours d'en imprimer d'autres pour pouvoir militer. La coordination à l'échelle régionale a été défaillante : on arrivait pas à se coordonner. Pour la réunion théoriquement régionale sur les économies maritimes à Brest, on a reçu peu de soutiens et on a dû se débrouiller tous seuls entre quelques brestois. Il y a eu un problème dans la manière de construire la campagne. Il y a beaucoup de gens qui considéraient que le Front de Gauche n'était plus crédible, en raison des changements de stratégie, en raison d'un discours et d'un mode d'existence national illisible. Et peut être aussi régional : on a parlé entre nous de choses qui sont peut-être importantes mais qui ne correspondent pas aux attentes des gens. Les gens qui souffrent de la crise et du système qui ont voté ont exprimé un vote de colère. Pour beaucoup d'entre eux, le FN représente une alternative à la domination capitaliste. C'est ressenti par certains comme un « vote d'amour », selon une expression d'un candidat FN : cela donne de l'espoir à des gens qui sont en souffrance sur le plan social. Le black-out des médias a joué aussi en notre défaveur : à Brest, pour le train de la COP 21, Tébéo et le Télégramme ont refusé de recueillir et de retranscrire les propos de Xavier Compain, seule tête de liste présente. Ils réfléchissaient avec le 5 majeur, avec EELV et Troadec. Cela a servi le score de EELV, qui n'avait personne sur le terrain pour militer. Dans le Finistère, sur le plan national, on ne peut plus passer notre temps à avoir des débats tacticiens. Il faut aller voir les gens dans les quartiers. Quand on discute avec les gens, passé une première réticence parfois, ce n’est pas si compliqué de les faire réfléchir. Il y a tellement de gens désorientés politiquement. Les gens sont déboussolés : on est en plein effondrement politique et individuel. A la question qu'est-ce qu'on va faire en janvier, oui il faut aller voir les syndicats, les forces de gauche qui refusent le capitalisme.

Guy : Tout n'a pas été négatif. Il y a eu du travail de fait. On revient de loin. Avec les frondeurs, on s'est un peu illusionné en croyant qu'on avait quelque chose à en tirer. Le vote FN, si c'est un vote de classe, c'est plus un vote de la classe moyenne que des classes populaires, disait Hervé Le Bras aujourd'hui dans le Télégramme. Au niveau des médias, cela a été l'ostracisme complet, comme l'ensemble du Front de Gauche sur le plan national. Il faudrait que nos directions aillent ensemble faire pression sur le CSA. Montrer que nous sommes vigilants par rapport à d'autres élections. Par ailleurs, jamais nous n'aurions dû accepter d'avoir un vote dans un état d'urgence. Cela pose un vrai problème démocratique que l'on n'a pas suffisamment dénoncé. C'est une erreur qui a été profitable à certaines organisations politiques.

Erwan : le PCF dans son communiqué d'après premier tour l'a dénoncé.

Catherine : pour la boutade, on peut se dire qu'il valait mieux faire 3,70 % que 4,99 %. C'est un premier tour d'élections régionales, où l'aspect régional et le peu de mobilisation de l'électorat doivent nous amener à tempérer le jugement sur l'état des forces et ce que pèse le Front de Gauche, et les constats déprimants qu'on peut tirer de ces résultats de 1er tour. Par exemple, le score du FN, on nous parle d'une poussée extraordinaire, sans précédent. Mais en 2012, le FN avait fait 6,4 millions de voix. Là, il fait 6 millions et 18000 voix. Le vote FN n'a pas augmenté, il a diminué. Il ne faut pas que nous nous laissions nous-mêmes manipulés par les médias qui nous ignorent. Le boycott des médias, cela a été une réalité. Il a fallu se battre pour que Tébéo nous invite au débat. On a réussi, pas à France 3, qui nous a fait débattre avec les petits candidats. Autant j'ai été épatée par l'engagement et l'investissement militant sur certaines réunions, autant je trouve que nous avons fait une campagne à l'ancienne. Dans nos réunions publiques, j'ai été frappée par l'âge avancé de nos militants et sympathisants : presque pas un jeune. Il n'est pas sûr que cette manière de faire de la politique convienne encore aux jeunes. Il faut davantage utiliser d'autres moyens innovants, les réseaux sociaux, des réunions de quartier dites Tupperware. D'autres moyens, d'autres modalités. Dès janvier, il faut aller voir les Verts qui sont sonnés par leur exclusion du Conseil Régional et leur score décevant pour eux. Il faut réfléchir à quel avenir on a en commun avec eux. Moi je suis frappée par l'influence que peuvent avoir les grands médias sur le vote des gens quelques jours avant l'élection : quand on parle de la COP 21 et du pape François à « plus belle la vie », cela sert les Verts. La télévision a servi la soupe aux Verts, au FN. Cela peut nous faire un mal terrible et on ne maîtrise pas. De plus, il faut bien se dire que nous avons fait campagne dans un contexte très particulier : l'état d'urgence, et face au ministre de la guerre, et donc de la protection de la population. Je ne doute pas qu'il y ait aussi des causes internes à notre échec, mais il faut aussi avoir ça en tête. On s'est tous bien battus, j'ai eu du plaisir à faire cette campagne avec vous, avec Xavier et Sylvie avec lesquels on s'est bien entendus. Après, il y avait des divisions dans les formations politiques : au Parti de Gauche, avec les séquelles du RCB, la fixation sur le second tour, et au PCF. Il y a eu un défaut d'unité dans les partis mais une belle amitié entre les composantes du FDG qui ont fait campagne. Après, moi je me suis toujours prononcée pour le fait que si on faisait plus de 5 % on n'aille pas manger dans la gamelle des socialistes. Cette méfiance par rapport à une alliance possible avec le PS au second tour nous a peut-être fait perdre des voix. Voir le meeting d'après premier tour entre Cosse, Coquerel, Laurent et Bartelone, cela me fait un peu mal. Dans ces Régionales, on a constaté un éparpillement de voix, sur des listes régionalistes, qui auraient peut-être été des voix de gauche. Dire que les jeunes votent FN, ce n'est qu'à moitié vrai, la plupart ne font pas de politique, et c'est justement le problème et notre défi. La classe ouvrière, je veux bien qu'on s'adresse prioritairement à elle, mais elle baisse aussi. Il ne faut pas être abattus : si on répond oui à la question « est-ce qu'il y a encore une place pour une gauche dans notre pays ? » alors on a notre place et un avenir. Après c'est vrai qu'on a eu un déficit d'organisation régionale : personne pour répondre aux différents courriers des associations, des syndicats. On ne savait pas qui faisait quoi. Le problème, c'est que les gens à l'animation régionale bossaient aussi, ils avaient un travail, et que les retraités étaient sur le terrain. La disponibilité pour être présent aux différentes rencontres a fait problème aussi. Maintenant, il faut un travail de fond : aller voir les syndicats, les associations.

François : Il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas entièrement d'accord. Les médias, quand on pèse quelque chose dans le débat politique, ils viennent vers nous. Si ils servent la soupe à Troadec, c'est qu'ils estiment qu'il y une dynamique de son côté. Si le Front de Gauche avait meilleure santé, il aurait meilleure presse. Ne cédons pas à la facilité de régler nos comptes avec EELV en se disant qu’ils paient le juste prix de leur refus d’alliance. Eux seront verts de rage et nous rouges de colère, mais on n'avancera pas beaucoup. S'il y a une place pour une vraie gauche dans ce pays, elle passe par une alliance entre EELV et le Front de Gauche. Ismaël dit qu'on a fait une campagne pas assez sociale, trop écolo, trop intello-bobo, en réalité qu'on a fait une campagne pas assez communiste, à la manière des années 70. Je ne partage pas cette critique. Notre campagne a été dans la continuité de l’accord programmatique avec les Verts sur lequel nos militants avaient placé beaucoup d'espoir. Il faut se placer dans le cadre du débat national de ce qui se passe à gauche du PS. Le problème, c'est que l'affaire des attentats a blindé cette campagne : le traumatisme a été véritable, les répercussions ont été forte, le lien des gens d’ici avec Paris a été réel. Les socialistes n'ont globalement pas de bons résultats. Il y en a un qui a limité la casse, c'est Le Drian, peut être parce qu'il est le ministre de la Défense, de la guerre : il y a eu un retour d'une partie de l'électorat de gauche critique vis à vis de la politique de Hollande-Valls vers Le Drian à la faveur de ces attentats, c'est très net, sinon on ne s'explique pas ces résultats. On ne peut pas lier l'avenir de toute la gauche à la question du rapport avec le PS, c'est vrai. Mais il n'empêche qu'une partie du Front de Gauche n'a pas fait campagne. Pour certains à cause du non-accord avec EELV, pour d'autres, qui ont fait de la question du second tour un préalable de leur engagement dans la campagne. Mais aussi pour nous faire dire qu'on ne votera pas, plus jamais, PS. Ce débat là, reste très vif actuellement dans les composantes et les collectifs du FDG. Pendant ce temps, l'abstention continue, le FN accroit son pouvoir de nuisance, et tout de même, quand le FN fait 68 % dans un quartier populaire de Marseille où jusque là le Front de Gauche était très bien implanté, il y a quand même de quoi avoir peur... La conclusion pour moi, c'est qu'on n’a pas le choix, pour l’instant le seul outil que nous ayons à disposition pour peser sur la situation politique, c'est le Front de Gauche. On a un engagement commun. Il faut se dire si oui ou non on veut poursuivre ensemble, quitte à s'engueuler à tous les virages. Mais nous devons en faire un outil mieux perçu et plus utile. On a fait une campagne à la papa, 30 personnes à Brest, 40 à Plourin, 100 à Quimper, mais à l'arrivée : on se connaît tous. Le meeting à la fête de l'Huma, cela avait de la gueule, cela fait du bien dans sa vie de militant, mais on était entre nous.

Catherine : j'ai bien suivi le parti écologiste qui est passé d'une écologie politique progressiste à un vert-rouge qui a bien déteint à la lessive. Or, on ne peut plus être vert sans être rouge. Aujourd'hui, les Verts qui sont nés en Bretagne en 84 avec les Marées Noires, Plogoff, etc., viennent d'être écartés du paysage politique breton institutionnel en Bretagne. Il faut retourner vers eux.

Yves : il ne faut pas être trop catastrophiste. Cela partait tellement mal avec ces discours à n'en plus finir sur le 2nd tour, avec cette réunion de coordination où le PG devait nous fournir ses candidats et ne le faisait pas à défaut de tête de liste. On a failli ne pas faire de liste.

Ismaël : nuance, on avait des candidats, mais on a failli ne pas faire de liste avec le PG.

Yves : au final, on a réussi à faire une liste, à travailler ensemble. Il faut comparer le score conjugué de l'UDB et des Verts qui étaient ensemble en 2010 au score de Troadec/UDB et de EELV séparés en 2015 : c'est à peu près la même chose. Par rapport au FN, on a des choses à dire : le PS a une lourde responsabilité dans son ascension. Il ne faut pas oublier de remettre en cause aussi le rôle des médias par rapport au FN. Leur hypocrisie : on pousse des cris d'orfraie maintenant alors qu'on les a avantagé avant. Il faut voir aussi que dans les secteurs où des collectifs Front de Gauche existent et ont fait le boulot, on fait dans les 7-8 %. Mais il y a un vide total autour des villes. Là où il n'y a pas de collectifs FDG, il faut les mettre en place. Mettre dans le coup des gens qui ne sont pas encartés fait augmenter notre audience.

Erwan : Je ne disais pas que notre discours était trop écologiste, mais simplement qu'il n'était pas assez compréhensible. On a un problème de rapport au réel quand on a 6 millions de chômeurs et qu'on ne parle pas ou très peu de l'emploi. Il faut être plus percutant sur des choses simples. On a eu trop de documents trop longs, imbitables. Il faut qu'on soit moins dans la production de documents compliqués, plus dans la rencontre.

Noëlle : Les médias contribuent bien au façonnage des esprits. Nous dans notre campagne, on a pas été assez offensifs sur les enjeux essentiels : dénoncer le parti des riches, du capitalisme. Les responsables du désastre écologique, ce sont aussi les riches qui détruisent la planète. Je ne comprends pas l'expression « campagne à la papa » : nous on a été sur tous les terrains, dans les luttes, dans le Centre Finistère. Globalement, c'est vrai qu'on manque de moyens, de militants, de proximité avec les milieux populaires. Il faut mettre en priorité l'emploi, la précarité, les femmes.

Jean-Louis : il y a plein de gens qui sont à 300 % anticapitalistes. Il ne suffit pas de le proclamer. Il faut donner à voir le projet qu'on porte. Se demander comment on traduit en documents de campagne parlants pour la population un projet politique complexe. Le FDG ne peut avoir qu'un discours syndical ou para-syndical : il faut donner à voir ce qu'est la société anticapitaliste que nous voulons construire. On ne travaille pas assez sur le fond. Il faut bâtir un projet politique. Le FDG ne peut pas exister seulement à un mois de l'élection. Il faut rebondir, travailler le rassemblement à la gauche de la gauche, aller voir les Verts dès début janvier.

Ismaël : Je ne voudrais pas qu'on disqualifie les assemblées citoyennes, les réunions publiques, même si elles réunissent en grande majorité des militants, des gens déjà convaincus. Ce sont des moments où on parle des problèmes de la population, ou on fait de l'éducation populaire, ou on sort des discussions sur la stratégie pour parler des problèmes de fond. Cela a été un élément constitutif de la construction et des avancées du FDG en 2011-2012. C'est aussi ce qui fait à un moment le caractère enrichissant de l'engagement politique. On a pu aussi rencontrer des militants syndicaux et associatifs à l'occasion de ces réunions publiques. Je ne dis pas qu'il faut faire que ça, mais c'est important pour incarner une autre manière de faire de la politique. Les réseaux sociaux, internet, cela ne suffit pas. Par ailleurs, quand on fait une réunion publique thématique, on distribue des tracts dans le secteur, ça se sait, ce n’est pas inutile, cela peut mobiliser aussi les militants. Par rapport au second tour, je crois que nos listes, PCF-PG-Ensemble, réunis, ont eu raison de fusionner avec le PS en Ile-de-France et en Midi-Pyrénées, car sinon la victoire de la droite était incontournable et qu'on pouvait peser un peu. A défaut, notre électorat, une partie d'entre lui en tout cas, ne s'y serait pas retrouvé. Par contre, appeler à voter pour Le Drian, qui incarne la politique droitière et guerrière du gouvernement, qui n'accepte de travailler avec d'autres composantes de gauche que si elles sont couchées, alors même qu'on est éliminé et qu'il n'aurait pas voulu de fusion, je ne vois pas d'intérêt. Pour le PCF, nous avons organisé une consultation démocratique auprès de nos militants le samedi et le dimanche : le Finistère et le Morbihan étaient majoritairement pour ne pas donner de consigne de vote, les Côtes d'Armor et l'Ille et Vilaine davantage sur la ligne nationale d'appel à voter pour la liste de gauche restée en lice, contre la droite et l'extrême-droite. Je respecte les arguments en faveur de la logique de ce point de vue, même si dans le cadre de la Bretagne, cela ne m'apparaît pas la meilleure solution et cela contredit je crois aussi les idées programmatiques que nous avons portées dans la campagne.

François : je suis inquiet en voyant que notre camp social est en train de se diviser profondément dans le rapport au PS entre une frange radicale qui dit je ne voterait plus jamais pour le PS, en dehors d'un duel avec le FN (et encore) et ceux qui disent, on ne peut exclure la possibilité du rassemblement à certaines conditions. Si on essaie d'avoir une position et une seule, on risque d'avoir des difficultés. Même dans nos différentes composantes, il y a des débats, des divergences de vue, on n'est pas unanime. Cela dit, Pierre Laurent n'était pas obligé aller faire un meeting d'entre deux tours avec Bartolone… Le FDG a ses défauts, ses limites, mais on est obligé de faire avec sa diversité, de construire à partir de lui.

Le reste de la réunion a été consacré à la partie financière, le remboursement de la campagne électorale.

Prochaine réunion de la coordination FDG 29 le mercredi 20 janvier 2016

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