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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 13:16
Pierre Laurent: "L'amalgame fait par la Turquie entre le PKK et Daesh est inacceptable"

Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, a écrit à François Hollande, l’enjoignant à agir "pour que la Turquie stoppe ses opérations contre le PKK et revienne à la table des négociations".

Monsieur le Président,

Je souhaitais vous faire part de mes plus vives inquiétudes suscitées par les opérations militaires turques engagées par le Président R.T. Erdogan ces dix derniers jours.

Sous la pression évidente des États-Unis, le président Erdogan a lancé des frappes contre les positions de Daesh en Syrie mais les a accompagnées dans le même temps de frappes contre les positions du PKK en Irak et en Turquie, brisant le cessez-le-feu décrété en 2013 à l'initiative du PKK. Le chef de l'État turc a annoncé qu'il rompait le processus de négociations avec Abdullah Öcalan.

Ces actions sont inacceptables et doivent être condamnées fermement.

Depuis l'attentat du 20 juillet à Suruç tuant 32 jeunes et faisant des centaines de blessés, attentat qui n'a toujours pas été revendiqué par Daesh, ces opérations militaires hors du territoire turc s'accompagnent en Turquie même de l'installation d'un climat de terreur et de répression contre la population, avec l'utilisation de balles réelles contre des manifestants et plus de 1 500 arrestations – pour l'essentiel des membres et élus du HDP, des syndicalistes, des militantes féministes, et des jeunes.

Qui plus est, des poursuites « pour soutien à la rébellion » sont engagées contre Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdag, co-présidents du HDP qui vient de recueillir 13,1% des suffrages aux législatives du 7 juin et qui est désormais le 4e groupe parlementaire avec 80 députés offrant à la Turquie un espoir de paix et de démocratie longtemps attendu.

Je vous demande instamment d'intervenir en faveur de la protection des co-présidents du HDP, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdag. Selahattin Demirtaş a réagi à ces accusations par des paroles fortes de paix, affirmant qu'il ne laisserait pas le pays plonger dans la guerre et en lançant un appel à l'union et à la responsabilité.

Mais le chef de l'État turc fait la démonstration que sa priorité n'est pas la lutte contre l'État islamique ni la « lutte contre le terrorisme ».

Le président Erdogan, contrarié dans son projet de nature dictatoriale, veut aujourd'hui se débarrasser par la force d'une opposition démocratique dotée d'un projet d'avenir pour le pays et qui bénéficie du soutien populaire. Nous ne pouvons rester indifférents à ces atteintes à la démocratie ni à la violence qui les accompagne.

La politique du président Erdogan est lourde de dangers pour la démocratie, pour la paix et pour toute la population de Turquie, de même que pour les populations du nord de la Syrie et du Rojava, ainsi que celles du Kurdistan irakien dont le ministre des relations extérieures a exigé, vendredi, l'arrêt des bombardements. L'action militaire et répressive de la Turquie est de nature à précipiter la région, déjà en guerre, dans un embrasement dont nul ne peut, vous le reconnaîtrez, prévoir l'issue.

Nombreux reconnaissent aujourd'hui ce que je dénonçais depuis longtemps pour l'avoir constaté lors de ma visite à Suruç en octobre dernier. Les forces de Daesh ont largement bénéficié du soutien de la Turquie, passant aisément la frontière turco-syrienne pour s'approvisionner en armes, matériels et combattants alors que les volontaires kurdes se portant au secours de la population de Kobanê étaient empêchés de passer. J'ai pu constater aussi à quel point les autorités turques ont fait peser sur les seules municipalités dirigées par le HDP (les villes de Diyarbakir, Suruç, Nusayibin, Cisré, Mârdin) la responsabilité et le poids de l'accueil et de l'aide aux dizaines de milliers de réfugiés irakiens et syriens, notamment Yézidis et ceux arrivés de Kobanê, autrement dit ceux sauvés et aidés par le PKK.

Vous qui, à titre personnel, avez reçu la commandante des forces YPG de Kobanê en février dernier en soulignant l'action majeure des YPG qui ont infligé leur première défaite militaire et politique aux obscurantistes de Daesh, vous n'êtes pas sans savoir le rôle incontournable que joue le PKK pour la paix, la liberté, le progrès et la démocratie dans la région.

La France ne peut donc rester silencieuse et doit activement oeuvrer au retour de la paix et de la démocratie, à un cessez-le-feu et à la reprise des négociations avec le PKK que son dirigeant A. Öcalan engageait, en mars dernier, dans l'étape historique du désarmement, étape saluée par le président Erdogan lui-même.

Il est du devoir de la France de se démarquer nettement des soutiens, en particulier américains, apportés à la Turquie au cours de la réunion de l'OTAN du 28 juillet dernier. Cela signifie la suspension de toute coopération militaire, policière ou judiciaire avec le régime d'Ankara qui a fait le choix d'une répression brutale contre quiconque s'oppose à sa politique. La France ne peut, de près ou de loin, se trouver complice d'une telle politique ni de telles atteintes aux droits humains.

Notre devoir est également de mettre tous les moyens politiques et diplomatiques en oeuvre pour obtenir un cessez-le-feu avec les forces du PKK et pour une initiative de relance du processus de paix en Turquie qui doit être placée sous les auspices de la « communauté internationale ».

L'avancée dramatique de l'État islamique en Irak et en Syrie ne peut être stoppée en frappant les rares forces de progrès qui résistent avec courage, et succès, contre Daesh. Je réitère ici ma demande solennelle de voir la France prendre l'initiative pour que l'Union européenne sorte le PKK de la liste des organisations terroristes. Le courage politique de la France doit être à la hauteur du courage de ces femmes et hommes qui, sans moyen adéquat, vont au feu contre une force, l'État islamique, largement mieux équipée et soutenue, directement et indirectement, par des puissances régionales.

L'amalgame fait par la Turquie entre le PKK et Daesh est inacceptable et doit être dénoncé. Notre pays ne peut cautionner les bombardements turcs et doit agir pour que la Turquie stoppe ses opérations contre le PKK et revienne à la table des négociations.

L'avenir du Proche et du Moyen-Orient ne peut en aucun cas se dessiner dans l'appui, même implicite, d'une puissance membre du Conseil de sécurité de l'ONU comme la France à la stratégie autoritaire opportuniste du président turc.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix
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