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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 13:49
Pierre Laurent : « En France comme en Europe, un même besoin d’alternative »

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui et Sébastien Crépel

L'Humanité - Jeudi, 21 Mai, 2015

Élections régionales de décembre, construction d’un nouveau projet de gauche pour la France, tenue du Forum européen des alternatives des 30 et 31 mai à Paris… Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, trace les pistes pour répondre à « l’urgence de débloquer la situation politique ».

Vous avez lancé hier un appel à construire dans toute la société un nouveau projet d’émancipation humaine. Pourquoi cet objectif alors que tant d’urgences assaillent le pays ?

Pierre Laurent

Justement pour répondre à une urgence : débloquer la situation politique. Nous avons rendu public hier un texte important baptisé « la France en commun ». C’est une invitation à ouvrir dans tout le pays un débat sur le projet de société qui peut sortir la France de l’impasse dans laquelle elle s’enfonce. Je constate, dans toutes mes rencontres, que des forces immenses existent pour inventer une nouvelle société, un nouveau modèle productif, une nouvelle manière de vivre ensemble plus respectueuse et plus coopérative. Mais celles-ci doutent de leur pouvoir. Nous voulons leur dire que nous ne sommes pas impuissants à changer la société. Des idées innovantes sont là. Des forces sont disponibles. Elles doivent agir ensemble pour un nouveau projet d’émancipation humaine. La direction actuelle du Parti socialiste a abandonné cette ambition, face à une offensive toujours plus déterminée de la droite et de l’extrême droite. Une clarification et une visibilité nouvelle de ce projet sont nécessaires pour refonder une perspective de changement. Le texte que nous rendons public est notre contribution. Il vise à impulser la mobilisation en y associant les forces citoyennes disponibles et d’autres parmi les écologistes, les socialistes, les citoyens déçus par le gouvernement, ceux inquiets de l’évolution du monde.

À l’heure où la parole politique n’a plus de crédit, ne prenez-vous pas le risque de vous heurter au scepticisme des citoyens sur ce qu’ils pourraient estimer n’être qu’un projet de plus ?

Pierre Laurent

Le scepticisme existe, c’est évident. Créer les conditions de la confiance passe donc nécessairement par la mobilisation et l’implication des citoyens eux-mêmes. C’est un travail participatif, collaboratif que nous voulons engager. Notre texte trace une perspective de société nouvelle, avec la volonté d’inventer un autre modèle productif qui allie émancipation sociale et écologie, de faire de la culture une ambition centrale, de considérer comme des enjeux structurants la reconstruction démocratique et la refondation de la République. En même temps, pour être crédible, il faut montrer quel chemin emprunter. C’est pourquoi nous mettons également en débat quinze chantiers d’actions prioritaires et quinze mesures d’urgence. Sur le logement, la réindustrialisation, par exemple. Nous avons besoin à la fois de regarder en haut de l’échelle, le sens de la société que nous voulons construire, mais aussi de montrer où mettre les pieds sur les premiers barreaux.

Les dernières élections départementales ont donné des résultats contrastés, avec une bonne tenue des scores du Front de gauche et de ses alliés dans un contexte de très grave recul pour la gauche dans son ensemble. Dans ces circonstances, comment abordez-vous les échéances régionales ?

Pierre Laurent

Les treize nouvelles grandes régions ont été créées pour servir la compétitivité et la mise en concurrence des territoires. Le pouvoir régional sera de plus en plus structurant dans l’organisation de la République. Nous voulons le disputer. Ces élections seront cruciales. Elles seront les dernières avant 2017. Les enjeux du pouvoir régional sont de portée nationale. Nous abordons ces élections avec une double ambition indissociable : pas question de laisser la droite et l’extrême droite s’emparer de nouveaux pouvoirs qui seraient mis au service de politiques régressives. Nous voulons des majorités de gauche pour mener des politiques régionales ambitieuses en matière d’investissement et de développement des services publics, des politiques concrètes d’égalité dans la vie quotidienne.

Vous avez rencontré les dirigeants de différents partis de gauche. Sur quoi ces discussions peuvent-elles déboucher dans un contexte de profondes divisions de la gauche ? Et avec les autres membres du Front de gauche, où en sont les échanges ?

Pierre Laurent

À toutes ces forces, nous faisons partager cette double ambition : écarter le danger réactionnaire et construire des projets régionaux de gauche. La direction actuelle du Parti socialiste s’obstine à coller à la politique gouvernementale et n’a évoqué pour les régionales que des alliances minimales défensives pour résister à la droite et à l’extrême droite. Cela risque de se révéler n’être qu’une ligne Maginot illusoire. Pour nous, cela n’est pas à la hauteur. La gauche a besoin de politiques régionales offensives. De son côté, Europe écologie-les Verts semble privilégier des listes autonomes mais laisse le débat ouvert. Dans ces conditions, nous lançons un appel à toutes les forces disponibles, dans la société, dans les régions, y compris aux écologistes, aux socialistes qui veulent une autre orientation que celle de leur direction actuelle, à engager avec nous la construction citoyenne de listes de premier tour qui portent une haute ambition publique pour les régions. Un bon score de ces listes sera la meilleure garantie pour battre la droite et l’extrême droite et pour mettre en œuvre les politiques de solidarité attendues. Nous proposons à nos partenaires du Front de gauche de nous engager ensemble et sans ambiguïté dans cette démarche pour être les initiateurs de la constitution de ces listes de large rassemblement au premier tour.

Certains présidents de région socialistes se disent favorables à un accord avec le PCF dès le premier tour. Cette hypothèse est-elle sur la table de votre côté ?

Pierre Laurent

S’il s’agit de reconnaître qu’aucune victoire n’est possible sans les forces du Front de gauche et les communistes, nous sommes d’accord. La victoire de la gauche n’est toutefois pas qu’une question d’addition. Nous rencontrons toutes les formations, mais je suis pour ma part convaincu que la meilleure manière d’instruire ce débat n’est pas de s’en tenir aux rencontres entre formations politiques mais de lancer dès maintenant des appels publics adressés à l’ensemble des citoyens, des forces sociales et des personnalités disponibles pour élargir le champ de la construction des projets régionaux et des listes. Nous prendrons nos décisions démocratiquement en juin. Jusqu’aux conférences régionales et au vote des communistes, toutes les options seront sur la table. Tous les éléments du débat seront donnés aux adhérents pour qu’ils puissent prendre leur décision en connaissance de cause.

Vous mettez en avant l’idée de pacte pour des régions solidaires, citoyennes, écologiques. En quoi cela consiste-t-il ?

Pierre Laurent

Ces pactes doivent se construire dans le débat public et citoyen. Nous voulons des régions qui s’engagent pour accroître leur capacité de réponse aux besoins des citoyens, avec l’égalité au cœur de ces projets. Par exemple, de nombreuses régions ont développé, souvent sous notre impulsion, des politiques tarifaires sociales ambitieuses en matière de transport. Nous voulons préserver et amplifier ces politiques, tout en développant l’investissement public pour un maillage de transports publics de qualité dans les zones denses. Nous voulons des régions qui n’organisent pas la métropolisation d’un côté et la désertification de l’autre ou la mise en concurrence des territoires, mais qui défendent une vision équilibrée des territoires, en conjuguant développement agricole, économique et urbain, recul de la discrimination sociale et territoriale et respect de l’environnement. Tout cela nécessite davantage d’investissement public et non des politiques d’austérité. Ce sont ces exigences que nous voulons mettre au cœur de la construction des pactes et des listes pour rassembler dès le premier tour l’ensemble de ceux prêts à s’engager pour les défendre.

Dix ans après la victoire du non au référendum du 29 mai 2005, les forces libérales ont si bien cadenassé l’Europe que les Grecs ont toutes les peines du monde à faire respecter le suffrage de leur peuple. Comment reprendre la main face à ces forces ?

Pierre Laurent

En unissant dans l’action toutes les forces qui ont intérêt à la fin des politiques d’austérité. Nous allons vivre à Paris, les 30 et 31 mai, avec le Forum européen des alternatives initié par le Parti de la gauche européenne (PGE), un événement majeur. Ce sera l’événement le plus positif qu’aura connu notre pays depuis le début de l’année. L’ensemble des forces de la gauche européenne, politiques, syndicales, associatives, qui souhaitent travailler ensemble pour des alternatives à l’austérité et soutiennent l’expérience engagée par le gouvernement grec seront présentes à ce rendez-vous. Ce forum en plein air, ouvert à tous sur la place de la République, interviendra à un moment crucial pour l’expérience grecque. Le nouveau secrétaire général de Syriza, Tassos Koronakis, sera présent. Il vient de lancer un appel à toutes les forces démocratiques européennes, à tous les acteurs sociaux progressistes du continent pour aider le gouvernement grec dans ce moment. Le bras de fer continue avec les autorités européennes qui veulent que le gouvernement d’Alexis Tsipras abandonne des pans essentiels de son mandat populaire. Celui-ci s’y refuse, mais il a besoin de la solidarité la plus large possible pour faire respecter la souveraineté du peuple grec. Le Forum européen sera un élément décisif du rapport de forces. Tous ceux qui veulent dire non aux politiques d’austérité, qui sont solidaires du peuple grec, qui refusent cette Europe égoïste qui laisse mourir les migrants en Méditerranée, tous ceux qui pensent que la réponse au défi climatique passe par un nouveau type de développement en Europe, ont rendez-vous à Paris les 30 et 31 mai. J’appelle les communistes à investir toute leur énergie dans la réussite la plus spectaculaire possible de ce forum, où je lancerai un appel en tant que président du PGE pour amplifier durant tout le mois de juin la mobilisation aux côtés du gouvernement grec.

Quel sera le message de ce Forum européen des alternatives ?

Pierre Laurent

Nous avons le devoir de faire prévaloir une solution de solidarité en Europe contre toutes les tentations xénophobes. Cette solution ne peut être que sociale et écologique. Pour y parvenir, le Forum européen des alternatives va poser une question centrale, celle de la démocratie des peuples contre le pouvoir confisqué par les financiers. Si nous le leur laissons, la tentation du repli ou de l’explosion de l’Europe l’emportera avec tous les risques que cela comporte. Construire des politiques de solidarité en Europe impose de reprendre la main sur les immenses richesses de ce continent. Plus de 1 600 milliards d’euros sont détenus en dépôt par les banques françaises, cet argent doit servir au développement social et à la solidarité. Pour ce faire, nous devons conjuguer les batailles nationales pour décider de l’utilisation de cet argent et la bataille pour changer le rôle de la Banque centrale européenne. Le Forum européen des alternatives va permettre de poser une question commune à tous les peuples européens, la reconquête du pouvoir citoyen. Le gouvernement grec a la légitimité démocratique, mais les puissances financières prétendent le priver de l’exercice de ce pouvoir. L’aider à gagner, c’est se donner de la force pour toutes nos batailles actuelles et futures.

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix
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