Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 12:55
Jeremy Corbyn, cap à gauche pour le Labour

Les militants et sympathisants du Labour ont surpris l'Europe en choisissant le 12 septembre dernier un des représentants de l'aile la plus progressiste du parti travailliste, Jeremy Corbyn, en lieu et place de Ed Miliband, après son échec face à Cameron.

"Il est vrai que n'importe quel citoyen pouvait participer au vote, à la seule condition de payer un droit d'entrée de 3 livres sterling (environ 4 euros), ce qui a permis à plein de jeunes de voter, mais aussi sans doute à des syndicalistes et des anciens du Labour dégoûtés par Tony Blair. Ironie du sort, cette réforme interne avait été proposée par la droite du parti: les blairistes, fascinés par le modèle des primaires aux Etats-Unis, faisaient le pari que l'ouverture du vote au grand public affaiblirait l'influence des syndicalistes et achèverait d'ancrer le parti dans le fructueux marais du "centre"" (Alex Nunns, Le Monde Diplomatique, octobre 2015)

Une rupture complète avec 15 ans de néo-libéralisme et de néo-conservatisme avec le New Labour de Tony Blair et Gordon Brown. Les socialistes français feraient bien d'en prendre de la graine: quand les dirigeants socio-démocrates font la politique de la finance et de la droite, ils laissent des boulevards à la droite qui se radicalise d'autant plus et peuvent nourrir la fronde de leurs militants.

"Marginalisé depuis des décennies par ses collègues de la Chambre des communes, ignoré par les médias, ce candidat improbable a pourtant bénéficié d'un bouche-à-oreille aux allures de prodige, raflant 59,5% des voix dès le 1er tour et ridiculisant son principal rival, relégué à 40 points derrière avec un score de 19%. Une victoire sans précédent dans l'histoire politique du Royaume-Uni... Dépourvu du charisme d'un Alexis Tsipras ou des talents oratoires de son mentor Anthony ("Tony") Benn, meneur historique de l'aile gauche des travaillistes dans les années 1979 et 1980, M. Corbyn ne présentait a priori aucun danger pour ses collègues et concurrents de l'élite travailliste. Or son style direct et dénué d'effets de manches s'est révélé un atout précieux, marquant sa différence par rapport aux représentants de commerce médiatiquement surentraînés qui peuplent la classe politique britannique".

Alex Nunns, dans Le Monde Diplomatique, octobre 2015, poursuit en disant que la victoire de Corbyn s'appuie sur l'activisme dans les réseaux sociaux et militants de trois piliers:

- La jeunesse éduquée précarisée par la contre-offensive libérale post-2008, des emplois dégradés, des loyers prohibitifs, le triplement des frais de scolarité à l'université en 2012.

- le mouvement anti-guerre, Corbin étant le président de la coalition "Stop the war" (Arrêtez la guerre) qui a organisé la retentissante manifestation de 2 millions de personnes contre l'invasion de l'Irak en 2003, la plus grande protestation de masse de l'histoire britannique.

- le troisième groupe est celui du mouvement syndical qui n'en peut plus du gèle des salaires dans la fonction publique depuis des années, des privatisations, des services amputés. Plusieurs syndicats sont maintenant dirigés par des secrétaires généraux clairement marqués à gauche.

Corbyn est un pacifiste convaincu, qui s'oppose aux bombardements en Syrie, ne souhaite pas que le Royaume-Uni investisse dans une nouvelle génération de missiles nucléaires, se montre très critique sur le rôle de l'OTAN et l'extension de sa zone d'intervention. En matière d'économie, il se dit prêt à en découdre avec l'industrie financière de la City à Londres, à rétablir un contrôle politique sur la banque centrale, à renationaliser le chemin de fer et plusieurs services publics, balayant ainsi l'orthodoxie thatchérienne et blairiste. Sans prendre clairement position sur une sortie de l'Union européenne, il préfère mettre l'accent sur la construction d'une Europe sociale. Il a critiqué avec virulence, contrairement à Hollande, le traitement infligé à la Grèce et le grand marché transatlantique.

Combien de ces prises de position trouveront leur place dans la plate-forme du Labour? On ne sait pas car entre Corbyn et la base qui le soutient s'intercalent les notables du Parti et les Parlementaires qui ont fait carrière du temps du blairisme triomphant, c'est à dire qui l'ont basé sur les ruines de la gauche. Les blairistes, et notamment les parlementaires de l'aile droite du Labour, vont s'employer à savonner la planche de Corbyn auprès des médias et à le remettre en cause à la première défaite électorale du Labour.

Les conservateurs donnent déjà dans la stratégie de manipulation extrémiste la plus grossière en assimilant Corbin à un allié du Hamas, du Hezbollah et même de Ben Laden, car il défend les droits des palestiniens, les idées de justice internationale, de paix et de lutte contre l'impérialisme. Le premier ministre David Cameron avait donné le ton à travers un tweet plein de finesse: "Le Labour est maintenant une menace pour notre sécurité nationale, notre sécurité économique et la sécurité de vos familles".

La presse tabloïd aux mains des milliardaires ultra-libéraux cible aussi Corbyn à travers des campagnes de dénigrement dignes des pires médias aux ordres dans les dictatures.

Pourtant, Corbyn et les forces sociales et espoirs qu'il incarne, se trouvent confrontés à la différence d'un Tsipras au paradoxe d'un mouvement anti-austérité épousant la direction d'un parti qui jusqu'ici défendait l'ordre établi et le consensus néo-libéral. "Pour réussir, M. Corbyn va devoir transformer le Labour en une force militante capable d'entretenir l'incroyable sursaut collectif qui l'a propulsé à la tête. Si l'excitation générée ces derniers mois se propage à d'autres secteurs de la population et que l'aventure suit son chemin, M. Corbyn a toutes ses chances. Si le mouvement retombe et que l'homme du renouveau reporte son assise sur les vieux centres du pouvoir, l'occasion sera perdue" (Alex Nunns).

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011